La fleur des mots... David Fauquemberg

« Écrire sur la boxe, ça m’intéresse comme expérience littéraire ».

J’ai rencontré David Fauquemberg alors qu’il effectuait une résidence d'auteur à la Maison des écritures de Midi Pyrénées (Lombez, Gers). Il y finalisa son dernier roman : Mal tiempo  qui sera édité par Fayard. Je venais de lire son Nullarbor, fascinée par son style. Nous avons échangé à plusieurs reprises autour de l’écriture de son nouveau roman. 

 

Le sujet : la vie d'un boxeur amateur à Cuba mais, dit-il, « ce n'est pas un livre sur la boxe ni un livre sur Cuba. Ce double thème m'intéresse parce qu'il correspond à ce que je veux faire en écriture. »

 

L'écriture de David Fauquemberg est une empoignade de mots, d'images qui collent au réel mieux que le cinéma. Ancien boxeur amateur, il connaît les sensations, la technique, l'esprit de cet art dans lequel son écriture prend chair : « On domestique la violence sur le ring. » Et il détaille : « En boxe comme en écriture, il y a 3 temps : le rythme, la distance et le cadrage. Le rythme, c'est le tempo pour éviter les coups et, pour le livre, la composition. Et puis trouver la bonne distance et pour le narrateur, rester au plus près du possible, prendre les choses de l'intérieur, pas de généralités. » Contact. Toucher. Impression physique : « C'est là l'intérêt en littérature. Et pour le cadrage… Sur le ring on cherche à emmener son adversaire sur les cordes ; en écriture : comment emmener le lecteur là où vous voulez ? » Alors, il précise : « Le plus impressionnant c'est la façon dont le boxeur maîtrise ses émotions ; il est dans la rage absolue et pourtant une rage contenue, c'est ce qui m'a intéressé. »

Et Cuba ? L'écrivain qui a parcouru l'île pendant plusieurs mois fait abstraction du régime : « Cuba c'est la pureté de la boxe. C'est la meilleure nation au monde en boxe amateur (pas de boxe professionnelle). La classe, une gestuelle, un style, une élégance… C'est un pays de noblesse aux traditions respectables. La boxe, c'est l'un des emblèmes du pays. Mon héros combat pour lui pas pour Cuba. La réalité politique apparaît par des scènes absurdes, non par des discours. »

 

Voyageur impénitent depuis ses 20 ans, son premier roman, Nullarbor (Hoëbeck, 2007 ; Folio, 2009), a été salué par les critiques et couronné en 2007 par le premier prix Nicolas Bouvier, décerné lors du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. En 2009 il publie Mal tiempo, un roman sur la boxe à Cuba (Prix Millepages). Son dernier roman, Manuel El Negro (Fayard, 2013) parle des gens d'Andalousie, leur manière de vivre (j’y reviendrai).

© Maïa Alonso paru dans la Dépêche du Midi  le 21 novembre 2008

Nullarbor, prix Nicolas Bouvier 2008

David Fauquemberg s'est vu décerner le prix Nicolas Bouvier pour son premier roman « Nullarbor » paru en 2008 chez Hoëbeke. Une jeune plume, certes, mais quel talent !

Lors de sa résidence d’auteur à la Maison des écritures Midi Pyrénées de Lombez il me confiait : « Mon nouveau livre (Mal tiempo, ndlr) est en voie de finalisation. Cela nécessite du temps et de la solitude. Et voilà qui me permet de m’extraire de ma vie de famille pour m’immerger dans mon travail. Une résidence, c’est ce qu’on en fait ! Ca dépend des projets de chacun. » 

Ce jeune homme à l’allure sportive, au physique avantageux, évoque l’écriture comme une empoignade, un corps à corps. Il parle du sprint final à propos de la phase actuelle de  son travail et passe 15 heures par jour devant son ordinateur.  Mais la résidence d’auteur requiert 30% de temps en intervention dans tout Midi Pyrénées : « L'aspect intervention et donc de contact avec les lecteurs, m’a également intéressé. On a des choses à dire, des idées à partager. C'est tout l'intérêt du rapport écrivain/public et ainsi on n'est pas totalement déconnecté. Quelque part cela donne du sens. J'ai déjà fait des ateliers dans les prisons par exemple ; je suis également déjà intervenu devant des élèves. Etre au contact du monde. Pour moi, la résidence d’écrivain,  c'est un équilibre parfait. »

Sortie de Mal Tiempo en aout 2009

Mal tiempo, de David Fauquemberg (Fayard), sort aujourd'hui en librairie (aout 2009, ndlr). Le jeune auteur, prix Nicolas Bouvier 2007 pour son 1e roman Nullarbor  (Hoëbeke) parle de la boxe à Cuba, double thème qui implique un style à la fois sobre et opulent d'où tout l'intérêt de ce fascinant roman qui a été écrit en partie à la maison des écritures de Lombez dans le cadre d'une résidence d'auteur. Mal tiempo, un titre, une ambiance. Cuba, le ring, le cagnard, la souffrance. Même si on ne connaît rien à la boxe, même si on n'aime pas, Fauquemberg nous y convertit à coups de mots hachés, de phrases déferlantes comme autant d'uppercuts. L'histoire : un boxeur en fin de carrière (le narrateur) accompagne de jeunes espoirs français pour un stage à Cuba, pays réputé pour la qualité de ses combattants qui empochent de nombreux prix. Dans les coulisses, les promoteurs achètent aux enchères les champions, une saignée pour Cuba. Le lecteur est saisi, happé, malmené par l'entraînement inhumain des boxeurs. L'écriture de Fauquemberg est en parfaite adéquation avec son sujet. Son héros, Yoangel, c'est le champion par excellence « il ne combattait pas l'adversaire. Il combattait la boxe ». Il est « l'évidence, la grâce (...) Superbe et discipline en parfait équilibre. Le champion ». Des descriptions sobres et percutantes pour camper des personnages dans le territoire de l'arène. Succession de portraits pittoresques qui rappellent le ton de Nullarbor. Les images suintent la beauté. Et ce combat final où « au lieu de glisser sous les coups, Yoangel s'offre à eux ». Un joyau qui se lit d'une traite.

Article paru dans La Dépêche du Midi le 27/08/2009