Esclave ou reine ?

Elle :
« Pour que la vie soit poème, il me faut plonger dans tes yeux océan, provoquer la fulgurance de ton sourire, m'éloigner un peu pour que tu tiennes en entier dans mon regard, que tu t'y blottisses sans un mot, sans songer aux vagues...
Je t'invite à entrer dans mon safari; ma brousse rase la campagne : tu y es un étrange personnage, à la fois évident et bien mystérieux, réservé et audacieux. Ton jeu m'exacerbe et je refais un monde en bleu. Qu’importent les non sens ? Les silences ? Les leçons ou les jugements ?
Je suis reine dans mon royaume. Je gouverne mes fantasmes. Je peux tout aussi bien être esclave pour réaliser les tiens ... Si tu aimes le jeu, entre dans ma ronde, décroche les idées folles qui cognent dans ta tête !
Oui je suis reine et je domine aujourd'hui, maintenant, les peurs, les douleurs, les brûlures, les écorchures qui déchirent mes gémissements, qui annulent le soleil et la blondeur des champs de blé troués du sang des coquelicots, tout ce qui est ton absence, tes réticences, tes errances. Reine ou esclave, c'est mon choix, ma volonté, mon supplice. Ma jouissance.
Et tout ce que je voudrais te donner, dans une intimité faite d'éblouissement. Pas de promesse mais une certitude... »
Lui :
« J'ai réveillé la fleur au bois dormant. Elle dormait depuis si longtemps... Trop longtemps. Elle veut à présent quitter le bois, traquer la biche aux abois, boire le sang des papillons, élever le calice au suc vénéneux, lui infliger une cruelle torture. Lentement. De la pointe satin de ses seins. Et d'un baiser à l'audace insoumise, elle le ferait jaillir sous le ciel cramoisi comme un geyser antique retenu par les âges mythiques en des plaisirs insipides qu'il oubliera à l'instant, tandis que reine et esclave, elle s'endormirait enroulée et féline comme une liane autour du tronc de l'immense baobab, là bas dans son Afrique natale où aucun talisman ne te préservera de la foudre de ses fièvres.
Et elle partira sur son nuage boréal, dans un arc en ciel, festival d'un été titanesque sous les colonnades d'un temple abandonné, éperdu, où, païenne et amoureuse, elle se donnera à l'Apollon de la nuit qui veille et sonde les cœurs des Amants audacieux.
Reine ou esclave, à ton tour de choisir, de tirer la bonne paille avant que mon rire ne parte en éclats... »

©Maïa Alonso

 

peinture Etienne Dinet
peinture Etienne Dinet