La louve des steppes

Publié dans le webmag Nananews le 26/11/2011

Le Poilu de Mascara n° 82 Mars 2015

Demain !
Étincelle de tes yeux dans les siens. Chemins qui se remontent, s’enfouissent.
Demain.
Et les heures s’étirent.  Ombres de pierres sèches.  Tu vas tenir au bout de ses doigts. Le barrage est caduc. Crissent les insectes. L’herbe à l’envers mange ton visage.
Demain.
Souffle court. Chamade. Buisson. Elle tremble l’hirondelle. Bleue. Force. Tes lèvres,  ta bouche. Tout entière y tenir. Ne plus être que ce baiser où elle s’ensevelit. Meute de faims. À jamais inassouvies.  Te dévorer du profond du ressac.
Mon fiancé du bout des steppes. Du fond des temps. Des origines à jamais. L’âme de soie. L’illusion s’inverse. L’illusion, reflet et lumière. Née de la pierre, elle tente un dialogue et leurs mots s’enroulent les uns aux autres, ailes de papillons.
Demain.
Cordée vers le ciel.
Illusion, réalité, tout doit sombrer ou jaillir dans l’éternité.
Toi et elle, hors le temps, hors la trajectoire.
 Au pays de votre chair. Voluptés secrètes. Elle entend la mer gronder dans ses reins. Elle a quitté la dune et l’olivier. Voici les cimes écumantes des montagnes éternelles. Et toi debout contre le soleil. Dans tes mains, l’étoile phénicienne.
 Le vent dans la steppe. Le ciel glacé sur la steppe. Tu cravaches les chevaux sauvages.  Tu hurles plus fort que la nuit.
 Demain.
La steppe t’a modelé, rendu parfait pour elle. Silence. Alcôve. Fontaine. Rivière. Désert. Flux et reflux. Elle rêve de ton corps sur le sien, de dire oui.
Aucune peur ne la retient.
 Tes  caresses fouettées de vent et de neige, éblouies de lumière, connaissent des chemins qui se murmurent.
 Demain.
Renaître de tes baisers.
Elle a tant aimé ce baiser d’avoine folle, de ciel s’habillant de serments.
Le poète leur avait dit : aimer au-delà de l’espoir.
Elle avait compris : aimer, c’est sans espoir.  Mais toi, tu avais dit : c’est quand il n’y a plus d’espoir que l’amour est là.
Et tu avais ri. Comme chaque fois que vous parliez d’amour : la vie, c’est pas sérieux. Tu disais. Et tu l’emportais dans tes bras à l’intérieur de votre ger¹ pour y sceller le pacte sacré : vous retrouver de vie en vie jusqu’à la fin de vos circonvolutions vers le soleil initial.
 Alors, que s’est-il passé ?
Où es-tu ?
Elle te cherche, d’homme en homme, de masque en masque, d’histoire en histoire, d’aventure en aventure. De vie en vie.
Tu n’es pas là.
Elle s’assoit sous son arbre. Elle n’a que son imagination et ses rêves pour sentir tes baisers, encore et encore…

¹ ger = yourte

©Maia Alonso - 2010


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Commentaires : 2
  • #1

    catherinebabou (lundi, 15 juin 2015 18:27)

    Que c'est beau ! et puisque je n'étais pas venue depuis un moment te visiter j'ajoute que ton site est une merveille.. il l'était déjà mais là encore davantage. Belle soirée Maïa. Merci pour ce partage.

  • #2

    Maïa (lundi, 15 juin 2015 19:31)

    Merci à toi ma fidèle amie !