Mon Algérie...

MON  Algérie

 

J’ai puisé en mon cœur et dans mes archives pour apporter ma vision de cette période, insignifiante pour bien des gens, cruciale pour une poignée d’entre nous, de part et d'autre de la Méditerranée. Mais face à la multitude des indifférents, voire des méprisants, confortablement installés dans leur certitude de « bien-pensants »,  quel poids pesions-nous ?

 

L’été 1962, nous sommes partis, un million de cette terre que nous aimions comme une mère, et chacun a emporté avec lui son Algérie à lui.  Partis dans la douleur, comme arrachés à notre peau, nous allions être accueillis par une gifle magistrale en Métropole : nous ne savions pas à quel point nous n’étions pas compris. A quel point, plus d'un demi siècle plus tard nous ne sommes toujours pas compris. 

 

Aux yeux de tous les autres,  « nous serons toujours des pieds noirs racistes, tous riches, méprisants, vendant le verre d’eau aux soldats français !! Nous serons pour l’éternité l’OAS assassin… »

 

Alors, pour une fois, je vais essayer de vous raconter. Tranquillement. Parler de dates. Rapporter des témoignages de ceux qui ont vécu ces temps terribles. Donner la parole à ceux qui ont fait partie de l’OAS. Relater la magnifique aventure de la revue littéraire oranaise Simoun et rendre hommage à mon oncle Jean-Michel Guirao, son fondateur.

 

Il y a tant de choses que j’aurais voulu vous dire…

Vous dire que mon cœur est resté Algérien et que « rien de ce qui est algérien ne m’est étranger » (comme disait Camus), que les Algériens d’aujourd’hui sont l’autre moitié de mon âme. Cette fraternité que j’ai vécue enfant est à jamais enracinée en moi. Que dans mon cœur  il y aura toujours Djilali, mon frère parti dans les étoiles sans que j’aie pu le revoir, ou Rachid caché dans un silence douloureux…

 

En ce temps-là, je me sentais Algérienne et Ibérique.

 

Mais l’Histoire est faite de dates, alors, pour commencer…

 

Controverse autour du 19 mars

 

Le 19 mars 1962 représente symboliquement une étape importante pour la nation française. L’histoire officielle à ce jour, peu soucieuse de rappeler les circonstances exactes de cette signature (voir plus bas), présente ainsi les faits :

 «  Ce jour là, fut décidé, un « cessez le feu » avec les forces de libération de l’Algérie. »

 

Rappel des faits.

 

 Depuis le 1e novembre 1954, - la fameuse et tragique Toussaint Rouge - les anciens départements français d’Algérie ont connu des évènements « terroristes » qualifiés tardivement de « Guerre d’Algérie ». Cette guerre en vue de l’indépendance du pays, menée à l’origine par différents mouvements rivaux FLN, MNA, GPRA, dans un contexte de décolonisation engagé par la France en Afrique, a abouti à la « signature des Accords d’Evian¹», le 18 mars 1962 puis à un « cessez le feu » le 19 mars 1962 et enfin, après le référendum du 8 avril 1962 qui décidait du sort des Français d’Algérie, à l’indépendance  le 2 juillet 1962.

 

A cette date, les Européens (ainsi nommait-on à tort les Algériens dont la 3e voire 4e génération ascendante était arrivée d’Europe, fuyant la misère ou la prison, ou par goût de l'Aventure, de l'épopée,  pour peupler le tout nouveau pays nommé Algérie par décret en 1848) et les autochtones francophiles, durent quitter précipitamment l’Algérie, sous peine de mort (La valise ou le cercueil, slogan du FLN).

 

L’exil vécu par ces peuples baptisés « Pieds Noirs » et « Harkis » a eu des conséquences dramatiques, encore perceptibles et mesurables cinquante ans plus tard.

Mais, « Cessez le feu » a signifié pour toutes les familles des appelés de l’Armée Française, un « ouf ! » de soulagement. C’était pour elles la fin d’une période terrible, plus proche de la gestion d’un terrorisme aveugle que d’une guerre « classique », chacun, combattant « avec les moyens du bord ». Pour la communauté musulmane de l’Algérie, Arabes et Berbères, c’était le début d’une ère nouvelle, avec l’avènement d’une jeune  nation, ère qui prendra cependant, au fil du temps, et sous la dictature FLN,  un goût amer d’indépendance volée.

 

Le « cessez le feu » du 19 mars 1962

Ces fameux « Accords » d’Evian, étaient en fait des pourparlers en vue du cessez-le-feu. Le terme « accords » n’a jamais  figuré sur le document et sera rajouté par la suite. Le seul interlocuteur reconnu par la France – le FLN – n'a pas signé et récusera même le texte dès le lendemain. Au congrès de Tripoli en juin 1962, le FLN déclare  ne pas être tenu par ces « accords ».

Le contenu du document n’est pas reconnu juridiquement sur le plan international. Les supplétifs de l’Armée française ou les 316 soldats du contingent alors prisonniers du FLN ne sont pas mentionnés et seront de fait sacrifiés. Ce cessez-le-feu uniquement respecté par l’armée française est le plus meurtrier de l’Histoire. On estime que dans les 5 mois qui ont suivi il y a eu 6 à 7 fois plus de morts que dans les 8 ans de guerre : civils, Harkis et militaires (des dates sombres jalonnent ces quelques mois comme la tuerie par l’armée française du 26 mars 1962 à Alger, rue d’Isly ;  le massacre et la disparition de plusieurs centaines d'Européens à Oran le 5 juillet 1962 et le génocide des Harkis et de leurs familles). La loi (1974 et 1999) est très claire sur la fin de la guerre d’Algérie, c'est le 2 juillet 1962.

 

Pourtant, tous les ans, le 19 mars donne lieu à  des commémorations instaurées par la FNACA (Association d’anciens combattants d’Algérie fondée en 1958 par J.J. Servan Schreiber, aujourd’hui une des plus puissante associations d’anciens combattants d’AFN), en l’honneur des militaires tués ou disparus. Pour cette association, la valeur symbolique de cet événement marque la fin « officielle » d’une trop longue période de larmes et de sang.

 

Pieds-noirs, Harkis et Anciens combattants (sauf la FNACA), qui ont approuvé les travaux de la commission Favier instaurant la date du 5 décembre pour l’hommage officiel aux victimes de la guerre d’Algérie, contestent la valeur historique de cette date du 19 mars 1962, faussement assimilée pour eux à la « fin de la guerre d’Algérie ».

 

La tuerie du 26 Mars 1962, rue d’Isly

Bab-el-Oued, quartier populaire d’Alger se trouve en état de siège et bouclé par l’armée française (c’est en effet une autre guerre qui sévit depuis quelques mois entre l’OAS et les forces armées françaises).

Finalement, les vivres et les médicaments manquent aux assiégés. Dans un élan spontané de solidarité, les Algérois se  rendent  massivement vers Bab-el-Oued, pour approvisionner leurs compatriotes. Nous sommes le 26 mars 1962. Il y a une semaine, on a signé les fameux « Accords d’Evian », stipulant le cessez-le-feu ...

La France craint une émeute alors que les Algérois avancent pacifiquement,  l’objectif est le soutien aux assiégés. L’entrée de Bab-el-Oued est gardée par 45 Tirailleurs du 4e RT du colonel Goubard. Ils ont pour consigne de ne pas laisser passer le cortège.  Cette consigne est traduite par le commandement de la Xe région militaire aux soldats dirigeant le barrage de la rue d'Isly par : « Si les manifestants insistent, ouvrez le feu » mais nul n’a voulu confirmer cet ordre par écrit.

Les Algérois ne peuvent croire que l’Armée française ouvrira le feu sur eux. Ils se trompent lourdement. Parvenus devant la grande Poste de la rue d’Isly,  le massacre commence. Il dure douze interminables minutes malgré les cris de « Halte au feu »  parmi les Tirailleurs. (Dans un reportage de la télévision belge maintes fois diffusé par la suite, on entend distinctement à plusieurs reprises des voix hurler : « Halte au feu ! Mon lieutenant, de l'énergie ! Je vous en supplie, mon lieutenant. Halte au feu ! »)

 

 J’ajoute un souvenir personnel : mon oncle Guy Picazo, effectuant alors son service militaire à Alger, était parmi les tirailleurs ce jour là et il a refusé de tirer sur ses compatriotes : puni, il s’est retrouvé à Colomb-Béchar, condamné à effectuer une peine de travaux forcés.

 

Dès le début des tirs, on se jette à terre pour se protéger, on se réfugie dans les immeubles mais rien n'arrête la mitraille. Les militaires tirent dans le dos des manifestants en fuite, sur ceux qui se sont à plat ventre. Ils achèvent des blessés, tirent sur les secours apportés spontanément par des médecins présents dans le cortège : la fusillade fait une centaine de morts et deux cents blessés. 

 

Selon  l'historien officiel, Benjamin Stora, c’est là  un des exemples les plus marquants de la censure pratiquée pendant la guerre d'Algérie : le gouvernement français n'a jamais reconnu sa responsabilité.

 

(Certaines sources mentionnent que des gendarmes mobiles  auraient mitraillé la foule à partir des terrasses, notamment à l'angle des rues Charras et Charles Péguy. Selon d'autres sources, le servant du fusil-mitrailleur du 4e R.T.A. aurait longuement « arrosé » les manifestants. Confirmé par plusieurs témoignages dans l'émission Les Pieds Noirs, Histoire d'une blessure (2e partie) diffusée sur Arte le 21 juillet 2007 à 9 heures 50).


(Liste des victimes recensées : Gabriel ALDEGUER, Georges BAYARD, Henri BERNARD , Albert BLUMHOFER, Jacqueline CAZAYOUS, Tayeb CHOUIDER, Charles CIAVALDINI, Jacques COURAUD, Lucien DUPUY, Marie-Jeanne EIME, Marcel FABRE, André FAGUE, Louis FERMI, Renée FERRANDIS, Jacqueline FRASQUET née SEGUI, Samuel FREDJ, André GALIERO, Philippe GAUTIER, Fernand GERBY, Jacky GHIRARDI-GIAUSSERAN, Faustine GREGORI, Pauline HUGUES née BERTHON, Jacques INNOCENTI, Gilbert LAMENDOUR, René LIGNON, Emile LORETTI, Joseph LUISI, Henri LURATI, Gilbert MAILLE,  Jean-Paul MASSONNAT, Marc MAURY, Guy MAZARD, Anne Jeanine MESQUIDA née GAUTRIEAU, Georges MOATI, Roger MONPO,   François PISELLA, Claude PUIG, Marcel PUIG,  Domingo PUIGCERVER,  Alain Pierre RAZES, René RICHARD, Henri ROCH, Gaspard, SANCHIS, Joaquim SANTACREU, Adolphe SERRANO, Michèle TORRES, Georges VAN DEN BROECK,  Juan VENGUT,  Elie-Paul ZELPHATI.) http://isly.pagesperso-orange.fr/main.htm

Oran, le 5 juillet 1962 : « Dans la chaleur de juillet, la puanteur était horrible ».

Ce 5 juillet 1962, à Oran,  les Européens voulant encore croire aux promesses fallacieuses du 19 mars, et donc décidés à demeurer chez eux, en Algérie, se sont retrouvés pris à parti par des groupes inconnus, sans être protégés par les forces françaises alors que 18 000 soldats étaient cantonnés dans les casernes à Oran, sous le commandement du général Katz. Le mot d’ordre émanant du sommet  de l’Etat a été « Ne bougez pas ». Pourtant, les accords d’Evian prévoyaient qu’après l’indépendance, l’armée française resterait pour protéger ses ressortissants.

 

Ce jour-là l’ALN défile, suivie d’une foule que l’on décrira « en liesse » et « pacifique » (Comment, alors, expliquer que les hommes étaient presque tous armés, et que beaucoup de femmes dissimulaient un couteau sous leur voile ? dira un témoin)  et dès 11h30 le drame éclate : des pétards lancés par des enfants, quelques coups de feu claquent… commence la chasse à l’Européen, les rafales crépitent. La fusillade s'étend jusqu'à la place Foch. Les Européens se réfugient dans les encoignures de portes où la foule les poursuit, les abat ou les achève : haches, gourdins, couteaux, rasoirs entrent en action. Des corps seront retrouvés, saignés à vif, pendus à des crocs de boucher, la décharge publique du Petit Lac enfouira les cadavres les nuits suivantes. La panique s'instaure et les rescapés rejoignent la cohorte des exilés, les milliers d'Oranais qui s'agglutinent depuis plusieurs jours devant l'aéroport de La Sénia ou sur les quais du port.

 

A noter que seules quelques initiatives individuelles d'Officiers ou Sous-officiers, désobéissant aux consignes reçues, épargneront d'autres vies humaines et limiteront le carnage. D’autres seront sauvés par des Algériens, horrifiés devant la dérive hystérique de la foule.

 

Le nom des victimes et disparus de cette journée tragique, chiffrés à 3 000, est gravé sur un monument érigé à Perpignan : Le Mur des Disparus. 

 http://www.clan-r.org/portail/5-Juillet-2011-Mur-des-Disparus-a

 

Le général Katz s’exprimera par la suite :

« Pourquoi ce dramatique et sanglant épisode ? Pour plusieurs raisons… La principale, l'essentielle, a été la légèreté et l'insuffisance des responsables français : le ministre chargé des Affaires algériennes, Louis Joxe, le Haut-commissaire à Alger, Christian Fouchet, et le Commandant Interarmées, le Général Fourquet. L'une d'entre elles est une lourde faute du commandement qui a agi selon le célèbre aphorisme militaire : ordres, contrordres, désordre… En fait, toute responsabilité du maintien de l'ordre nous était enlevée, nous ne pouvions intervenir que sur demande expresse et écrite des autorités algériennes. Qu'un incident survienne et l'ordre d'intervenir arriverait forcément trop tard. Les dispositions arrêtées étaient bonnes tout au plus à contenir une manifestation paisible dans une sous-préfecture…

… Aujourd'hui encore je suis accusé d'avoir empêché mes unités d'intervenir dans cette malheureuse affaire. Pas plus qu'après le 5 juillet 1962, Paris n'a jamais fait une mise au point pour rétablir la vérité… Je m'attendais à ce que Pierre Messmer, ministre des Armées, apporte un démenti à ces accusations dénuées de tout fondement. Il n'en fut rien…

J'ai trouvé la raison du silence du ministre des Armées et du gouvernement dans l'ouvrage d'Alain Peyrefitte : " C'était De Gaulle ", où il rapporte ce qu'avait déclaré le Général avec une sombre détermination au Conseil des Ministres du 24 mai 1962 : " La France ne doit avoir aucune responsabilité dans le maintien de l'ordre après l'autodétermination. Elle aura le devoir d'assister les autorités algériennes, mais ce sera de l'assistance technique. Si les gens s'entre massacrent, ce sera l'affaire des autorités algériennes. " Voilà pourquoi aucun démenti ne fut fait en juillet 1962 car il aurait mis en cause le Général et son gouvernement. »

Témoignage de Geneviève de Ternant (ancienne directrice de l’Echo de l’Oranie) :

« Dans la chaleur de juillet, la puanteur était horrible.

On égorgea, on tua au revolver ou à la mitraillette, on prit des rues en enfilade, tuant tout ce qui bougeait, on pénétra dans les restaurants, les magasins, les appartements, assassinant les pauvres gens avec des raffinements de cruauté, arrachant des yeux, coupant des membres. On vit même des femmes dépecer des vivants avec les dents. Les auxiliaires de l'armée algérienne, les A.T.O. emmenaient les Européens prisonniers par longs cortèges vers le commissariat central où ils étaient battus et tués, ou vers le Petit Lac, ou vers la Ville Nouvelle.

Pourtant dans cette folie sanguinaire, des Arabes sauvèrent des Européens, d'autre intervinrent, et permirent de délivrer des prisonniers. (…) 

C'est le seul exemple dans l'histoire d'un massacre perpétré sur une communauté sans défense, en présence d'une armée qui laisse assassiner ses ressortissants sans intervenir. La tuerie dura près de six heures. Lorsqu’à 17 heures les gendarmes français sortirent de leur trou à rats, le calme revint aussitôt. Les cadavres jonchaient la ville, on en trouva pendus aux crocs des bouchers, dans des poubelles…

Les soldats français et algériens déversèrent par camions les cadavres dans le Petit Lac et les couvrirent de chaux vive. Nul ne sait le bilan exact de cette Saint Barthélémy. On parlait dans les semaines qui suivirent de 3.000 morts et disparus… C'est le chiffre que donna le sinistre De Broglie et que reprit le ministre André Santini. Ce qui est sûr, c'est que le massacre était prémédité car les tueries commencèrent à la même heure aux quatre coins de la ville qui était vaste.

On peut presque dire que les morts eurent de la chance, car le sort des disparus qui furent signalés par des témoins dans les mines de l'Algérie, dans des prisons sordides, dans des maisons closes et des bars à soldats, traités en esclaves ou torturés, fut sans nul doute pire encore. La France vient de reconnaître le génocide des Arméniens par les Turcs. Elle nous doit de reconnaître la responsabilité de De Gaule et de son gouvernement dans le massacre des oranais le 5 juillet 1962.

Sans haine, sans amertume mais avec détermination nous demandons que soit proclamée la vérité. »

http://isly.pagesperso-orange.fr/oran.htm

 Les « Accords » d’Evian

Texte intégral des Accords d’Evian à consulter :

 http://www.clan-r.org/portail/Nouvel-article,572

 

Des analyses  de Michel Delenclos :

http://www.clan-r.org/portail/Michel-DELENCLOS-Le-19-mars-1962

 

Référendum du 8 avril 1962

La consultation du peuple français par voie de référendum, le 8 avril 1962, sur le projet de loi concernant les accords à établir et les mesures à prendre au sujet de l'Algérie sur la base des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962, a donné les résultats suivants déclare le conseil constitutionnel :

Électeurs inscrits : 27.582.072

Votants : 20.779.303

Suffrages exprimés : 19.675.497

Majorité absolue : 9.837.749

Oui : 17.866.423

Non : 1.809.074

 

De Gaulle était certain d'avoir le "Oui franc et massif" qu'il attendait, mais LES FRANÇAIS D’ALGERIE, LES PREMIERS CONCERNES, N’EURENT PAS LE DROIT DE S’EXPRIMER.  

Les accords d'Evian donnaient l'Algérie "clés en main" au FLN et la population Française d'Algérie n'était pas une option. Elle était livrée "de série" et était déjà considérée comme étrangère à la France.

a) Dans le cadre de la législation algérienne sur la nationalité, la situation légale des citoyens français de statut civil de droit commun est réglée selon les principes suivants.
     Pour une période de trois années à dater du jour de l'autodétermination, les citoyens français de statut civil de droit commun :

- nés en Algérie et justifiant de dix années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour de l'autodétermination;

- ou justifiant de dix années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour de l'autodétermination et dont le père ou la mère né en Algérie remplit, ou aurait pu remplir, les conditions pour exercer les droits civiques;

- ou justifiant de vingt années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour de l'autodétermination, bénéficieront, de plein droit, des droits civiques algériens et seront considérés, de ce fait, comme des nationaux français exerçant les droits civiques algériens.
Les nationaux français exerçant les droits civiques algériens ne peuvent exercer  simultanément les droits civiques français.

Au terme du délai de trois années susvisé, ils acquièrent la nationalité algérienne par une demande d'inscription ou de confirmation de leur inscription sur les listes électorales; à défaut de cette demande, ils sont admis au bénéfice de la convention d'établissement.

Le gouvernement essaya de profiter des résultats du référendum pour prendre quelques dispositions plus ou moins légales mais le Conseil d'Etat ne se laissa pas intimider.

Par le référendum du 8 avril 1962, le peuple souverain approuva massivement les accords d’Evian qui mettaient fin à la guerre d’Algérie. La loi soumise à référendum autorisait également le Président de la République à prendre par ordonnance ou par décret en conseil des ministres "toutes mesures législatives ou réglementaires relatives à l’application" de ces accords. Sur le fondement de cette habilitation, le général de Gaulle avait institué, par une ordonnance du 1er juin 1962 une juridiction spéciale, la Cour militaire de justice, chargée de juger, suivant une procédure spéciale et sans recours possible, les auteurs et complices de certaines infractions en relation avec les événements algériens. Condamnés à mort par cette cour, MM. Canal, Robin et Godot saisirent le Conseil d’État d’un recours en annulation dirigé contre l’ordonnance l’ayant instituée. Le Conseil d’État leur donna raison et prononça l’annulation de l’ordonnance en considérant que "eu égard à l’importance et à la gravité des atteintes que l’ordonnance attaquée apporte aux principes généraux du droit pénal, en ce qui concerne, notamment, la procédure qui y est prévue et l’exclusion de toute voie de recours", la création d’une telle juridiction d’exception ne pouvait pas être décidée sur le fondement de l’habilitation donnée au Président de la République pour la mise en application des accords d’Evian par la loi référendaire.

http://www.lecri.net/calendrier/8_avril_1962.htm