Les arbres ne nous oublient pas

De Michèle Perret aux éditions du Chèvre-Feuile Étoilée, janvier 2016

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« Les arbres ne nous oublient pas », Michèle Perret, éditions du Chèvre-feuille étoilée, janvier 2016 - 140 Pages -  15 €.

 

« Ce que je voulais montrer, c'est que j'ai ressenti : la persistance très forte d'un passé dans un présent qui feint de l'avoir renié ». Pari délicat mais pari réussi !  Michèle Perret ramène de son récent séjour sur les lieux de son enfance,  Sfisef/Mercier-Lacombe, en Algérie,  un récit attachant, troublant, d’une sincérité bouleversante. Une composition claire, aérée qui subtilement accompagne les émotions crescendo vers un dernier chapitre, celui de l’adieu accompagné d’un murmure aimant et poignant : « Alors, pendant que le soleil se couchait, dans le plus beau domaine du monde, sur la plus belle terre du monde, mon cœur s’est serré en pensant à lui, mon père, qui avait si pleinement, si naïvement aussi, aimé cette ferme et qui l’avait perdue ».

Michèle Perret est allée rejoindre ses amis en Algérie, le cœur ouvert, le regard curieux et amical. Elle rencontre un pays jeune, à la population ardente, gourmande, aux ailes qui ne demandent qu’à se déployer. Rien ne ressemble à ce qu’elle a connu : « l’Algérie ne ressemble ni à mes souvenirs, ni à l’image que nous en avons en France. Pays en plein essor, dynamique. Immeubles en restauration un peu partout mais qui passent de l’ocre et du blanc d’autrefois à des couleurs tendres plus orientales, turquoise, vert ou rose, magasins partout, beaucoup de magasins traditionnels mais aussi quelques enseignes internationales, dans les rues chics. Partout des cafés, des salons de thé, des pizzerias même. » (P. 38). Et aussi : « La population semble développer un incroyable appétit de bonheur. » (P.46).  Le retour à Oran est joyeux même si tout a changé au point de ne plus retrouver les repères anciens : « Ville toujours joyeuse, ville dont la réputation de gaieté et de musique fait rêver toute l’Algérie, Oran, que Camus l’algérois décrivait autrefois, injustement peut-être, comme sinistre, a repris son essor et retrouvé sa joie de vivre ». (P 43)

Des émotions  d’autant plus déconcertantes qu’elles sont inattendues, s’emparent de l’auteur. Michèle Perret, de par ses positions politiques et humanistes se pensait indemne. Mais la terre natale est indépendante des constructions de l’esprit : elle est seulement la matrice des origines à laquelle nul n’échappe. Même les consciences les plus « libres ». Car nous sommes issus de la terre. Poussière, tu retourneras à la poussière ! « … et il suffit qu’il m’en parle pour que je le revoie – dans ce retour vers un si lointain passé, l’étonnant est de sentir sans esse des souvenirs perdus remonter en surface et éclater comme des bulles. Des souvenirs minuscules, qu’on n’avait jamais convoqués et qui vous sautent au cœur. » (P.62) Pour en finir ( ?) avec les émotions,  je renvoie les lecteurs aux pages 78/79, magnifiques passages du retour enfin, à la maison du père, au ralenti et tellement visuel que l’on voit avec les yeux de Michèle Perret – des yeux recouverts de buée - ,  avec elle nous arrivons là où les arbres ne nous oublient pas. « Ils meurent. » Comme nous.

 

4e de couverture :  Invitée à revoir la maison de son enfance, la ferme de Terre du vent (son précédent récit), Michèle Perret a senti émerger l’indicible d’un passé de violences et de joies qui affleure encore dans l’Algérie moderne. Des villas d’Aïn el Turk au cimetière de, son village, des petits bistrots d’Oran aux glaciers de Bel Abbès, sur les autoroutes chinoises ou dans la mythique forêt de Guetarnia, dans les fermes abandonnées, dans la mémoire de hommes, dans les robes pimpantes des filles, dans les appels à la prière couverts par le chant des merles et jusque dans les fantômes de la ferme de son père, elle a traqué les souvenirs diffus du passé français de cette terre.

Entre émotion et sourire, cette histoire décrypte la tragédie qu’ont vécue – et que vivent encore – deux peuples, pas aussi ennemis qu’on a bien voulu le leur faire croire. 

En vente en librairie, auprès de la maison d'éditions ou sur Amazon (ou vous pouvez laisser un commentaire)

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Commentaires : 4
  • #1

    Michèle (lundi, 21 décembre 2015 17:43)

    Merci, Maia, de ne pas participer à l'omerta qui frappe toute littérature ayant trait à l'Algérie d'autrefois. Et ton article est superbe.

  • #2

    Maïa (lundi, 21 décembre 2015 19:11)

    Ce serait grave si je devais fermer les yeux sur des œuvres de qualité parce qu'elles évoquent un passé qui fut celui d'un million de personnes ! et que l'on juge avec un mépris inadmissible, taxant ces textes de nostalgie, voire "nostalgérie" comme si le monde entier avait droit à une forme de nostalgie mais pas les Français d'Algérie. Quand un auteur comme Christian Signol évoque dans ses œuvres le passé de sa région, cela ne viendrait à l'esprit de personne de parler de nostalgie !
    Il nous reste bien du chemin avant d'avoir la légitimité qui nous revient !

  • #3

    Cécile (mercredi, 30 décembre 2015 16:21)

    Elle dit elle-même : "Ils ne doivent pas être rares, les gens qui n’ont pas vu leur maison d’enfance depuis plus de cinquante ans et qui la retrouvent abîmée et changée. Ils ne sont pas rares non plus, les gens qui ont été déracinés de leur terre. C’est à eux que je pense, Arméniens, Acadiens, Palestiniens, Juifs d’Europe centrale, Allemands des Sudètes et tant d’autres (...). Combien ont été brutalement séparés de leur enfance, combien ont été brutalement séparés de leur passé ? Et combien, mais ils sont plus rares, n’ont même pas pu se plaindre, même pas pu se poser en victime, parce que tout le monde leur a dit : « C’est bien de votre faute, maudite engeance ! »
    Amitiés, Maia.

  • #4

    Maïa (mercredi, 30 décembre 2015 16:49)

    C'est ça, oui... et chacun est un cas particulier, car lorsqu'on souffre, on devient le monde entier en souffrance. La douleur prend toute la place.
    Et dans l’indifférence des autres, ceux qui ont eu la "chance" de naître bien formatés, qui ne se remettent pas en question, surtout pas ! Ils sont les bien-pensants qui se permettent de juger et s'étonnent que l'on s'éloigne d'eux. Comment poursuivre une relation sur un si profond mal-être, sur un si désespérant malentendu ? Suis bien fatiguée des grandes et belles idées d'où nous sommes exclus, parias à vie, à mort... Les Arméniens ont attendu 100 ans pour que l'on commence à considérer l’épouvantable tragédie qui leur est tombée dessus. Quant aux Juifs, on voudrait les stigmatiser dans la Shoah mais surtout pas cautionner leur légitimité sur la terre de leurs ancêtres... On a du mal avec ceux qui se relèvent, qui dépassent leur malheur. Il faudrait se cantonner dans le rôle de victimes... Mais ce n'est pas dans nos gènes !!!