Témoignage... Laurence Fontaine-Kerbellec

Laurence Fontaine Kerbellec a passé son enfance en Normandie. Elle a étudié à la faculté de droit de Caen, puis à la faculté de psychologie de Rennes. Elle travaille aujourd'hui au centre de documentation et d'information du collège Saint-Joseph à Chantonnay.

De ses origines espagnoles par sa mère et normandes par son père, elle rapporte une part d'elle-même dans un livre consacré en grande partie à sa mère, ses grands-parents (pieds-noirs espagnols), ayant vécu dans un département français d'Algérie : l'Oranie.

Mariée et mère de deux enfants, elle témoigne dans son ouvrage « Un trait de khôl au bord des yeux », de ce qu'elle a pu entendre dans son enfance et souhaite ainsi promouvoir le devoir de mémoire. Ce livre de 102 pages est disponible à la vente sur le site Internet des éditions Publibook (possibilité d'imprimer un bon de commande), ou en librairie sur commande et dans les Fnac  au prix de 13 €.

"Un trait de khôl au bord des yeux" ou raconter l’histoire par le petit bout de la lorgnette

Clic sur la photo pour retrouver le site
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Documentaliste dans un collège privé de Vendée, Laurence Fontaine-Kerbellec vit dans les livres et l’écriture depuis toujours. On pourrait même dire que c’est son unique port d’attache. Fille et épouse de militaire, elle a couru les quatre horizons sans jamais  ressentir la nécessité  d’enracinement.

 

- J’ai beaucoup voyagé. Je n’ai pas une terre de vie. Je ne m’attache pas à la terre, ni au lieu. Mais à la vie… On peut toujours faire plein de choses de sa vie. 

Laurence Fontaine Kerbellec passe son enfance en Normandie, pays de son père. Chaque été, jusqu’à ses dix-huit ans, elle vient baigner dans l’ambiance méditerranéenne de sa famille maternelle. Ses grands parents chassés par la guerre d’Espagne émigrent en Algérie. Un deuxième exil, en 1961, les amènent en France :

- On leur avait proposé de la terre en Algérie, alors ils y sont allés. C’est à la maison que j’ai appris l’espagnol ; au collège, j’ai fait anglais et allemand

La porte du paradis

La petite fille est fascinée par les récits que lui font les femmes de la famille au sujet de cette Algérie paradisiaque  dont on lui fait goûter la cuisine épicée, inséparable des odeurs de piments grillés ;  écouter les chansons en espagnol, bien sûr… Un pays paré de nostalgie où tous vivent ensemble, dans le respect de leurs coutumes respectives, et dans la paix. Et parce qu’on  ne parle jamais « des événements » (comme on disait),  alors ce pays lui apparaît comme une terrasse éclaboussée de soleil, de rire, noyée de bleu, tout près du ciel, comme la porte du paradis. Elle se laisse bercer par les odeurs évoquées du jasmin, de l’oranger,  le bruissement des oliviers, le crissement sec des sauterelles et du sable quand souffle le Sirocco. Son imaginaire se peuple d’émotions et de sensations qu’elle absorbe goulument, à son insu.

- On ne me parlait jamais de la guerre. A les écouter, c’était le bonheur. Je me disais, un jour je ferai un livre. Pourtant, je ressentais en même temps comme de l’amertume et de la douleur dans leurs histoires. J’ai souvent entendu ma grand-mère soupirer en disant : je vais mourir sans avoir eu le bonheur de vivre là-bas… Alors, finalement, l’Algérie, c’était un mélange de tout ça.

Et ce mélange lui colle à l’âme. Elle emmagasine les us et coutumes de l’Oranie, le langage pied-noir,  pas celui des films, caricaturé, non, une langue plus douce…

Plus tard, elle suit des études de droit à Caen, puis à la faculté de psychologie de Rennes. Par affinité,  elle a choisi le privé (filière de l’OGEC) et  travaille  au centre de documentation et d'information du collège Saint-Joseph à Chantonnay, en Vendée :

- Mon travail consiste à résumer les livres, en faire une analyse, l’archivage, écrire des cotations, tout ce qui en fait est de la gestion du livre…

Un soupir et elle ajoute : 

 - A force de lire le livres des autres, cela m’a donné envie d’écrire moi aussi. Et c’est  tout naturellement que j’ai repris les souvenirs de ces femmes de ma famille. J’avais à cœur de poser des mots écrits sur leurs témoignages. En 2008, j’ai commencé ma collecte d’informations. J’ai aussi lu beaucoup, tout ce qui sortait sur l’Algérie.  Et j’ai donc écrit l'histoire de ce pays, depuis sa colonisation par les Espagnols et bien sûr celle des Français dès 1830 : « Un trait de khôl au bord des yeux » a pour  fil conducteur  le personnage de Jo, une enfant espiègle  - et c’est ma maman.

Mon deuxième  fils a eu la chance de découvrir mon récit par maman qui lui faisait la lecture le soir au moment du coucher : il était fier et ravi que ce soit l’héroïne elle-même qui lui lise son histoire !

 

Porter la parole aux générations futures

Maman de deux garçons – l’ainé est en 3e année d’étude dentaire et le cadet, en 5e dans le collège où elle travaille – par son livre, Laurence a souhaité remplir son devoir de mémoire. C’est ce qui prime pour elle,  cette transmission aux générations futures, à commencer par ses fils.  Aux historiens, l’art de présenter les événements en s’appuyant sur des convictions souvent idéologiques : 

- Un exemple, la date du 19 mars qui vient d’être officialisée par le Sénat comme journée du souvenir. On ne pouvait choisir pire date ! Ça révolte ! Aucun respect pour eux !

Mais aux témoins de dire leur part de vérité et, à leurs proches, de recueillir ces précieux souvenirs pour fertiliser l’avenir :

- Les gens qui lisent mon livre me disent qu’ils s’y retrouvent, et c’est cela ma récompense !

 Elle sait bien que ses compatriotes ne pourraient en dire autant d’ouvrages sur l’histoire, de documentaires  ou d’articles pondus par journalistes qui se propulsent maîtres penseurs. Comble du compliment, ses lecteurs avouent : « On aimerait que votre livre ne se finisse pas… »

- J’ai  voulu par ce texte, apporter des éclairages sur l’Histoire,  à travers un exemple précis, la vie de ma mère, - qui est mon personnage Jo -  pour bien marquer les esprits. C’est une biographie idéale pour les collégiens et lycéens qui étudient la guerre d'Algérie et la période de la décolonisation française.

Et elle sait de quoi elle parle, en documentaliste de collège ! Voici comment  Laurence Fontaine-Kerbellec a puisé dans la  diversité de ses origines, qui fait sa richesse, sa couleur d’âme, pour en déposer une large part dans son livre paru cette année,   pour aller au-delà des regrets, dit-elle. Une édition à compte d’auteur (Publibook), un choix là encore, par esprit d’indépendance :

- Si l’exil a marqué les destins, l’histoire des Pieds-noirs restera. Le passé ne doit pas obstruer le présent, mais doit aider à le construire…

Ce livre est la contribution de Laurence Fontaine Kerbellec.

Le sujet :  En 1961, un an avant l'indépendance, le sirocco ne balaie pas que le sable mais la vie de nombreuses familles installées en Algérie française. Le rêve disparaît… Jo a vingt ans lorsqu’elle quitte son pays natal pour la France. L’auteur nous fait découvrir son quotidien : la famille, l'école, les loisirs, l'éducation. Et puis bien sûr, la guerre qui vient bouleverser cette vie pourtant heureuse. Jo y avait sa meilleure amie, son amie d'enfance, Zohra. A l'âge adulte, toutes deux parviennent à renouer le contact et se souviennent…

- Les pieds-noirs, comme Jo, et les Harkis (que je défends) ont énormément souffert de leur départ du pays, ils en sont encore profondément meurtris aujourd'hui, certains n'ayant pas eu le courage d’y retourner. Moi-même, j’ai hérité de cette peur au ventre de ma mère, à l’idée d’aller en Algérie. J’ai voyagé en Tunisie, au Maroc, en Egypte, en Jordanie, en Israël… mais jamais en Algérie ! Et puis, il me semble que ce pays n’a pas su saisir sa chance. Le FLN n’a pas su le faire évoluer. J’ai l’impression qu’il s’est arrêté de  vivre quand on est parti… 

En revenant sur le parcours de sa mère à travers cette chronique aigre-douce, Laurence Fontaine Kerbellec n’a pas voulu raconter l’horreur de la guerre, mais l’histoire d’une petite fille regrettant son pays natal et son amie d’enfance.

©Maïa Alonso

Cet article a été publié dans Nananews le 17 Novembre 2012. Depuis le livre de Laurence Fontaine Kerbellec continue de toucher de nombeuses personnes ayant en partage ces souvenirs. L'auteure patricipe à de nombreuses rencontres, salons,dédicaces.

Pour retrouver la revue de presse de Laurence Fontaine Kerbellec, se rendre sur ce lien :

http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782748383508

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Commentaires : 1
  • #1

    catherine (mardi, 11 février 2014 10:02)

    Magnifique article bien mérité pour un auteur très intéressant qui nous propose un voyage émouvant au coeur de sa famille bien aimée. En fond, l'Algérie, l'Espagne, la France et ce trio de cultures différentes bien ancrées dans sa vie va faire de Laurence la femme très douée et sympathique qu'elle est aujourd'hui. J'ai adoré son livre parce qu'il est délicieux et qu'il sent bon l'amour. Merci Maïa de nous remettre ce joli "trait de khôl" en mémoire.. à lire bien sûr, et comment !