Le rêve assassiné

Éditions Atlantis,mai 2017

A ma Mère chérie,

Tu es partout où tu n'es plus...

Les hommes qui tombent au combat dans l’éclat de la jeunesse restent éternellement des points suspendus. Leur histoire s’écrit avec des questions. En ce sens ils sont pour les générations qui suivent des sources de réflexion presque inépuisables.  Hélie de Saint-Marc

 

En mémoire de Madeleine et Félix Vallat

qui ont sacrifié leur vie pour leur idéal de justice et de fraternité.

Oui, la fin de cette histoire vraie est triste, dramatique et révoltante mais c'est aussi et surtout une histoire éclatante d'amour et de bonheur, de rire et de joie , de soleil et de mer, de terre rouge et de ses fruits et c'est cela que j'ai voulu restituer.

La 4e de couverture due à l'éditeur, accentue la part dramatique et politique qui conclut leur vie , ce qui peut être assez réducteur. Cela occulte le bonheur de vivre contée dans ce roman vrai... Tout tourne autour de la personnalité solaire de Madeleine, un rayon de pur amour pour qui j'ai eu un coup de foudre et dont je me suis sentie envahie au point de "devenir Madeleine" comme Flaubert qui a dit "je suis Emma Bovary"...

Présentation Roger Vétillard, historien

Maia Alonso, Le rêve assassiné, Atlantis éd., 243p, 2017, 15€  

 

Maia Alonso nous propose un nouvel ouvrage. Il n’a pas tout à fait la même respiration que ses précédentes publications, il est plus réaliste, très documenté, mais il conserve un côté poétique et imagé qu’elle aime donner à ses écrits.

 

C’est l’histoire vraie de Félix Vallat, maire dans les années 1950 d’une petite commune de la plaine du Ghriss à 300 km au Sud-Ouest d’Alger. Histoire dramatique, puisquele héros et Madeleine, son épouse seront assassinés un soir d’avril 1958 par les hommes de l’ALN. Leurs trois enfants échappent miraculeusement à la mort.

 

Félix Vallat voulait rapprocher les communautés de son cher pays, il a œuvré pendant une douzaine d’années pour cela. Il ne ménageait ni son temps, ni son argent pour tenter d’y parvenir. Il engageait ses amis dans cette action. Mais les pesanteurs sociales, politiques et religieuses se sont opposées à cette mission et ont choisi de l’éliminer.

 

L’auteur nous emmène dans le quotidien de cet édile pas comme beaucoup d’autres. Elle nous fait visiter cette région de Mascara, le village de Thiersville, village de France, où il faisait bon vivre mais où les « événements » ont troublé la sérénité de la petite cité. Pour cela, elle est allée aux sources de cette histoire, elle a rencontré les témoins, consulté les documents, les archives et a obtenu la collaboration de la famille Vallat et celle des anciens du village. Cela nous donne un roman historique avec beaucoup d’anecdotes et de photographies. Une œuvre remarquable, triste et vraie, que les lecteurs apprécieront d’autant que sa lecture est particulièrement aisée et agréable.

 

                                                                                                              Roger Vétillard

 

l'avant propos de l'auteur P 11

Le drame vécu par Bernard, Paul et Jean-Félix Vallat, mes jeunes voisins de 1958 à 1962 à Mascara, en Algérie, m’avait profondément bouleversée. J’ai porté cette histoire en moi toute mon existence. Ils avaient vécu ce que je redoutais par-dessus tout : tomber dans une embuscade du FLN et voir mes parents se faire assassiner sous mes yeux.
Un demi-siècle a passé et, avec la réapparition dans ma vie de mes amis d’enfance, il a été à nouveau question du drame qui les avait si intimement marqués.
J’ai alors ressenti l’impérieux besoin de retracer la vie de leur père, Félix Vallat, un visionnaire qui incitait ses administrés, tant Européens que musulmans, à rester unis et solidaires en toutes circonstances. Il fit de son existence, un combat pour préserver l’entente fraternelle entre les communautés. Cet homme, exceptionnel pour son époque, disait, en un temps ou Albert Camus suscitait méfiance et rejet de la part de nombreux Pieds-Noirs : « S’il y en avait beaucoup comme lui, nous n’en serions pas là ! »
Les frères Vallat m’ont alors confié leurs archives familiales : lettres, photographies, documents administratifs… Ils m'ont mise en relation avec les derniers témoins de cette période à Thiersville, petite ville du Sud de l’Oranie où se sont déroulés les faits : des femmes et des hommes nés entre 1920 et 1930, éparpillés dans l’Hexagone.
Je les ai tous rencontrés. Ils ont accepté de rouvrir les blessures de leur mémoire. Ils m’ont parlé à cœur ouvert. Parfois, ils ont pleuré. La douleur est restée enfouie en eux malgré les années… Ils ont tous en commun le sentiment d'un immense gâchis. Aucun n’a jamais pu chasser ce déchirement et cette révolte que leur causa le sauvage assassinat de leur ami et de son épouse qui laissaient une œuvre grandiose inachevée.
L’idée de la biographie se mua en projet de roman-vrai, selon la for-mule de Dominique Desanti. À partir de documents authentiques et de témoignages, se tramait toute une vie semblable à un roman. Les archives me révélaient la personnalité fascinante de Madeleine, l’épouse de Félix qui s’imposa comme personnage central.
Et l’écriture a commencé.
J’avais encore ma Maman avec moi qui savait me guider, m’éclairer, toujours avec une justesse admirable. Au moment de choisir le titre, je proposais Ils ont assassiné l’espoir. Elle a réfléchi un moment puis a suggéré : Le rêve assassiné. Aussitôt adopté. Elle était encore là pour lire les premières pages écrites et quoique déjà très affaiblie sur son lit d’hôpital, elle me dit : « C’est vivant, continue ».
C’est à elle et à vous tous qu’est dédié ce travail de mémoire. Vous qui avez accepté d’ouvrir la boîte à Pandore des souvenirs douloureux : Yvonne Amiel (née en 1925) ; Roger Coste (né en 1928) ; Félicien Gilles (né en 1930) ; Guite Lhérand d’Harcourt (née en 1927) ; Jo Manzano (né en 1929) et son épouse Camille, son frère Roger (né en 1935) ; Jacques Mauriès (né en 1923) ; Alfred Pélissier (né en 1933) ; Norbert Pérez (né en 1931) et son épouse Paulette ; Yves Roubineau (1921-2016) ; Josette Salva (née en 1931) ; Pierre Touron (né en 1925).
À vous, Bernard, Paul et Jean-Félix Vallat qui m’avez aidée tout au long de cette quête.
Merci à Michèle Perret, pour sa collaboration et son livre Terre du vent (éditions L’Harmattan) ; à Lucien Cano (né en 1933) pour son témoignage et son livre Thiersville de ma jeunesse (éditions Gandini) et à Daniel Larzul, pour son récit du soir de l’embuscade publiée par L’Écho de l’Oranie, le 28 octobre 2015.
Merci à Antoine Cheltiel, Laure Chiraussel, Luc Dompnier, Colette Jaen, Jean-Pierre Lledo, Yvonne Montoya, Elisabeth Rosso, Patrick Touron, Agnès Vallat et Odile Vallat ainsi qu’à toute l’équipe du CDHA.
Merci enfin à la Lumière bleue qui m’a accompagnée tout au long de cette émouvante aventure !
Avril 2017

Maïa Alonso

Table des matières

Préface .............................................................................................................................................................. 9
Avant-propos ................................................................................................................................................... 11
                                 Le rêve assassiné
Une lumière bleue ............................................................................................................................................ 13
Des rires… et la mort ........................................................................................................................................ 17
                               Madeleine  1933-1946
Le journal de Madeleine ................................................................................................................................... 23
La première rencontre ...................................................................................................................................... 34
Le temps des fiançailles .................................................................................................................................. 40
Une demande en mariage houleuse ............................................................................................................... 52
Le rendez-vous manqué .................................................................................................................................. 58
Les trois montagnes ........................................................................................................................................ 62
La Royal Air Force ............................................................................................................................................ 67
L’enfant d’Eghriss ............................................................................................................................................. 74
La guerre est finie ............................................................................................................................................ 80
                             Félix  1947-1958
Les jours paisibles ........................................................................................................................................... 85
Vie de famille ................................................................................................................................................... 94
Thiersville – Village de France ...................................................................................................................... 101
La piscine ....................................................................................................................................................... 108

Les dons de la terre ....................................................................................................................................... 116
Une insécurité croissante .............................................................................................................................. 120
Jouez-vous au tennis ? .................................................................................................................................. 124
Congrès des maires de France ...................................................................................................................... 127
Le parrainage de Château-du-Loir ................................................................................................................. 136
Pour l’amour de la terre .................................................................................................................................. 147
Le sang appelle le sang ................................................................................................................................. 154
Le temps du chagrin ...................................................................................................................................... 162
Une école dans le bled ................................................................................................................................... 165
« Mon frère Ali a été tué…» ............................................................................................................................. 170
Bord de mer .................................................................................................................................................... 174
Ça se corse à Ouled El H’bib .......................................................................................................................... 183
Huis clos ......................................................................................................................................................... 187
L’art des deux visages .................................................................................................................................... 193
Romance à Porquerolles ............................................................................................................................... 198
Dernier itinéraire ............................................................................................................................................. 208
L’embuscade ................................................................................................................................................... 212
Un Képi bleu dans la tourmente .................................................................................................................... 218
La nuit d’Ouled El H’bib .................................................................................................................................. 222
L’adieu ............................................................................................................................................................. 225
                          Épilogue
Le rêve ............................................................................................................................................................ 229
Une lumière bleue… ....................................................................................................................................... 233
Lexique ........................................................................................................................................................... 234
Documents ..................................................................................................................................................... 237

Pour les termes et noms avec un astérisque * voir le Lexique (p. 234).

Extrait 1 - P. 16 - "Une lumière bleue"

Les minutes s’égrenaient. Le vent était glacé. Le ciel s’ourlait de rose et de mauve. Le panorama que j’avais admiré en descendant de l’auto était grandiose, embrassant à 360° la plaine de Montpellier, la carrière de la Madeleine, la forêt Royale, les contreforts des massifs de la Moure, la Séranne, le pic Saint-Loup et la mer… Cette autre rive de notre Méditerranée !
Tandis que je me recueillais, un morceau de ciel couronné de soleil se détacha des pierres blondes, côté intérieur de la chapelle.
C’est alors que la belle Dame m’apparut.
Au même moment, j’entendis cette phrase énigmatique, prononcée d’une voix dont la suave musique s’empara de tout mon être :
– Viens, Maguelonne, tu dois mettre tes habits de fête, c’est le plus beau jour de ta vie.
Après cela, je traversais une frontière faite de chair, comme si j’étais une larme de sang jaillie soudainement. Je coulais le long de la joue de la belle Dame et je tombais sur les pierres qui jonchaient, éparses, le parvis de la chapelle.

La chapelle St Bauzile
La chapelle St Bauzile

Extrait 2 - P 64 - "Les trois montagnes"

Ô mon amour, parle moi encore de notre terre, donne moi de la goûter à la régalade, tête en arrière, regard perdu dans le soleil, mes mains dans les tiennes larges et puissantes ; laisse-moi me perdre dans ta douceur. Tu es parti depuis trop longtemps et j’entends le vent rageur qui effleure les crêtes de notre djebel, provoquant un mugissement sourd…

 

Tu t’éloignes, le pas lourd, dans la poussière d’or qui danse au-dessus du sentier caillouteux. Je voudrais te suivre, délier toutes les entraves pour prendre un envol si longtemps retenu.

 

Je te laisse aller dans le chant des pierres rousses, parmi les touffes de thym et de romarin qui exhalent leurs violentes senteurs ; parmi les lentisques au parfum vert, chaud et résineux qui régalent la perdrix.  Je te regarde, je te respire, mais je n’ai que ton absence dans ce djebel, dans ce sourire déchiré, envahi par tant de larmes.

 

Tu es loin, là-bas, derrière l’horizon qui dévore tes songes, noyé dans un brouillard qui n’en finit pas. Et hurle vers toi le silence qui efface…

 

Félix et Madeleine Vallat
Félix et Madeleine Vallat

Extrait 3 - P132 - "Congrès des maires de France"

Les enfants restèrent quelque temps à Mercier pour lui laisser un peu de répit.
– Seule ! Je suis seule ! se disait-elle en fredonnant. Quelle détente !
Elle en avait tellement besoin. Il lui fallait reprendre des forces car bientôt, ils s’installeraient enfin dans la maison neuve. L’emménagement se fit en septembre. La ferme Vallat était magnifique. Elle avait pris l’allure d’une hacienda cossue : murs blancs, petits auvents de tuiles, tourelle en forme de pagode sur le toit, bien utile pour servir de défense. Chaque pièce avait été minutieusement pensée, laissant la lumière rentrer à flots mais avec des voilages opaques pour tamiser la chaleur.
C’était un enchantement.
Félix riait du bonheur de Madeleine.
– Un nouveau départ, lui dit-il. Nous serons très heureux !
Madeleine l’entraînait dans sa valse.

 

P133 -

Quand Félix ne rentrait pas trop tard, ce qui était assez exceptionnel, et que les enfants dormaient enfin, ils s’installaient tous les deux dans les fauteuils du bureau et prenaient du temps pour lire. C’était un moment si paisible dans la tourmente qui détruisait peu à peu le rêve de cette terre algérienne, que Madeleine, qui ne pouvait s’empêcher d’exprimer ses sentiments, poussait un soupir :
– C’est le bonheur, disait-elle, en posant son regard doré sur cet homme tant aimé et admiré.
Ému par sa ferveur, il disait :
– Je sais combien tu es courageuse. Je sais aussi que tu aimerais qu’il en soit ainsi chaque soir, mais…
– Et moi, je m’énerve contre toi, je t’accuse de m’abandonner. C’est vrai que c’est dur de tout assumer seule…
– Quand tout sera bien en place, je pourrai enfin passer plus de temps avec toi et nos enfants. Sans toi, sans ton soutien, sans ta patience admirable, jamais je ne serais arrivé jusque-là. Tant de choses ont pu être réalisées grâce à toi !

Les Deux-Moulins
Les Deux-Moulins

Extrait 4 - P149 - "Pour l'amour de la terre"

Félix partageait le point de vue de son cousin par alliance :
– Cette terre, c’est notre royaume à tous. Et nous en sommes tous les seigneurs, c’est-à-dire les gardiens, les musulmans comme les Européens, avec nos coutumes et nos traditions, les uns et les autres. Quelle belle mosaïque on forme ! Nous devons vivre en frères. Travailler ensemble, c’est seulement ainsi que nous deviendrons un peuple uni. Oui, c’est ce labeur acharné qui nous trouve au lever du soleil dans nos champs, avec nos hommes, jusque tard dans la nuit, qui fait de nous des compagnons sans distinction de qui est qui. J’ai toujours regardé le fellah comme un membre de ma famille dont je dois prendre soin parce qu’il est moins armé que moi dans notre monde. Je sais que Georges pense et agit comme moi.
C’était connu que Félix joignait le geste à la parole, en particulier en faveur des petits fellahs. Georges tenait Félix en haute estime. Au-delà de la sympathie, il existait entre eux une connivence dans leur façon de penser et d’être – pour le plus vif plaisir de Madeleine qui adorait son grand cousin. Leur état d’esprit était jugé irréaliste par beaucoup qui lançaient d’incessants avertissements (...)

Léa et Georges Mauriès
Léa et Georges Mauriès

Extrait 5 - P 164 - "Une école dans le bled"

Enfant, Félix Vallat avait souvent partagé les jeux de la jeunesse d’Ou-led El H’bib, une mechta assimilée à Makda, et il avait noué une vive amitié avec l’un de ses compagnons, aujourd’hui chef du douar et son premier adjoint, Ahmed Djidar. Les liens tissés au fil du temps rendaient cette mechta berbère chère à son cœur. Par un heureux hasard, la ferme Les Deux-Moulins était à peine à mille cinq cent mètres du hameau, en direction des Aoufs, lui permettant ainsi d’entretenir des relations des plus cordiales avec la population. Fidèle dans ses affections, une de ses premières actions de maire fut de faire construire une école à Ouled El H’bib. On l’inaugura en octobre 1954. Le Mascaréen Mustapha Stambouli en fut le premier directeur. Azout, un ancien compagnon de classe de Lucien Cano, lui succéda.

Extrait 6 - P 180 "Bord de mer"

Elle voulait trouver des mots nouveaux, comme seuls les enfants savent les détourner. Oui, cela faisait longtemps qu’elle habitait sa solitude comme un palais, paré de ses histoires inventées, peuplé d’élans sauvages, vertiges délicieux et perturbants qui démultipliaient l’être. Et puis, Félix s’était faufilé par un interstice jusqu’à ses plus intimes murmures.
Elle souffla :
– On ne connaît jamais tout de l’autre. Il y a la part de soleil et la part de ses absences.
Il aimait l’écouter, la regarder, se sentir exister en ces fulgurants instants où ils étaient ensemble.
Une mouette se déplaçait devant eux en se dandinant, faisant mine de picorer le sable et ralentissant sa démarche pour mieux saisir les aveux échangés par les promeneurs solitaires. Alors, Madeleine eut ce sourire qu’ont les enfants trop sages à qui on promet la lune mais qui savent bien qu’on ne les y emmènera pas. Il ne le vit pas.

Extrait 7 - P 188 "Huis-clos"

Avec un rictus, Mokhtar répliqua durement :
– De ton point de vue, nous devrions être redevables à la tolérance que vous nous manifestez !… Ce n’est pas ce que nous, nous ressentons. Nous sommes blessés dans notre dignité. Nous n’acceptons plus d’être mis de côté !
– De la tolérance ! Mis à part ! Mais tu cherches quoi ? Qu’on vous assimile ? C’est là, justement, qu’on gommerait votre identité ! Si le fait qu’on marque une différence, différence sans jugement de valeur, revient à dire qu’on ignore cette identité, alors… alors…
– Alors, j’ai bien peur, Félix, que face à tant d’incompréhension de votre part, la revanche ne soit longue et de plus en plus violente. Je pense avec tristesse qu’il n’y a pas d’avenir ici pour vous.
Félix était rouge. Prompt à la colère, il lança sur un ton vif :
– Tu me vois comme ton ennemi, alors ?
– Mais non, tu es mon frère ! protesta aussitôt Mokhtar, en clignant des paupières pour atténuer le feu de son regard.

Quelques informations complémentaires

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Postface de l'éditeur
Postface Rêve Seite 251-252.pdf
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Félix Vallat et Ali Chekkal
Parrainage de Thiersville à Château du Loir (Sarthe)
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L'attentat du 8 avril 1958
Quelques documents...
249 - Documentation - Attentat.pdf
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Sur la presse web et papier

Entretien avec Roger Vétillard  dans Metamag

Maïa Alonso : “Le rêve assassiné “. Le roman-vrai d’une famille pied-noir

Maia Alonso Portrait
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Roger Vétillard, historien

Maïa Alonso est une romancière qui a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels « le papillon ensablé », « la Licorne », « le soleil colonial »et « l’odyssée de grain de bled ». Autant d’ouvrages où apparaissent poésie et transcendance. Elle nous propose un nouvel ouvrage, certes un roman, mais surtout une histoire vraie, celle de la famille Vallat en Algérie avant l’indépendance du pays. Histoire tragique, mais qui est aussi une recherche à caractère historique puisque l’auteur est allé à la recherche de documents, de témoignages… Cet ouvrage est également une réflexion sur la présence française en Algérie. Il renvoie vers Albert Camus et son rêve d’une Algérie fraternelle et autonome, rêve qu’une guerre civile a fini par effacer… Roger Vétillard, historien de l’Algérie s’est entretenu avec elle.

Roger Vétillard : Votre 5ème roman publié aux éditions Atlantis « Le Rêve assassiné » est certes un roman, mais c’est aussi de l’Histoire. Peut-on dire qu’il s’agit d’un roman historique ? Pouvez-vous nous narrer sa gestation, comment cette idée vous est-elle venue et comment l’avez-vous menée à bien ?
Maïa Alonso : Je préfère la formulation roman-vrai à roman historique, pour la marge de liberté de l’expression que cela permet. Mais le travail de documentation est tout aussi exigeant et rigoureux. J’ai porté cette histoire tragique en moi toute ma vie. Les victimes apparaissent en filigrane dans d’autres romans de fictions que j’ai écrits. Les trois enfants du couple étaient devenus mes petits voisins après l’assassinat en 1958 qui avait tant marqué notre région. En les retrouvant en 2015, c’est en échangeant sur le passé que j’ai eu envie de retracer la vie de leur père, un homme de fraternité. Et cela répondait aussi à leur attente.

Mais ce qui m’a vraiment décidée, c’est un article sur Internet publié par un Algérien qui évoquait ces événements en accusant Félix Vallat, « ce sinistre colon », d’avoir pratiqué la torture dans sa ferme ! Il fallait rétablir la réalité et pour cela partir à la pêche d’informations auprès de ceux qui l’avaient connu, mais aussi au travers d’une masse importante d’archives conservées religieusement par la famille. J’ai été merveilleusement aidée dans ma quête par les frères Vallat … et aussi par Madeleine, l’épouse de Félix qui a laissé un grand nombre d’écrits, lettres, notes, journal. Si bien que j’en ai fait le personnage central et regardé Félix avec ses yeux. Félix était un orateur. Il n’a quasiment laissé aucun écrit en dehors de sa lettre de « non-demande en mariage » aux parents de Madeleine !

Pendant une année j’ai suivi leurs traces, parcouru bien des régions de France, fouiné au CDHA et aux Archives d’Aix… une véritable enquête policière, engrangeant une foule de notes et de documents, de témoignages enregistrés, et en novembre dernier, je me suis lancée, j’étais tellement imprégnée de leur vie que le roman s’est déroulé par séquence devant mes yeux et j’ai retranscrit ce que je « voyais », comme un film. Et comme un film, j’ai écrit les scènes-chapitres dans le désordre. Et puis j’ai procédé au montage. Il me fallait être vigilante car il y avait des répétitions, des redites. Ensuite, c’est le travail du romancier qui apporte la touche finale…

L’histoire tragique de la famille Vallat et celle de Félix et de Madeleine son épouse, héros de ce roman qui incarnait une volonté de rapprochement des communautés et sera avec son épouse pour cette raison tué par le FLN, peut apparaître, à ceux qui n’ont pas connu l’Algérie lors de sa période française, comme une exception. Mais était-ce vraiment le cas ?
Je ne le pense pas. Dans mon enquête ou ma quête, j’ai rencontré des Français d’Algérie chez qui ce drame éveillait l’écho d’autres drames analogues vécus dans leurs familles, des gens avaient été tués alors qu’ils étaient connus pour leur bienveillance et leur amitié interconfessionnelle. Mais de même que dans cet article sur Internet accusant Félix Vallat d’être un sinistre colon, on a noirci à souhait bien des Européens afin de présenter les terroristes comme des justiciers et ainsi transformer les crimes terribles en actes de bravoures. Théorie adoptée par beaucoup en France, car ainsi on excusait le parjure du général. C’est la fameuse phrase de Sartre citée dans la préface par les frères Vallat : « abattre un Européen c’est supprimer un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ».

Le journal intime de Madeleine est comme le fil rouge de cette histoire. Il permet de savoir ce qu’on ne pourrait que suggérer s’il n’existait pas. Mais y avez-vous eu accès ou l’avez-vous imaginé? Et, dans ce cas, certains passages plus privés ont-ils été laissés de côté ?
J’ai imaginé le journal de Madeleine à partir de ses très nombreuses lettres. Donc tout y est véridique, quand elle s’exprime… ou presque. J’ai eu parfois (mais de façon très mesurée) besoin d’ajouter mon souffle poétique. Elle a cependant bien tenu un journal pour y annoter ses observations sur l’évolution de ses trois garçons, leurs progrès, leurs maladies, leurs bêtises. J’ai volontairement peu utilisé ses notes. Cela reste entre elle et ses fils.

Par contre, il s’est produit quelque chose de mystérieux au sujet du dernier chapitre, « le Rêve ». C’est le tout premier texte que j’ai écrit dès que j’ai eu l’intention de faire ce travail. Je me suis réveillée au milieu de la nuit avec l’impulsion impérative d’écrire et j’ai « prêté » ma main et mon esprit à … Madeleine. Elle s’adresse à ses fils avec bien sûr ce que je savais d’eux. J’ai hésité longtemps à inclure ce texte car j’appréhendais la charge émotionnelle pour ses garçons. Mais c’était le désir de Madeleine, on ne résiste pas à Madeleine ! …

Quand on vous lit, on comprend que les préceptes musulmans ont pu être au centre des oppositions entre les pieds-noirs et les musulmans. Cela vous semble-t-il, à la lueur de vos souvenirs et de votre vécu, une réalité importante ?
Bien sûr ! Cela conditionnait complètement la vie sociale et politique. Si la communauté juive, dont la présence au Maghreb était antérieure à celle des Arabes, n’hésita pas à accepter sa naturalisation, il en fut différemment pour les musulmans, de 1830 à 1962, car en acceptant la nationalité française, il leur fallait adopter la loi française, une condition incontournable voulue par Paris (d’où les deux collèges, notamment). Les oulémas s’y sont farouchement opposés : impossible de déroger à la charia sans devenir apostat et donc traître à l’Islam. Mais dans le bled, là où fellahs et petits colons partageaient la même misère (ça, je l’ai vécu), est-ce que les Européens en étaient bien conscients ? Il y avait chez eux une naïveté mâtinée de paternalisme regrettable qui conduisait à une confiance aveugle, et bien souvent ils en sont morts. Un vers de Victor Hugo traduit bien le drame de l’incompréhension entre les deux communautés : « l’affront que l’offenseur oublie en insensé, vit et toujours demeure au cœur de l’offensé » (Hernani) C’est ce que j’ai voulu mettre en lumière dans le monologue de Mokhtar, l’ami qui va trahir aux yeux des Européens mais rendre justice aux yeux des musulmans… A chacun sa part de vérité.

Quant à moi, dont plusieurs membres de la famille ont vécu dans les villages des hauts-plateaux, j’ai retrouvé en vous lisant des souvenirs proches des scènes que vous relatez. Et, je me suis posé cette question : les relations inter-communautaires dans l’Algérie d’avant 1962, n’étaient-elles pas différentes dans les grandes villes, comme Alger ou Oran, de celle des villages et des campagnes où la proximité entre les populations était plus étroite?
Absolument. C’est une jeune oranaise, il y a de cela bien des années, qui m’a ouvert les yeux sur cette autre réalité des relations intercommunautaires en ville. Elle me disait en m’écoutant parler, j’étais alors présidente fondatrice du Cercle Algérianiste d’Auch (32) et passionnée par notre épopée : « Je n’ai jamais parlé avec un Arabe, à Oran ! » et de ce fait elle croyait dur comme fer à la ségrégation sur le mode Afrique du Sud. J’étais stupéfaite, moi qui avais grandi parmi les musulmans et bien sûr les Européens dans mon village de Dominique-Luciani. Mon père parlait arabe avec ses frères. En fait ils commençaient leur conversation en français, embrayaient sur l’espagnol et poursuivaient en arabe… et cela, même une fois établis en France.

Maïa Alonso, Le rêve assassiné, Atlantis éd. 2017, 243 p , 22€.

Mémoire Vive (CDHA)

Maia Alonso, Le rêve assassiné, Atlantis éd., 243p, 2017, 15€  

par Roger Vétillard, historien

 

Maia Alonso nous propose un nouvel ouvrage. Il n’a pas tout à fait la même respiration que ses précédentes publications, il est plus réaliste, très documenté, mais il conserve un côté poétique et imagé qu’elle aime donner à ses écrits.

 

C’est l’histoire vraie de Félix Vallat, maire dans les années 1950 d’une petite commune de la plaine du Ghriss à 300 km au Sud-Ouest d’Alger. Histoire dramatique, puisquele héros et Madeleine, son épouse seront assassinés un soir d’avril 1958 par les hommes de l’ALN. Leurs trois enfants échappent miraculeusement à la mort.

 

Félix Vallat voulait rapprocher les communautés de son cher pays, il a œuvré pendant une douzaine d’années pour cela. Il ne ménageait ni son temps, ni son argent pour tenter d’y parvenir. Il engageait ses amis dans cette action. Mais les pesanteurs sociales, politiques et religieuses se sont opposées à cette mission et ont choisi de l’éliminer.

 

L’auteur nous emmène dans le quotidien de cet édile pas comme beaucoup d’autres. Elle nous fait visiter cette région de Mascara, le village de Thiersville, village de France, où il faisait bon vivre mais où les « événements » ont troublé la sérénité de la petite cité. Pour cela, elle est allée aux sources de cette histoire, elle a rencontré les témoins, consulté les documents, les archives et a obtenu la collaboration de la famille Vallat et celle des anciens du village. Cela nous donne un roman historique avec beaucoup d’anecdotes et de photographies. Une œuvre remarquable, triste et vraie, que les lecteurs apprécieront d’autant que sa lecture est particulièrement aisée et agréable.

 

                                                                                                            

 

La Dépêche du Midi édition du Gers - 22 juin 2017

«Le Rêve assassiné» de Maïa Alonso

Maïa Alonso, qui porte toujours dans son cœur son Algérie natale, publie son cinquième livre «Le Rêve assassiné». Rêve d'une Algérie multiethnique que défendaient Félix et Madeleine, le couple assassiné dont Maïa fréquente les enfants.

 

 

 

 

Maïa Alonso l'affirme : «C'est mon dernier livre sur l'Algérie, j'ai fait une sorte de thérapie». Dans ce «dernier» livre, son cinquième, avec pour décor et bien davantage l'Algérie où elle est née et dont elle souffrira jusqu'à la fin de ses jours d'avoir dû en partir, la Samatanaise raconte un épisode (et les acteurs) du «rêve assassiné d'une Algérie nouvelle». En avril 1958, Félix Vallat, maire de Thiersville, et son épouse Madeleine, institutrice, furent assassinés par le FLN. «Cette nuit-là, ce n'était ni l'ingénieur agricole, ni l'ancien pilote de la RAF qui était visé. C'était ce véritable apôtre du rapprochement franco-musulman qui dérangeait les nationalistes algériens et qu'il fallait éliminer avec toute sa famille. Avec eux, ils ont assassiné le rêve d'une Algérie nouvelle, une Algérie autonome, fraternelle, multiethnique et tolérante, liée étroitement à la France. L'Algérie dont rêvait aussi Albert Camus», affirme Maïa Alonso qui regrette avec tant d'autres «que l'Algérie n'ait pas eu son Nelson Mandela».

 

Un roman vrai…

 

Félix et Madeleine furent assassinés mais leurs trois fils survécurent et cinquante ans plus tard, Maïa les a retrouvés, écoutés, interviewés. Autant de souvenirs, de témoignages et d'archives qui ont permis à l'auteure d'écrire ce «romain vrai» avec pour ambition, celle de «faire entendre la voix de tous les acteurs de ce drame, même celui de Mokhtar Boucif, commanditaire de cet odieux assassinat, l'un des proches amis musulmans de Félix Vallat». Un «roman vrai» dans lequel «si la terreur du FLN est montrée du doigt, la vengeance à laquelle certains, désespérés, se sont livrés par la suite, n'est pas moins occultée». La cohabitation pacifique en terre d'islam restera-t-elle toujours un rêve ? se demande Maïa Alonso pour qui ce roman est d'une actualité brûlante. Tellement que son éditeur qui dit attendre avec «impatience» le jugement des lecteurs algériens conclut : «C'est avec la même impatience que j'attends le manuscrit pour «Un autre rêve assassiné». Écrit, cette fois-ci, par un auteur algérien».

 

« Le Rêve assassiné » de Maïa Alonso, EditionsAtlantiS, 22 €. De la même auteure : « L'Odyssée de Grain de Bled en terre d'Ifriqiya » (2013), « Le Soleil colonial » (2014), « Les Enfants de la Licorne » (2015), « Le Papillon ensablé » (2016).

Bernard Ducom, Photo Sébastien Lapeyre - la Dépêche du Midi du Gers - 22.06.2017 -

 

Recension Jean-Pierre LLEDO, cinéaste

Avis de lecteurs

Philippe Garcia, auteur et humaniste en activité - 12.10.2017

Chère Maïa, chers Messieurs Bernard, Paul et Jean Vallat,

 

 Je viens de terminer la lecture de votre livre, Maïa ; l histoire de votre famille Messieurs.

 

 Une fois de plus, votre écriture m’a enchanté, Maïa. Sobre et efficace dans les moments difficiles. Subtile et romantique dans les moments de plus grande intimité. Elégante s’il ne fallait qu’un mot.

 

 Une fois de plus, vous avez réveillé en moi mes souvenirs enfouis de cette terre d’Algérie ; vous m’apprenez à la connaitre, moi qui n’ait jamais réellement pu en savoir par ma famille trop vite disparue. 

 

Sans jamais vous avoir rencontrée, au travers de vos livres, vous tenez pour moi une place importante .

 

 Cette lecture est très particulière à mes yeux. Vous rapportez délicatement une tragique et magnifique saga familiale ; de celles qui nourrissent une vie. De celles qui me transportent. Qui, à mes yeux, subliment l’homme.

 

J’ai lu ces lignes dans lesquelles vous ne manquez jamais de citer Camus, alors que la peste, jusque-là circonscrite à la province, a envahi Tananarive où je vis et que les victimes se comptent aujourd’hui par dizaines. Elle est là, à portée de voix alors que je vous écris.

 

 J’y ai lu la vie palpitante et la mort tragique d’un couple qui à lui seul symbolise tant de nobles valeurs. Madame Vallat, institutrice de l’école de la république en terre algérienne et maman comblée et attentive jusqu'au dernier instant ; Monsieur Vallat, agriculteur comme le fut toute ma famille en Algérie, homme politique visionnaire et entrepreneur jusqu’au plus profond de son âme. Ancien combattant aussi alors que mon père se battait, dans le même temps, sur les flancs du Monte Cassino où il était blessé aux côtés de ses tirailleurs algériens. Un couple magnifique qui fit œuvre utile ; un homme et une femme qui, côte à côte dans la même voiture, au même moment, au même endroit, expirèrent leur dernier souffle de vie. Comme mon père et ma mère sur cette route de France un jour funeste d’avril 1970.

 

 Et puis, il y a ce que vous faites dire à Madeleine Vallat, Maïa,  «... Ce que vous êtes devenus, mes trésors, c'est folie de le dire mais c'est à cette terrible nuit du 8 avril 1958 que vous le devez...». Une intime réflexion que je me suis toujours faite sur mon propre destin. Ce  «A toute chose malheur est bon »  que je n’ai jamais osé exprimer de vive voix, qui fut pour moi une philosophie de vie, et qui m’aida à toujours garder la tête hors de l’eau. Cette déclaration posthume faite par cette maman à ses enfants, je l’ai sans doute toujours espérée de ma propre mère. Cet autre échange que vous raportait dans le chapitre « Huit-Clos » sera à lire et à relire. Il nous en dit tant. Enfin, parmi tant de traits communs qui m'unissent aux frères Vallat, cette pose que vous fit prendre votre Maman, Messieurs, dans vos tenues de petits matelos;  la même que nous fit prendre notre mère, à mes deux frères et moi, sans doute dans les années 58 ou 59, à Cherchell, sur les marches du phare.

 

Je mesure Messieurs combien cette tragédie dont vous avez été les victimes directes a pu durablement et profondément marqué vos vies. Je sais aussi combien ces deux disparitions peuvent aujourd’hui occuper vos vies.

 

 Je veux simplement vous dire que ce livre me fait aimer vos parents. Pour leur oeuvre immense en une vie si courte. 

 

 Je vous salue très amicalement, et remercie Maïa de m’avoir fait vous connaitre ainsi que vos parents qui, par ce livre, sont entrés dans la mémoire collective. Quel que soit l’accueil public réservé à cet ouvrage.

 

 Je m’incline humblement à la mémoire de Félix et Madeleine, les remercie respectueusement d’avoir œuvré ainsi à la réconciliation de deux peuples jusqu’à en mourir, et vous félicite très sincèrement, Messieurs, pour vos chemins respectifs que vous avez su tracer malgré cette cruelle absence.

 

 Philippe Garcia

 

Ancien officier supérieur des Troupes de Marine

 

Membre de la Légion d’Honneur

 


Bonjour Madame.

 J'ai lu avec grand intérêt et une certaine émotion votre dernier livre. Comme dans le livre de Roger Vétillard votre livre vient faire écho à des situations vécues et ça doit être le cas pour beaucoup de Pieds-Noirs qui vous lisent. Pour ma part, j'ai connu plus de colons "comme Georges Mauriès" que de colons qui ne l'étaient pas. En particulier mon oncle André, colon à Tizi, qui lui a été prévenu par ses ouvriers. Pour la première fois, je lis un livre qui dit une vérité poignante, sans jugement de valeur et décrivant les souffrances subies par les  deux communautés, l'indigène ayant beaucoup souffert. Que de fois n'ai-je entendu ma mère dire: "Les Arabes sont bien à plaindre parce qu'ils souffrent plus que nous."

  Je voudrais vous poser une question à propos de la confession de Mokhtar Boucif. S'agit-il d'une attitude que vous prêtez à l'intéressé ou une reconstitution que vous faites à partir de documents qu'il aurait laissés ou de témoignages recueillis? Je penche plutôt pour la seconde hypothèse tant votre roman est un roman vrai. Mokthar Boucif est alors un cas clinique de psychanalyse très intéressant. C'est typiquement ce qu'on appelle une annulation rétroactive. La confession vient amoindrir le remord: en le confessant c'est comme si on ne l'avait pas fait. Mais chez Boucif la culpabilité, le conflit psychologique entre son moi de militant communiste et son surmoi de meilleur ami n'ont pas de solution. Il a immolé son ami Vallat sur l'autel de l'indépendance de l'Algérie comme Abraham était prêt à immoler son fils sur l'autel de sa religion, c'est à dire par soumission inconditionnelle à ce que Lacan a appelé "la loi du Père." Sa culpabilité très forte et en même temps son engagement pour la lutte contre l'occupant expliquent son attitude après l'attentat, faite autant de remord et de compassion, probablement sincères, que d'obséquiosité. Pour lui, la mort qu'il appelait dans sa confession fut sûrement une délivrance, car seule solution à ce conflit terrible qui l'habitait.

  merci pour ce magnifique livre.

 D. Kremer

Psycho praticien

 


"Maïa, je vous remercie pour cette gentille dédicace. Ne soyez pas désolée pour "ce retard dans l'envoi de la commande", cette attente a permis de voir grandir le désir de découvriri "Le rêve assassiné". Bien entendu, devant ces événements tragiques l'émotion était là, mais je retiendrai l'action admirable de ces pionniers qui ont essayé de construire une belle Algérie et également la manière tellement féminine, délicate, de décrire le couple Madeleine-Félix. Votre livre tient une place bien en vue dans ma petite bibliothèque. Ainsi mon fils comprendra mieux cette période de l'Algérie française. A très bientôt. Amitiés d'un Oranais".

Fernand Candéca (Carbonne)
  (page recto ci avant)


Serge Launay, auteur et psychanalyste

Maïa Alonso est douée. Son écriture est claire, limpide, poétique, sans fioritures inutiles. Et quel prodigieux travail de collection des données ! Ce livre (en tant que témoignage) est une réussite. J'ai retrouvé en le lisant de profondes émotions. J'y ai découvert les fondements mêmes du rêve camusien de Félix, qu'il a porté sans faillir, jusqu'à y sacrifier sa vie.

 

A titre plus personnel, je me suis efforcé de lire avec l'état d'esprit du petit "patos" de six ans tout juste débarqué de sa Normandie natale et soudain tombé dans ce monde étrange pour lui, à peu près comme un extra terrestre débarqué d'une autre planète. En ce sens, soixante années plus tard, j'ai dévoré toutes ces impressions dont beaucoup m'étaient encore inconnues. Au fil des mots, des liens se tissaient, un incessant va et vient dans l'espace et dans le temps s'opérait en moi. Ce livre restera à jamais dans ma bibliothèque comme le témoin d'un pan essentiel de mon histoire, ma part algérienne.

 

J'ai apprécié dans l'avant propos, signé par les frères Vallat, la référence fondamentale à la subtilité d'un Camus qui a été, est et restera un de mes auteurs favoris, un des tous premiers. 

 

J'ai apprécié également la post face de l'éditeur, mesurée, équilibrée, orientée vers la reconnaissance des souffrances de l'autre, toutes les souffrances,  dans cette tragédie algérienne

 

En une phrase, "le rêve assassiné" a rejoint les livres les plus importants pour moi dans ma bibliothèque. 

 


 Michèle Perret, écrivaine

Dans la nuit du 8 avril 1958, en rentrant de leur ferme, Félix Vallat, maire de Thiersville et son épouse, Madeleine, institutrice, furent assassinés par un commando du FLN. Et c'est cette histoire vraie que la romancière Maia Alonso, amie d'enfance des enfants du couple, a entrepris de raconter sur leur demande. Travail minutieux de journaliste. Quantité de documents ont été mis à sa disposition, lettres, photos, journaux intimes, coupures de presse, tout ce que les enfants avaient recueilli et conservé. Elle a aussi pu rencontrer tous les témoins encore en vie. Il en résulte un livre qui, s'il n'a pas le charme poétique de ses autres romans, est infiniment précieux au plan documentaire. On a vu publier de nombreux souvenirs de jeunesse de cette époque, mais on trouve dans ce livre, menée avec beaucoup de talent et d'empathie, la reconstitution minutieuse de deux vies, avec leurs lumières et leurs ombres. Vies ordinaires, même si Félix, assez flamboyant, s'était engagé à fond dans les affaires municipales. Pas de fastes tapageurs, pas d'engagements tonitruants – juste ce que fut la vie simple, honnête et somme toute naïve d'un homme et d'une femme pris, à contre-courant, dans le tourbillon d'une histoire qui les dépassait. L'ouvrage reconstitue leurs deux vies, amours, espoirs, voyages, enfants, projets, emménagements et que sais-je encore et me semble, à ce titre, un document précieux sur ce que fut la vie, il y a plus de soixante ans, de ces français d'Algérie des années cinquante, tels qu'en eux-mêmes. Une femme attachante, un homme idéaliste et combatif : Madeleine et Félix croyaient au bonheur, au travail, à la famille et à l'amitié, à l'amélioration du sort de leurs concitoyens, à l'éducation et à la coexistence harmonieuse des communautés. Que pouvaient-ils face aux forces en présence, aux idéologies, aux rapacités internationales ? Face aux frustrations, aux rejets aux colères, aux exactions, à l'engrenage de la violence. Face enfin à ce qu'on a appelé alors « le vent de l'histoire ».
Et survient l'attentat, dans toute son horreur, raconté avec une grande sobriété. C'était un mois avant le 13 mai 1958 : la guerre d'Algérie ne faisait que commencer et le pays avait encore bien des heures douloureuses à vivre.
Il se trouve que je les connaissais. (
Consulter sur Babélio)


Merci pour le livre, c'est avec un immense plaisir et beaucoup d'émotions que je l'ai lu.

Bravo à toi, et toutes mes félicitations pour le travail que tu as effectué, je connaissais une petite partie de l'histoire et j'ai découvert toute le reste.

Encore BRAVO ET MERCI - Arlette Jaen


Extrait du commentaire de Catherine sur son blog :

Ce beau livre est le témoignage poignant d'un engagement d'idéaux livrés avec persévérance et courage. L'amour d'une Terre y domine, l'amour et le respect de l’autre y domine. L'amour tout court y domine. Nous devons lire ce livre. Nos jeunes gens doivent lire ce livre.

L’épilogue écrite par Maïa ALONSO est bouleversante.


Le rêve assassiné présenté sur le blog POPODORAN - Merci Roger !


Reine Roy On ne sort pas indemne de cette lecture parce que le drame de la famille Vallat entre en résonance avec celui de milliers de familles. Merci pour ce roman vrai, Maïa Alonso. Toute personne ayant vécu sur cette terre d'Algérie saura se retrouver dans ce témoignage fidèle de beauté et de violence, de rires et de larmes, de fraternité et de trahison.



Colette Jaen (dimanche, 04 juin 2017 20:10)

Enfant de Mascara je connaissais cette terrible histoire vécue par la famille Vallat (assassinée 12 jours avant mes 2 oncles dans des circonstances similaires) Aujourd'hui Maia nous restitue de sa plume précise ce récit où malgré la violence et la cruauté s'entremèlent l'amour et la haine. Son ouvrage se veut impartial contrairement aux propagateurs d'idées préconçues selon lesquelles le peuple algérien a dû supporter un colonialisme brutal et qui salissent la mémoire de nos ancètres. Madeleine et Felix Vallat ont œuvré toute leur courte vie pour une fraternité franco-musulmane et ils en sont morts. Merci Maia pour ce beau témoignage vibrant d'amour, de souffrance et de vérité, chacun de nous devrait avoir dans sa bibliothèque "le rêve assassiné" : un passage de notre histoire à transmettre absolument à nos enfants.

Jean-Marc Delmarre

11 juillet 2017

Ce livre est vrai, authentique. Je me suis retrouvé dans la famille Grégoire à Batna. Ils m' avaient invités avant que je rentre. [...] . J'ai tout aimé mais entre la page 187 et 192, c-est exceptionnel ! Tout est dit. C'est très bien écrit. Tout y est bien dit. J'ai vraiment bien aimé lire ce livre.


Commentaires : 3
  • #3

    Elizabeth Walz (lundi, 14 août 2017 15:34)

    Chère Maïa,

    Je viens de finir la lecture se ton livre. Je connais la petite chapelle de Sainte Baudile. Enfant, avec mes parents, nous allions en été tous les ans dans l'Hérault. Et tous les ans à Sainte Baudile.

    J'ai compris beaucoup de choses grâce au texte "L'art des deux visages" et j'ai pleuré en lisant "Le rêve". C'est une si belle lettre de maman.

    Encore sous le coup de l'émotion, je t'embrasse en te remerciant.

  • #2

    Edith JAEN (jeudi, 22 juin 2017 19:37)

    Bravo Maïa pour la rédaction de ton dernier roman. Roman qui relate des faits tragiques que nous avons malheureusement vécus.
    Tu sais Maïa, par tes mots, nous montrer comment l'œuvre fastidieuse de nos parents a été anéantie dans la douleur et nous a privé du bonheur que nous aurions pu connaître dans notre chère Algérie.
    Encore bravo et merci

  • #1

    catherine babou (mercredi, 07 juin 2017 09:57)

    Un travail magnifique ! Un devoir de mémoire à transmettre. Un livre à partager. Des souvenirs en vrac qui remontent au cœur comme un trop plein de chagrin. Merci Maïa pour ce dernier ouvrage tellement poignant.