À l’école en Algérie, des années 1930 à l’indépendance

(Éditions Bleu autour, 2018)

À l’école en Algérie,  des années 1930 à l’indépendance

 

LE LIVRE

 

Issus des différentes populations de l’Algérie d’avant l’Indépendance, cinquante auteurs livrent un récit personnel, inédit et littéraire de leur scolarité dans le système éducatif français. Espace de normativité, l’école de l’Algérie française et coloniale fut aussi un lieu d’ouverture à l’Autre, dans lequel instituteurs et institutrices ont joué un rôle de passeurs à la fois symbolique et effectif. Ces témoignages, qui reflètent la grande diversité des expériences vécues, sont accompagnés chacun d’une photographie singulière. Un cahier final présente des documents pédagogiques de l’époque où « nos ancêtres les Gaulois » côtoient entre autres les Turcs… Dirigé par Martine Mathieu-Job, ce livre s’inscrit dans le genre des recueils de mémoires qu’a initié Leïla Sebbar.

 

LES AUTEURS

 

Martine Mathieu-Job, professeur émérite à l’université Bordeaux Montaigne, est née en 1952 à Blida et a quitté en 1962 l’Algérie, où sa famille sépharade était installée avant la colonisation française. Aux éditions Bleu autour, elle a notamment contribué au recueil Une enfance dans la guerre. Algérie 1954-1962 » (direction Leïla Sebbar, 2016) et à la réédition commentée de Je ne parle pas la langue de mon père, suivi de L’arabe comme un chant secret, de Leïla Sebbar (2016).

 

Les contributeurs

 

Jean-Luc Allouche, Maïa Alonso, Alain Amato, Joëlle Bahloul, Simone Balazard, Yahia Belaskri, Mohamed Ben, Djilali Bencheikh, Albert Bensoussan, Karima Berger-Hirt, Fatima Besnaci-Lancou, Maïssa Bey, Jacqueline Brenot, Jean-Pierre Castellani, Mehdi Charef, Patrick Chemla, Alice Cherki, Aziz Chouaki, Vincent Colonna, Roger Dadoun, Abdelkader Djemaï, Alain Ferry, Jacques Frémeaux, Jean-Jacques Gonzales, Colette Guedj, Danièle Iancu-Agou, Andrée Job-Querzola, Mohamed Kacimi, Zineb Labidi, Catherine Lalanne, Anne-Marie Langlois, WacinyLaredj, Annie Lenoble-Bart, Marie Malaspina, Martine Mathieu-Job, Daniel Mesguich, Arezki Métref, Simone Molina, Mireille Nicolas, Héliette Paris, Michèle Perret, Christiane Ray, Nourredine Saadi, Leïla Sebbar, KamilaSefta, Benjamin Stora, Dany Toubiana, Alain Vircondelet, Mourad Yelles, Bernard Zimmermann.

 

En quelques mots

 

• Ces mémoires croisées d’auteurs tant algériens que français infirment bien des clichés sur l’école de l’Algérie française et coloniale, qui fut aussi un espace d’ouverture à l’Autre.

 • Un livre de mémoire nécessaire et utile dans la France métissée d’aujourd’hui.

 • Une polyphonie de voix littéraires : Mehdi Charef, Alice Cherki,Mohamed Kacimi, Daniel Mesguich,Nourredine Saadi, Leïla Sebbar, Alain Vircondelet…

 • Une mosaïque d’expériences très diverses.

 • Les instituteurs de l’Algérie française et coloniale, ces passeurs… 

 • Rares sont les livres où auteurs algériens et français croisent leurs regards sur leur terre d’enfance.

 

 ÉLÉMENTS COMPLÉMENTAIRES SUR LES AUTEURS

 

• Les auteurs appartiennent à la féconde génération des intellectuels de langue française nés dans l’Algérie d’avant l’Indépendance.

 • Tous sont de langue française, qu’ils soient aujourd’hui algériens (près de la moitié) ou français ; il y a autant de femmes que d’hommes.

 • Rares sont ceux qui vivent encore en Algérie : la plupart des auteurs algériens vivent en France, où ils se sont pour beaucoup exilés dans les années 1990.

 

 ÉLÉMENTS COMPLÉMENTAIRES SUR LE LIVRE

 

Parmi tous les recueils de ce type parus aux éditions Bleu autour, À l’école dans l’Algérie, des années 1930 à l’Indépendance est celui qui réunit le plus grand nombre de textes : exactement cinquante. La brièveté de ces textes (7.500 signes, 6 pages par auteur) imprime de la nervosité à cet ouvrage collectif.

 • Trois recueils de récits d’enfance liés à l’Algérie et dirigés par Leïla Sebbar, ont déjà paru chez Bleu autour :

 - Une enfance juive en Méditerranée musulmane

 L’enfance des Français d’Algérie avant 1962

 - Une enfance dans la guerre. Algérie 1954-1962

 

• Autres recueils du même type aux mêmes éditions :

 Une enfance corse(direction Jean-Pierre Castellani et Leïla Sebbar)

 Une enfance turque (direction ElifDenizÜnal)

 

Extrait "Le rêve assassiné" (Maia Alonso - Éditions Atlantis, 2017)

P 164 - "Une école dans le bled"

Enfant, Félix Vallat avait souvent partagé les jeux de la jeunesse d’Ou-led El H’bib, une mechta assimilée à Makda, et il avait noué une vive amitié avec l’un de ses compagnons, aujourd’hui chef du douar et son premier adjoint, Ahmed Djidar. Les liens tissés au fil du temps rendaient cette mechta berbère chère à son cœur. Par un heureux hasard, la ferme Les Deux-Moulins était à peine à mille cinq cent mètres du hameau, en direction des Aoufs, lui permettant ainsi d’entretenir des relations des plus cordiales avec la population. Fidèle dans ses affections, une de ses premières actions de maire fut de faire construire une école à Ouled El H’bib. On l’inaugura en octobre 1954. Le Mascaréen Mustapha Stambouli en fut le premier directeur. Azout, un ancien compagnon de classe de Lucien Cano, lui succéda.

Bien des contributeurs de cet ouvrage renvoie une image négative de cette époque. Dommage que peu d'entre nous n'ayons pas rééquilibré ce qui fut vécu. Nos émotions sont passées depuis au crible des idéologies, souvent peu soucieuses de relater les faits bruts, sans jugement.

Dans mon livre " Le rêve assassiné ", je fais revivre Madeleine Vallat, une institutrice qui a passionnément aimé son métier et était très attachée à ses petits écoliers. Dans ses archives, j'ai retrouvé la liste de leurs noms. Peu de petits Européens, une majorité de petits musulmans. Et absolument aucune discrimination, aucun racisme. Elle sera assassinée par un commando FLN le 8 avril 1958 avec son mari, Félix, maire de Thiersville, en Oranie. 

A vrai dire, je n'ai pas connu ce racisme dénoncé dans cet ouvrage de multiples fois, mes seules camarades de jeu étant mes voisines, filles de notre propriétaire Kabyle, qui dès la puberté ne furent plus accessibles.

Mes parents m'interdisaient de fréquenter mes camarades de classe, pourtant Européennes, au prétexte qu'elles étaient "mal élevées". J'ai donc grandi en solitaire, ce qui a eu pour conséquence de m'ouvrir à la lecture comme évasion, et a contribué à développer mon imagination...

Maïa Alonso

http://rfi-danse-des-mots.lepodcast.fr/a-lecole-en-algerie

A l'école en Algérie des années 1930 à l'indépendance, Editions Bleu Autour.
C'est un ouvrage collectif présenté par Martine Mathieu-Job qui regroupe 52 témoignages d'auteurs de cultures musulmane, juive ou chrétienne de la vie à l'école dans l'Algérie française et coloniale.

Entretien de Martine Mathieu-Job sur RFI avec Yvan Amar dans l'émission "La danse des mots" le 7 mars 2018

A l’école, par Michèle Perret

 

Encore une enfance, dans la lignée de celles dirigées par Leila Sebbar (Enfance algérienne, juive, d’outremer, pendant la guerre etc.), mais celle-ci est dirigée par Martine Mathieu-Job, qui a repris le flambeau. Cinquante deux collaborateurs nés dans l’Algérie française, racontent leur découverte de la culture, si différente de leur expérience quotidienne, l’influence des instituteurs et des institutrices, dont les enfants tombent souvent amoureux, leur découverte du « bon » français, eux qui disent « estatue » pour statue et « midicoule » pour « maître d’école ». Récits naïfs et pleins de fraicheur, qui montrent bien les qualités de cet enseignement généreux et attentif (le plus souvent), mais aussi ses défauts, ce qu’on a appelé le jacobinisme : bien des contributeurs regrettent que ne soit enseignés ni l’histoire, ni la géographie, ni la langue, ni le quotidien du pays où ils vivent, mais uniquement « la France éternelle », sa neige et ses sapins. Du point de vue historique, deux périodes sont particulièrement intéressantes (on regrette qu’à côté du nom des lieux qui figurent en exergue n’aient pas été ajoutées des dates, mais on s’y retrouve quand même facilement). La première est la période de Vichy, avec le lever des couleurs tous les matins, mais surtout l’exclusion des enfants juifs, pour laquelle certains enseignants se montrent d’un racisme insupportable, pendant que les malheureux bambins humiliés ne comprennent pas ce qui leur arrive. La seconde concerne les dernières années de l’Algérie française, quand l’école commence à s’ouvrir largement aux enfants musulmans : les enfants « européens » découvrent l’altérité, les enfants musulmans se plient à une culture nouvelle et aux exigences des maîtres, sachant que s’ils se plaignent chez eux, ils seront punis aussi par leurs parents, et ils continuent la guerre d’Algérie dans la cours de récré à coup de chansons détournées, « vive la France et ses alliés » devenant « vive l’Algérie et son drapeau ». Il y a ceux qui s’assimilent et ceux qui résistent.

 

Et tout cela donne au final les intellectuels vieillissants que nous sommes, universitaires, poètes, metteurs en scène, romanciers, dont il est toujours amusant de lire les souvenirs.

 

Aujourd’hui, où l’école de l’époque coloniale est sujette à tant de controverses, la lecture de ce recueil apporte son éclairage de sincérité, de simplicité et de fraîcheur.

 

©Michèle Perret, auteure, linguiste

 

Commentaires: 1
  • #1

    N G (mercredi, 21 mars 2018 10:41)

    Des écrits très pointus ont déjà été publiés sur ce sujet pendant les dernières décennies (entre autre les recherches par le Cercle Algérianiste d'après des documents d'époque), mais certains semblent ne pas être au courant de ces travaux et continuent hélas à diffuser des clichés et des parti-pris. Bien sur, l'Algérie française n'était pas parfaite et son système d'éducation non plus...... Mais pourquoi persévérer à diffuser de telles contre-vérités historiques comme celle d'affirmer que l'école obligatoire aurait été REFUSÉE, par la France bien sûr, aux enfants musulmans, alors que c'est justement le contraire qui s'est produit, l'école de Jules Ferry offrant à TOUS les enfants la possibilité de s'instruire ?
    Pourquoi omettre de préciser que, si les enfants musulmans n'accédaient pas tous au système éducatif dispensé par la France, c'était plutôt parce que de nombreux parents musulmans refusaient ce système comme un rival de l'école coranique, que les enfants croulaient de fatigue sous le poids du double enseignement (école laïque de Jules Ferry + école coranique) et que la plupart des familles musulmanes interdisaient aux filles l'accès à l'instruction publique "laïque", ces dernières étant destinées à se marier (parfois dès l'age de 9 ans : je l'ai vu moi-mème dans ma propre école à Alger) et à devenir mères de famille et rien d'autre !
    Il est profondément malhonnête de suggérer l'idée que la France en Algérie n'aurait pas fait d'efforts pour intégrer les petits musulmans! Aux tout débuts de la colonisation peut-être, mais plus après, quand le système éducatif s'est répandu dans le pays pour intégrer TOUS les enfants dont beaucoup, issus des pays méditerranéens voisins, parlaient mal le français et ne savaient pas l'écrire - et les petits musulmans compris..!
    L'école de Jules Ferry a fait son possible pour intégrer tout le monde, et de très nombreux instituteurs (et institutrices) ont faire preuve d'un engagement et d'une abnégation (dans le bled surtout) remarquables.
    Ce n'est pas pour rien que la guerre d'Algérie a débuté en 1954 par l'assassinat - o combien symbolique - d'un jeune instituteur, M. Monnerod, qui venait d'arriver de Métropole pour enseigner dans le bled !
    Ce n'est pas un hasard non plus si le FLN incendiait systématiquement les écoles implantées dans les régions reculées du pays et mème ailleurs.
    Comment peut-on encore, 55 ans après l'indépendance de l'Algérie, en rester à ces radotages anachroniques et à ces préjugés, sans études sérieuses des conditions très particulières qui régnaient alors dans ce pays, et occulter ainsi le poids de l'islam et la pression des religieux, tout autant que celle des nationalistes pro-arabes au sein du FLN ?
    Il semble qu'il y aura beaucoup de choses à dire et à contre-dire, à préciser et à compléter afin de remettre les pendules à l'heure..
    Dans le cas contraire, on continuera obstinément à ignorer en France que toutes ces questions (pour nous archi-connues) ont déja été vécues et débattues en Algérie, quand elle était encore française...
    Et la France continuera, stupidement et inutilement, à commettre les mèmes erreurs sur son propre sol envers ses populations musulmanes, faute d'avoir su tirer les enseignements de notre présence et de nos efforts en Algérie pendant plus d'un siècle !
    Amitiés, NG