A l'ombre du vent bleu

publiée par Étoiles d’encre, novembre 2011 – n° 47-48, P. 209

Olivier près de Méthoni
Olivier près de Méthoni

à J.

 Je voudrais qu’il fasse plein jour. J’arriverais auprès de vous, gourmande de soleil et de miel, de rire. Gourmande de vos paroles. Gourmande de tout ce qui me vient de vous. Ce serait sous l’olivier antique qui hante mes rêveries. Nous serions assis sur la terre rouge. Oublieux du temps. Alors nous nous inventerions une enfance commune et des souvenirs. De toute façon qui peut savoir ce qu’il y a eu… avant. La mémoire ne précède-t-elle pas notre naissance ?

Oui ce serait le plein jour et je serais d’ardence et de soie pour recueillir votre regard votre sourire. Je me ferais silence immobile, pour ressembler à la dame-oiselle qui a su se faire une cage dans votre esprit. Et puis, je délacerais mes chaussures et m’éloignerais en courant, les pieds nus sur la terre brûlante en riant.

Vous vous tiendriez en retrait à l’ombre de notre olivier mi moqueur mi complice. Dans ce vent bleu qui souffle en mon âme. La même musique coulerait en vous. Vous sauriez que je reviendrais.

Me revoici homme au cœur pur. Le miel coule de mon cœur. Je viens te parler de la spirale, symbole d’éternité de lumière de silence. Ces espaces illimités où tu m’entraînes.

Les paroles envolées de ses lèvres rieuses elle s’est appuyée au tronc rugueux un peu rouge après sa course. Il a levé son regard piqué d’étoiles vers elle. Il sait qu’il l’a toujours connue. Du doigt dans l’air elle dessine une spirale puis elle se laisse glisser contre lui : quand je suis près de vous je me sens devenir si douce…

 Il plisse un peu les yeux, garde ses distances. Elle est moins docile que le torrent alors il est sage pour deux. Mais la ferveur de la jeune femme l’ébranle. Elle s’est juste ajoutée subrepticement à sa vie comme les bulles dorées au vin de France sans causer d’ombrage à ceux qui vivent déjà dans sa vie. 

Tu es l’invisible complice cachée dans mon sourire dans mes pensées et personne chez moi ne se doute de l’hôte qui s’est installée à l’insu de tous…

Vivement elle lui tend les mains. Ce sont deux oiseaux de lumière messagères du silence envoyées par le Seigneur de la vie. Mains pour dispenser répartir mais aussi qui savent prendre dans la joie ce qui vient de lui. Elle lui saisit les mains y enfouit son visage ébloui de la lumière qu’il reflète en elle. Elle y dépose son sourire sans un mot souffle chaud. Il a refermé les doigts sur ce chaste baiser puis il est parti sans se retourner.

Alors seule dans la lumière trop vive qui fait briller les yeux elle a chanté. Sa voix l’a accompagné virevoltant autour de lui l’entourant d’ailes transparentes.

Et il sait que désormais il ne sera jamais seul…

D’où il se trouve à des milliers de kilomètres désormais il entend ses pensées.

Quand vous lèverez la tête vers le ciel magique de la nuit, faîtes-moi s’il vous plaît une petite place sous votre front.

Le ciel plane sur la mer et là-bas, au loin, de l’autre côté, la terre de chez nous… à l'ombre du vent bleu.

© Maia Alonso