Laurent Malet, acteur de théâtre et de cinéma

C'est un comédien extrêmement attachant et au talent solide dont on peut saluer le parcours  remarquable dans les trois disciplines si différentes que sont le théâtre, le cinéma et la télévision.

Ce n'est pas une évidence surtout lorsque l'on privilégie l'excellence, l'exigence, et que l'on rejette toutes compromissions n'entrant pas dans sa propre  perception artistique. Surtout quand une gémellité aussi frappante avec son frère Pierre peut desservir l'un et l'autre, allant jusqu’à apporter, parfois, une confusion dans le chef des producteurs.

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Dans L'homme aux semelles de vent, de Marc Rivière (clic lien vers sa bio)
Dans L'homme aux semelles de vent, de Marc Rivière (clic lien vers sa bio)

Ne pas manquer sur le site de Laurent Malet  la toute nouvelle vidéo  réalisée par Sophie Agacinski et Michaël Delmar dans une collection "Hommes et femmes de passion" : Portrait "Je... Tu..."  

Son livre : "En attendant la suite"

Aller jusqu’au bout du chemin, dans le libre choix de la personne concernée, Laurent Malet pose clairement ce grave problème qu'il a eu la douleur de vivre

Laurent Malet, mai 2007, ph M.A. (clic pour suivre le lien du site de LM)
Laurent Malet, mai 2007, ph M.A. (clic pour suivre le lien du site de LM)

Le temps d’une respiration, le temps d'une écriture, dire l'amour pour sa mère

Laurent Malet est  ramatuellois depuis sa tendre enfance. C'est ce qu'il raconte dans son livre paru en janvier 2007. Un récit qu'il a porté en lui pendant 20 ans. Un récit ou plutôt une célébration qui oscille entre l’éblouissement d'une enfance quasi sauvage dans la garrigue avec son jumeau Pierre, et la lumière crépusculaire qui auréole Flo, la petite mère, si belle , née pour le bonheur, bâtisseuse de joie durable dont le texte est tout irrigué et qui pourtant va être vaincue à 52 ans par le cancer : « Aujourd'hui j'échangerais tous les rôles du monde pour un instant à ses côtés. »… « C'était à mon tour de prendre par la main la petite fille qu'elle était restée au fond de son cœur ». Ce livre qui déborde de bonheur, est aussi ourlé d'une douleur pudique. Il se veut un hommage à une femme de courage et un témoignage fort en faveur du droit à mourir dans la dignité. Il souligne en mots précis, sans vindicte ni complaisance, les limites sur le plan humain du corps médical. L'acteur qu'il est, au service des mots et de l’émotion, réussit à transcrire au travers de petits tableaux, les temps heureux et insouciants d'une enfance rieuse et l'accompagnement dans la maladie de Flo qui ne veut pas baisser les bras, tandis que sa vie de comédien est simplement évoquée en filigrane (une suggestion de son éditeur). En se libérant par l'écriture d'un bien lourd secret, Laurent Malet s'est laissé prendre à la magie du verbe : il a depuis  raconté une autre facette de sa vie : les méandres d'ombre et de lumière de la gémellité (inédit).

article La Dépêche M.A.
article La Dépêche M.A.

Interview de Mireille Dumas et liens vers vidéos

http://www.laurent-malet.org/VideoPromo/LaurentMaletF3.html

Interview de Mireille Dumas « Vie privée vie publique » lors de la sortie du livre de Laurent Malet       

Une belle émission à visionner !    

Autre vidéo :    http://elephant.canoe.ca/video/dossiers-exclusifs/apprenez-a-les-connaitre/1213651015001/laurent-malet/1376504950001/page/4

 

Extrait de "L'homme aux semelles de vent" - de Marc Rivière - Les 10 denrières années du  poète Rimbaud

Vidéos avec Laurent Malet

Chronique ramatuelloise, 2007 - par Maïa Alonso

Escale à Ramatuelle chez les Robinsons de la Bastide

 

« S’il existe des lieux qui par leur caractère immuable ont le pouvoir de provoquer le sentiment qu’on leur appartient corps et âme, de donner un sens à une vie, la Bastide faisait partie de ceux-là » écrit Laurent Malet dans son livre « En attendant la suite » (Editions Cherche Midi). Le temps est suspendu à la Bastide du Val de Pons, « vieux mas cerné par les vignes ». J’ai eu l’insigne faveur d’y séjourner,  en mai 2007, comme suspendue entre deux mondes. C’est en ce lieu pour moi devenu mythique, à cause de ce livre dans lequel j’ai eu l’impression d’entrer, que j’ai rassemblé les récits de quelques ramatuellois notoires. Ils ont été le temps d’un été, chaque semaine au rendez-vous des lecteurs de la Dépêche du Midi du Gers. Un peu comme ces feuilletons d’autrefois dont certains d’entre vous m’ont dit avoir la nostalgie : Roland Bruno, le maire ; Jo Brun, viticulteur ; le facteur Swing, Denis Antoine ; Nadine Salvatico ; Christian Coussanes ; Patricia Amiel ; Véronique Gartich et bien sûr, mon hôte, Laurent Malet et Pierre, son frère jumeau. Et c’est avec eux,  mes « Robinsons de la Bastide », que commence ma chronique. Je ne parlerai pas de leur carrière d’artistes du grand écran. Pierre et Laurent Malet sont suffisamment connus des cinéphiles. Les potins « people » sont pour des medias plus appropriés. Si vous avez lu le récit que fait Laurent de leur enfance à la Bastide, choyée par cette personnalité rayonnante qu’a été Flo, leur mère, détruite par le cancer à l’âge de 52 ans, ce voyage à Ramatuelle sera véritablement initiatique. Maîtresse femme, Flo a métamorphosé la vieille ferme de Mme Giraud – « la vieille figue » du récit. Ils sont nombreux, les ramatuellois, à voir revenir leurs souvenirs au grand jour depuis la parution du Livre ! Il se produit comme un phénomène  de catharsis, un peu surréaliste.

 

Pierre et Laurent Malet (et Paulo , le Jack Russel) 2007 Ph M.A.
Pierre et Laurent Malet (et Paulo , le Jack Russel) 2007 Ph M.A.

2 - De la Bastide à la Maison des vignes

Reproduction de la toile de Tony Monty
Reproduction de la toile de Tony Monty

« Flo était une femme qui aimait le travail bien fait » écrit Laurent Malet. Il en reste toujours quelque chose chez ses Robinsons qu’elle appelait autrefois ses lionceaux. Lors de leurs nombreux séjours annuels à Val de Pons, ils s’activent, Pierre auprès de ses 3000 pieds de vigne à qui il murmure sa tendresse et Laurent en prévision de l’été qui arrive, à la peinture des portes et des volets, de ce vert de vigne que la Bastide a toujours connu. Car chaque été on loue la Bastide et la Maison des vignes, cette dernière en pierres sèches, couleur chaudron doré, a été  édifiée par Flo. La première attribuée à Laurent, la seconde, à Pierre lors du partage des biens au décès de leur mère, par tirage au sort. Entre les deux bâtisses, la piste en terre rousse et la vigne qui produit le vin AOC commercialisé par les Celliers, coopérative locale. Le val s’incurve entre les collines recouvertes de pinèdes. Au nord ouest, à flanc de colline, s’élève Ramatuelle « Providence divine » (Rahmatu’llah), nom  d’origine Arabe due à l’occupation sarrasine du XIe siècle. Ici, on se souvient comment les villageois finirent par refouler les assaillants : grâce à leurs ruchers. Les abeilles libérées, mirent les sarrasins en fuite. Un tableau réalisé par le Ramatuellois, Tony Monti, immortalise l’évènement. Flo avait demandé une copie au peintre. Celle-ci préside au-dessus du lit de Laurent : « Ca ferait une belle carte postale », dit-il. Le livre de Laurent qui s’est classé parmi les best sellers, attire les promeneurs. On s’approche pour « voir en vrai » la maison et avec un peu de chance on aperçoit la fameuse jeep du périple de Morcenx (Landes) à Ramatuelle en 3 jours, en avril 65, avec à son bord Flo et ses lionceaux alors âgés de 9 ans. Pour tous 3, c’était le début de l’aventure.

3 - Patricia, l’espiègle des Tournels

Patricia Amiel, Ph. M.A.
Patricia Amiel, Ph. M.A.

« Les produits de la terre étaient sacrés, ceux qui y travaillaient aussi ». On est d’un lieu non parce qu’on y est né – quel mérite à cela ? – mais parce qu’on l’aime et qu’on en prend soin. « Mes » Robinsons sont donc des Ramatuellois « pur beurre » ! Cœurs farouches et humour vitriol, ils respirent cependant la générosité. C’est à la Bastide que Laurent a écrit « En attendant la suite », récit qui conforte à Ramatuelle sa dimension lumineuse avec l’évocation des menus personnages qui ont laissé leur empreinte dans son cœur. Il y fait chanter au rythme des saisons les différents quartiers du village, ainsi les Tournels, son cinéma de verdure. Une restitution auréolée de tendresse. La contribution de Laurent Malet à son village  parachève ses droits de cité ! Ce que ne contredira par sa voisine Patricia Amiel, élue de Ramatuelle. Il y a chez Patricia une espièglerie qui lui a fait tout naturellement endosser le costume de Fanfan la Tulipe, lors d’une fête de jumelage entre Ramatuelle et Samatan (Gers). Laurent, fin observateur, dit avec affection : « On dirait toujours qu’elle prépare une bêtise, du genre : tiens, je vais sauter dans la flaque d’eau… » A Samatan, dans le Gers, jumelée avec Ramatuelle depuis de longues années, on connaît bien sa longue silhouette et son sourire plein de charme. Adjointe au tourisme, à la culture et aux sports, cette ancienne institutrice, est souvent mandatée pour représenter le maire Roland Bruno, aux manifestations notoires de Samatan. Mais ce qu’on ignore dans le Gers, ce sont ses talents cachés : Patricia récupère de la ferraille pour lui redonner vie et fantaisie. Elle joue de son imagination avec les vieux bois flottés et réussit aussi des collages. La douce Patricia est une artiste. De la maison de ses arrières grands parents qu’elle habite, on distingue la Bastide…Enfants, les jumeaux venaient acheter des pêches et des prunes.

4 - Paulo, le gardien de la Bastide

Paulo, terrible gardien de la Bastide
Paulo, terrible gardien de la Bastide

Un travail colossal a été réalisé par Flo pour rendre habitable chaque pièce de la Bastide. En 2000, Laurent a parachevé son œuvre en ajoutant une construction à l’étage. Aujourd’hui, l’esprit de Flo continue de veiller sur le lieu. Pour l’aider, un redoutable gardien, court sur pattes, à la face « yin-yang » : c’est Paulo, le Jack Russel  de Laurent (en réalité de son fils Théo). Entre eux, une touchante complicité et une vive affection depuis des années. Ils sont tout l’un pour l’autre. Paulo ne doute de rien. Surtout pas de sa capacité à mettre en déroute les hordes de sangliers qui, à la nuit tombée, rôdent dans les vignes et aux abords de la Bastide. Et tandis que, sous l’auvent, nous goûtons avec quiétude à la douceur du soir, avec un verre de rosé bien frais, le brave petit chien émerge de ses rêveries et file bravement avec de féroces aboiements vers l’ennemi invisible à nos sens. Sa tâche accomplie, il reprend sa place, roulant modestement des mécaniques face à notre gratitude éperdue. On peut être tranquille. Oui, l’esprit de Flo veille et avec elle, Paulo le téméraire. Au petit matin, il m’accompagnera, protecteur, dans ma balade rituelle à travers la pinède et les vignes, fouinant dans les bosquets, grognant chaque fois qu’il marque son territoire… Nourrie de lumière, du crissement des cigales matinales, de cette paix d’avant l’invasion des foules, Sarrazins des temps modernes, je me rends au rendez-vous du maître de chais, au domaine de la Tourraque, par la route de la Bastide Blanche. La piste large et sablonneuse serpente sur quelques kilomètres à flanc de colline. Dans la cuvette, les rangées de vigne au garde à vous impeccable. Une fine poussière rose macule mon pare-brise. Jo Brun m’attend devant la cave avec son 4x4 dans lequel nous montons chez lui.

5 - Jo Brun, le maître de chais de la Tourraque

sur la route de la Touraque
sur la route de la Touraque

Je ne sais s’il y a une vie après la mort, mais Laurent Malet a raison, quand il écrit « hier comme aujourd’hui, dans cette Bastide du Val de Pons (où) les murs ont des oreilles et les pierres de la mémoire ».. car il me semble entendre les murmures du passé. La lourde bâtisse, aujourd’hui empourprée de son magnifique bougainvillier, doit se souvenir de Léopold Giraud, son précédent propriétaire, lorsqu’il venait boire un coup au petit matin, dans la cave (devenue la chambre d’été avec son plafond  garni d’une maçonnerie en feston sur toute sa surface). Son épouse – désignée comme « La Vieille Figue » dans le livre de Laurent – était la cousine germaine du père de Jo Brun, du domaine de la Tourraque. Avec les confidences de Jo, ma perception de ces quartiers de Ramatuelle prend de la densité. Il y a, tapies dans le secret des mémoires, bien des ramifications.

 J’approche de la  Tourraque. Là, au cœur de la presqu’île, c’est un royaume farouche, d’une insolente beauté. Un vent d’indépendance balaye le paysage comme inscrit dans une immuabilité alors qu’il a été de tout temps façonné par les paysans qui sont ses premiers protecteurs. On conçoit aisément que le vin qui s’élève ici ait un caractère unique. Tandis qu’Odette  nous sert des boissons glacées, Jo remonte les générations. Nous passons en revue le mariage de Grégoire Brun en 1805. Le partage de la propriété en 1828: «Il fallait couper les ronces au cordeau, pour ne pas dépasser la limite… ». Il restera en commun la source et les chemins. Le père de Jo, Marius devra à son tour, en 1904, partager le domaine entre ses 8 enfants : chacun recevra un bout de vigne, un carré d'olivier, une maison dans le village et une écurie pour loger leurs bêtes. Après la guerre où deux frères sont tués, les autres se désistent en faveur des 2 seuls de la fratrie qui se sont mariés, dont Marius, le père de Jo tandis qu’une sœur, Marie, la marraine de Jo, reste auprès des vieux parents.

La vigne a remplacé l’olivier

Jo Brun, 2007 - Ph M.A.
Jo Brun, 2007 - Ph M.A.

Qu'il pleuve qu’il vente, que ce soit le temps des moissons ou celui des vendanges, le dimanche, Marie Brun, la sœur de Marius, parcourt à pied les 6 km pour aller à la messe au village, et cela même quand elle aura atteint un grand âge : « Les derniers temps, elle pouvait à peine marcher. Elle était vexée de ne pouvoir porter le pain ou les courses qu’on allait chercher une fois par semaine, le dimanche ».

 Jo Brun poursuit son récit. Avant 14, c’était encore la polyculture, du blé principalement.  On le cultivait dans la colline, même dans les endroits très en pente. La moisson ne pouvait pas se faire à la faux mais à la faucille. Chacun prenait une rangée. Celui qui suivait, attachait les gerbes. On s’aidait  entre voisins : « Il y avait la famille Amiel, dont on est un peu parent… » Une année on débroussaillait et on brûlait. Il n’y avait pas encore d’arbres dans ces collines. L’année suivante on labourait. Une année on semait du blé  puis si le terrain était assez bon, de l’avoine. Après on laissait la terre au repos 5 ou 7 ans… Le grain était petit. On ne le pesait pas, on le mesurait avec des doubles décalitres qu’on remplissait et avec un triangle en fer, on raclait. Il était vendu comme semence. Et puis il y avait beaucoup d’oliviers. On a commencé, inconscient du crime commis, à les arracher avant 39 pour planter la vigne : ces arbres étaient plusieurs fois centenaires ! La tendance s’inverse aujourd’hui où il est  réintroduit. A la Tourraque, depuis 7 ans, on en a planté 380. Une première récolte a été possible il y a 2 ans. Mais ici on craint beaucoup les boudragues (sauterelles). Outre le blé il y avait des légumes secs pour la consommation familiale. On mangeait souvent des pois chiches avec des pieds de porc, ce qui ne manquait pas d’intriguer Jo, enfant : « Et ils en ont combien de pieds les cochons ? »

Le blé a disparu après 1914. La superficie en vigne a rapidement augmenté. L'Olivier et la vigne c'est un peu l'histoire de Ramatuelle…

 

L’avenir est à l’oeno-tourisme.

 

On ne traitait pas la vigne tous les 15 jours comme aujourd'hui : « Ma tante me racontait qu’elle traitait au cuivre avec un seau et un pinceau de bruyère…! »

Jo Brun est né en 1929 au village, dans la maison à côté de la boulangerie. Il a dû la vendre pour payer les droits de donation, quand  ses 2 enfants sont devenus à leur tour des adultes. Jo a 7 ans quand il va à l’école du village, parcourant les 6 km de trajet à pied. Au printemps 41 il part faire 2 ans dans une école d’agriculture. A 16 ans, à la fin de la guerre, il est chef d’exploitation par la force des choses. Puis son frère le rejoint. Ils ont alors 38 ha de vigne. Leur père Marius a bien agrandi le domaine, lui qui au départ n’avait que 6 ha de vigne ! Et puis la situation se dégrade à la Tourraque et les 2 frères vont se séparer. Sur 98 ha, bois compris, la Tourraque compte aujourd’hui  30 ha de vignoble + 15 ha en fermage. Tout le travail de la vigne jusqu’à la vinification et la commercialisation se fait sur place, en famille. Les descendants de Jo, 3e génération, ne tarderont pas à rejoindre les aînés. L’un de ses petits fils monte un projet  mêlant  tourisme et œnologie avec des visites du domaine en 4x4, initiation à la dégustation des cépages, repas gastronomiques… « Il faudrait aussi qu'on aménage la route en dégageant la végétation pour les cars… » La modernisation devenue nécessaire pour assurer la survie du domaine risque de modifier encore les paysages sauvages qui font le charme de ces lieux.

 

Paulo me fait la fête quand je reviens à la Bastide. Il m’apporte sa balle, m’incitant à jouer avec lui. Je regarde autour de moi, la tête encore pleine des histoires de la Tourraque. J’ai une douce certitude, ici la Bastide ne bougera pas. Son âme est sereine. Sa pérennité est assurée car Laurent a su transmettre à son fils, Théo, l’héritage affectif de Flo.  

6 – Visite du sémaphore

Christian Coussanes chef de poste du Sémaphore de Ramatuelle, 2007 - Ph M.A.
Christian Coussanes chef de poste du Sémaphore de Ramatuelle, 2007 - Ph M.A.

Le sémaphore veille  sur la mer…du grec « Sema » signe et de « Phoros » : qui porte...

Cette nouvelle journée à Ramatuelle s’annonce aussi lumineuse que les précédentes. En ce début de matinée, Patricia Amiel vient me chercher et nous partons en direction du Cap Camarat où le Sémaphore domine, à 110 mètres, la mer turquoise dont Laurent Malet parle avec lyrisme : « Sensuelle et délurée, elle ondule, fait le gros dos en ronronnant amoureusement puis en l’espace d’un  éclair rugit comme une tigresse en furie… »

 Nous voici en zone militaire. Un garde vient nous ouvrir. Le chef de poste nous accueille en personne. Christian Coussanes est un ami de Patricia, avec sa femme Conchita, ex présidente du foyer rural. Un couple très sympathique qui a su s’intégrer parfaitement à la vie locale. Nous le suivons dans l’escalier bleu en colimaçon jusqu’au poste de garde perché en haut de la tour où un panorama sublime nous attend. Tandis que Patricia joue les observateurs avec les jumelles qui grossissent 25 fois les objectifs, le maitre principal me raconte la vie des 3 équipes de 3 personnes qui se succèdent 24 h/24 à raison de quart de 4 heures jour et nuit : « Nous sommes les yeux et les oreilles de la côte méditerranéenne… On aide au suivi de la situation. On identifie tous les bâtiments qui approchent les côtes : commerce, militaire, yachts. Nous avons un nouveau système qui s'appelle l’AIS (authentification international système).  Dès 15m de gréement, tout bâtiment est muni  d'une petite valise, sa carte grise. Cette carte est lue sur l’ordinateur du sémaphore. Ça nous évite d'appeler les bâtiments. En absence de l’AIS, le bateau est interpellé. Grâce à nos jumelles on peut bien surveiller ! On a aussi des jumelles à vision nocturne, à intensification de lumière… Notre radar a une portée théorique de 96 nautiques (185 m), pour 35/40 nautiques en pratique. »  Les 1e tours de guet datent des Romains. L’essor des relations maritimes imposa au littoral de se doter d’un système de détection et de transmission des informations. En 1806 apparaissent les  mâts sémaphoriques à bras articulés pour communiquer avec les gens en mer, chaque position correspondant à une lettre. Les sémaphores servaient à diffuser des messages codés.  Le système sera repris par les militaires pour la transmission des messages par signe.  Christian Coussanes m’explique : «  Avant il y avait sur le toit de la passerelle un mat articulé avec plusieurs bras dont la position correspondait à des messages particuliers. Les gens qui étaient en mer pouvaient les voir. On appelait cela des postes radioélectriques. Le sémaphore a été occupé par les Allemands pendant la guerre. Il a gardé des marques de cette occupation. On voyait les impacts de balles sur la tour du phare, qui, depuis  ont été masqués. Ensuite il y a eu la mise en place de postes d'intervention météorologique par météo France en corrélation avec la Marine nationale. Petit à petit, tout le matériel s'est amélioré pour la détection et la surveillance des approches maritimes. »

Aujourd’hui, ces postes d’observation ont un système informatisé numérisé, le système spationave, pour remplir des missions militaires ou de service public (sauvetage, protection environnement, protection de sites archéologiques…). Intégrés dans le Service de Transmission Informatique Régional et en liaison avec l’Armée – Air ou Terre -, la Gendarmerie nationale, les douanes, les affaires maritimes, la police nationale, le CROSS Med, les pompiers, ils assurent une étroite surveillance de l’espace maritime, font des rapports sans pénaliser. Ils ne font qu’informer les autorités concernées en cas d’infraction. En fait, tous les bâtiments qui approchent des côtes sont identifiés au sémaphore grâce à l’AIS.

Visite du Sémaphore de Ramatuelle
Visite du Sémaphore de Ramatuelle

« On peut identifier le nom de tout  bâtiment qui approche. En effet, cela apparaît sur ce système des fiches appropriées à ces noms, liés aux catégories des navires. Des couleurs sont liées à la classification des cargaisons : vert quand c'est sans danger, orange pour les produits plus dangereux. Notre travail consiste à surveiller ces cargaisons. Si les matières sont dangereuses, le bâtiment ne doit pas s'approcher à plus de sept nautiques des côtes (un nautique = 1852 m). Notre travail consiste à signifier au bâtiment qu’il doit changer de cap et  passer à plus de sept nautiques car on n’est pas une tour de contrôle comme une tour de contrôle aérienne. S’il n’obtempère pas, on le  lui demande une 2e fois. S’il ne se soumet toujours pas, on dresse un compte-rendu d’infraction. Les autorités concernées interviennent et ce bâtiment peut être poursuivi par les affaires maritimes et recevoir un procès-verbal. On n'est pas des gendarmes ; nous, notre travail c’est juste de rendre compte. On contrôle les chalutiers, tous les bâtiments de plaisance. Ceux qui ne sont pas identifiés sont notés dans l'ordinateur. À quoi ça sert ? Un bâtiment qui est parti, qui n'est pas rentré, on pourra dire qu'on l'a vu passer pour les recherches. C’est aussi utile dans les cas  de sauvetage ou pour des bateaux volés. Le Cross Med, c’est un organisme, pour les bateaux de pêche par exemple, les bâtiments ne doivent pas pêcher à plus de trois nautiques de la côte et notre travail c'est de le signaler. Et après les autorités font intervenir des vedettes pour les rattraper ; en général, il n’y a pas de répression : beaucoup de choses  rentrent en ligne de compte. Il y a quand même des discussions mais quand les gens exagèrent, il y a des procès-verbaux. »

Le sémaphore est également rattaché au réseau d’observation de Météo France. C’est le dernier rempart de surveillance des approches maritimes, « l'œil du préfet maritime », en quelque sorte. 19 sémaphores sont en activité en France, 24h/24 (sauf Dramont et  Bec de l'aigle). Pourvus de radars, ils assurent une couverture complète de la frontière espagnole à la frontière franco- italienne, Corse comprise en complément des frégates de l’aéronaval qui patrouillent au large en permanence.

Le sémaphore est un maillon indispensable à l’accomplissement des Missions de la Marine Nationale. Celui de Camarat fut construit en 1861 et rénové en 1997. Sous l’occupation allemande, la Wehrmacht y installa un radar et un réseau de fortifications. Aujourd’hui l’ancien blockhaus sert de barbecue…

Ballade en images à Ramatuelle

Filmographie de Laurent Malet

Une riche carrière avec de fameux réalisateurs : Fassbinder, Raul Ruiz, Jacques Doillon, Jacques Demy, Claude Lelouch, Joseph Losey, Wajda, Mocky ...  etc.

 

Consulter ici

Laurent et Pierre Malet avec Isabelle Renauld "La part de l'autre", 1985
Laurent et Pierre Malet avec Isabelle Renauld "La part de l'autre", 1985

Réalisation

1994 - Au nom d'un chien (Court métrage) avec Jean-Marc Barr

 


et à ne pas manquer, son site officiel :  www.laurent-malet.org

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Commentaires : 1
  • #1

    catherine (lundi, 28 avril 2014 18:07)

    Quelle fameuse idée tu as eue là Maïa, quel comédien ! je le trouve physiquement mieux encore en vieillissant. Quelle rencontre, quels souvenirs tu nous fais partager, merci Maïa. Dernier film 2007... avec Elsa zylberstein j'aime également beaucoup cette comédienne. Je ne connais pas tout ces films quel dommage n'allant que rarement au cinéma. Bref je regrette de ne pas savoir grand chose de Laurent Malet, mais je me régale en lisant ta page qui est magnifique. Nous avons en France d'excellents artistes que l'on voit beaucoup trop peu. J'aime ton site Maïa mais j'ai mes petites préférences d'article. Bons prochains jours avec ton petit bonhomme. Amitié.