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Michel Lambin, lettre au Conseil supérieur des programmes scolaires

 Jean-Michel Lambin

 Agrégé d’histoire

 Directeur de collection de manuels scolaires

 

 

Genech le 16 mai 2015

 

A Monsieur Michel Lussault

Président du Conseil supérieur des programmes,

 

 

 

Monsieur,

 

Président du CSP, vous avez conçu de nouveaux programmes scolaires, soumis en ce moment à consultation.

 

Professeur d’histoire durant 38 ans , dont 16 en hypokhâgne et en Khâgne , directeur de collection de manuels scolaires d’histoire de 1981 à 2011 ( environ 40 manuels parus, du Cours élémentaire à la Terminale ) , c’est à ce double titre que je vous écris en réponse point par point, à vos arguments présentés dans votre interview dans le Monde du 14 mai.

 

« Le programme d’histoire idéal n’existe pas » dit le titre. C’est quasiment une tautologie. Il n’existe pas davantage de programme idéal de physique, encore moins de français ou de mathématiques : combien de fois n’ai-je pas entendu, dans les salles de profs, critiquer les programmes de maths de collège et de lycée au prétexte qu’il s’agit de sous/sous/programmes des exigences en maths au concours d’entrée à polytechnique.

 

Toutefois le lecteur de votre interview retiendra que votre programme n’est pas idéal.

 

L’enseignement de l’islam est obligatoire, c’est déjà le cas aujourd’hui dites – vous. Certes mais dans quelle proportion par rapport à la durée de l’année ? Depuis les programmes des années 1960, au moins, l’islam est au programme en 5ème. Mais c’était dans le cadre de l’étude du Haut Moyen Age et à égalité de durée avec Byzance et l’Occident des Mérovingiens et des Carolingiens ; Clovis, Saint Benoît de Nursie, Charles Martel et Charlemagne ayant, c’est une évidence, joué un rôle plus important dans l’histoire de l’Occident que Mahomet, Abou Bakr, Omar, Othman et Ali…

 

Dans un enseignement qui veut se centrer sur la France et l’Europe (le continent), les civilisations majeures du Haut Moyen Age sont d’abord Byzance et la Chrétienté naissante, les musulmans ne jouant qu’un rôle prédateur à la marge, dans les invasions des VIII° et IX° s. , au même titre que les Vikings et les Hongrois.

 

Il aurait d’ailleurs été, toujours dans un cadre européen, mais cette fois –ci dans celui de l’Europe de 28 Etats de mettre davantage l’accent sur la Byzance orthodoxe, matrice totale ou partielle de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Grèce, que sur l’islam qui n’est pas la matrice d’un seul des Etats de l’Union européenne, sauf à considérer que la France serait déjà islamisée…

 

Mais cela aurait été de la vraie histoire et votre programme fait davantage d’idéologie et de prosélytisme que d’histoire, hélas !

 

Ce qui est révélateur dans la question de l’islam dans votre programme, c’est l’association obligatoire/facultatif. L’islamolâtrie du programme se dévoile en un Mahomet obligatoire et en des Clovis et Charlemagne facultatifs.

 

Vous établissez ensuite un parallèle entre science historique et morale politique.

 

D’une part, la science historique n’est pas une science exacte et, si vous étiez historien et non géographe, vous sauriez qu’en Histoire on fait, d’une certaine manière, toujours de l’histoire contemporaine , même lorsqu’on traite des Guerres médiques.

 

D’autre part, lorsque vous introduisez «morale politique », vous politisez vous – même. C’est VOTRE propos qui trahit l’histoire en la pervertissant par votre morale orientée, oubliant que l’histoire est a-morale, oubliant aussi que ce qui était « moral » pour certains hier, par exemple glorifier Staline ou, serrer la pince du dictateur Castro aujourd’hui, peut devenir « immoral » demain, oubliant par exemple que durant un siècle la gauche a encensé la colonisation (« Dieu a donné l’Afrique à la France » disait Victor Hugo , icône de la gauche) alors que la droite libérale y fut longtemps opposée.

 

Vous introduisez cette morale politique à propos des traites négrières. Mais pourquoi vous limiter à la traite atlantique ? Il y aurait aussi une belle indignation à soulever à l’évocation du thème « Esclaves chrétiens, maîtres musulmans » : 

- traite des Slaves blonds alimentant le califat de Cordoue, ses bagnes, ses casernes et ses harems ;

 

- pillages, viols et rapts organisés à partir du bastion arabo-berbère du massif des Maures (Slaves, Maures , le vocabulaire géographique révèle la réalité du passé) d’où les pillards sarrasins furent éradiqués par Guillaume le Libérateur, le bien nommé , à la fin du X° s.

 

- razzias des pirates barbaresques de Tunis, Alger et Tripoli sur nos côtes de Provence, Languedoc, Corse, Sicile, Malte, Italie du Sud qui font 2 millions de victimes en 3 siècles (Robert Davis , Esclaves chrétiens, maîtres musulmans, 2006) , razzias auxquelles met fin par éradication l’expédition de Charles X en 1830 et la prise d’Alger.

 

Vous restez dans la morale avec le caractère « scandaleux » des lois antisémites de Pétain. Avant d’entrer dans le champ de la morale, il faudrait expliquer «pourquoi Vichy» mais on entrerait là dans le domaine de la réflexion, de l’effort intellectuel et cela ne convient pas à vos ayatollahs de la pédagogie qui prônent l’indignation et l’émotion – le pathos – plutôt que la réflexion – le logos.

 

C’est là que gît le cœur battant qui irrigue votre programme; décerveler, jouer de l’émotion et surtout pas de la raison car il faudrait introduire le savoir et cela risque d’ennuyer, comme dit votre ministre. Ce savoir est jugé inutile puisque l’élève doit « se chercher, se construire», «développer des capacités métacognitives » et, sans rire, «proposer des explications et des solutions à des problèmes d’ordre scientifique ».

 

Vous avez cependant une excuse en ce domaine : vous êtes – provisoirement – le dernier maillon d’une longue chaîne de destructeurs du savoir remontant, sans aller jusqu’à Descartes et Rousseau (avec François Xavier Bellamy , Les Déshérités ou l’urgence de transmettre , 2014 livre dont vos programmes illustrent parfaitement mais négativement la justesse des idées) au moins à Bourdieu, Baudelot et Establet Legrand, sans oublier Mérieux , l’infâme Mérieux , inspirateurs des prédécesseurs de votre ministre.

 

D’abord Haby, au temps de Giscard d’Estaing, qui instaura le collège unique / inique, puis Jospin et sa loi exécrable qui mit le savoir au rancart en plaçant « l’élève » au milieu de la classe , et enfin , retour à droite , la réforme des programmes de lycée par Sarkozy / Luc Chatel qui , par exemple, en ce qui concerne les guerres mondiales , détruisit le cadre factuel , causal et chronologique pour faire pleurer les élèves sur les aspects doloristes de ces guerres , l’horreur des tranchées et la guerre d’anéantissement.

 

Au lieu de redresser la barre vers plus d’exigences, ce qu’on aurait été en droit d’attendre d’un universitaire honnête, lucide et responsable, vous allez encore plus loin dans ce «combat » vers plus de médiocrité, vers le nivellement par le bas, pour des élèves dont vous estimez a priori et à tort qu’ils n’ont pas le désir de comprendre, des élèves qu’au fond vous méprisez.

 

« La nation française mythique n’a jamais existé » poursuivez- vous. De là où ils sont, les morts de Valmy – même s’ils furent peu nombreux – apprécieront. Avez- vous seulement une fois dans votre vie, lu un ouvrage sérieux sur la Révolution française ? (par exemple La Grande nation de Jacques Godechot ou Penser la Révolution française de François Furet) ou lu un discours de Danton, Robespierre ou Sieyès (« fonder la nation contre la noblesse ») avant d’affirmer une telle contre vérité historique ?

 

Avez – vous seulement lu une fois la phrase de Marc Bloch dans L’Étrange défaite : « il existe deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». A vous lire dans le Monde, j’ai la conviction que vous appartenez aux deux catégories citées par Marc Bloch peu de temps avant d’être fusillé par les Allemands. Et je crois qu’il en est de même pour les faibles troupes qui vous soutiennent, l’historien Nicolas Offenstadt ou les seconds couteaux habitués des plateaux de télé, les Patrick Blanchard ou François Durpaire.

 

Vous évoquez, pour le dénoncer, le  Roman national. Ce terme, exclusivement polémique (vous vous sentez d’ailleurs obligé d’y mettre des guillemets) n’a aucune valeur scientifique. Né de la plume de Ernest Lavisse après le désastre de 1870, popularisé par Offenstadt, il a pour but de discréditer le récit historique en sous-entendant qu'il est faux et imaginaire et surtout de le stigmatiser en l’affublant de l’adjectif «national » , mot diabolisé , abandonné par la gauche et la droite et qui hérisse le poil de toute la bien-pensance de gauche, bref une véritable insulte.

 

Mais quel pays ne diffuse pas un roman national ? Croyez – vous que l’Algérie du FLN enseigne une histoire qui n’est pas un roman national ? Je vous renvoie au livre de Marc Ferro, Comment on raconte l’histoire aux enfants du monde entier, Plon, 1983.

 

Qu’offrez-vous à la place du « roman national » ? Un roman «républicain», terme tout aussi mythique? Avec bons et méchants inversé par rapport au « roman national » ? Une mythologie multiculturaliste ou vivrensembliste (ou « plurielle » pour jargonner en novlangue chère à votre ministre) ? Un délire reposant sur des mensonges caractérisés par la haine de la France et des Français, catholiques encadrés par un clergé obscurantiste au Moyen Age, descendants des Francs qui ont osé stigmatiser l’islam en se défendant de l’invasion arabo-hispano-berbère à Poitiers, négriers européens atlantiques (mais ni Africains ni Arabes parmi eux), une France de brutes - ou de beaufs -, croisés, négriers , colonialistes, vichystes ( incluant Mitterrand titulaire de la francisque n° 2202 ???), kollabos, légionnaires ayant fait l’Indo, paras accros à la gégène et nostalgiques de l’Algérie, électeurs de droite tentés par le FN et qui ont le tort d’oser s’opposer à la gauche terranoviste chère à votre ministre ?

 

Le scandale de ce programme c’est, d’abord qu’il accentue la déchéance de l’enseignement de l’histoire en collège et au lycée après les coups de hache portés par Haby, Jospin, Allègre, Chatel.

 

Par charité chrétienne, je ne cite pas Jack Lang qui comme d’habitude n’a rien fait, si ce n’est passer la main dans le dos des profs pour les amadouer (et augmenter la durée de leurs vacances). Un seul a, sinon redressé, au moins stoppé la décadence, c’est Chevènement qui a, pour un temps rétabli des programmes d’histoire cohérents et rendu confiance aux profs. Depuis, la chute s’accélère.

 

C’est ensuite le fait que ce programme impose Mahomet et une forme d’islamolâtrie, suinte le moralisme et la repentance d’être ce que nous sommes et qu’il permet, par le système des questions facultatives, d’enseigner une France sans Clovis, Charlemagne, François d’Assise, Robert de Sorbon, une France sans le « blanc manteau d’églises » cher au moine Raoul Glaber, une France sans cathédrale, un Occident sans Christophe Colomb et sans Vasco de Gama puisque la découverte du monde est réduite à son exploitation coloniale, une France où Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Diderot, Franklin, Washington, La Fayette sont facultatifs mais pas les hommes de «l‘expansion de l’islam » Abou Bakr, Omar, Othman et Ali, les 4 califes rashidun.

 

Ce programme respire bien la haine de la France, l’incapacité à dire où va le pays et donc, « à dire d’où il vient » ( Pierre Nora, JDD) ainsi que la «honte d’être Français » ( Jacques Julliard dans Marianne). Mais il s’agit là de pseudo intellectuels ou, comme votre ministre l’a dit dans son français à elle , un français qu’elle a sans doute « construit » elle – même , de pseudoZ’intellectuels.

 

Je vous prie de croire, Monsieur Lussault , à l’expression de mes meilleurs sentiments

 

Genech le 16 mai 2015

 

 Jean – Michel Lambin

De Jean-Jacques Jordi, historien

 

 

Jean Jacques Jordi

 

Historien 22 Mai 2008

 

Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie est le titre d’un long article de Pierre Daum qui défend l’idée que les Pieds-Noirs seraient partis d’Algérie en 1962 par choix et non obligés par la violence de cette fin de guerre. Le journaliste s’appuie en cela sur les Pieds-Noirs restés en Algérie à l’été 1962, et je crois même qu’il a repris dans l’encart intitulé Combien sont-ils ? les chiffres que je donnais dans mon ouvrage de l’Exode à l’exil paru chez L’Harmattan en 1994. Et pourtant, que d’erreurs d’appréciation dans cet article qui ressemble davantage à une sorte de plaidoyer vaguement tiers-mondiste visant à accréditer la thèse des bons et des méchants et à faire l’économie des responsabilités des uns et des autres dans ce départ précipité.

 

S’appuyer sur des témoignages est désormais acquis pour l’historien mais à la condition de croiser ces témoignages avec d’autres et surtout avec les archives. Or, dans cet article, il y a une unanimité entre les témoins et les sources d’archives convoquées à cet effet, unanimité trop flagrante pour être vraie. De plus, les témoignages ne sont qu’une reconstruction et une ré-interprétation de ce qui s’est passé. Les faits de mémoire dont nous abreuve Pierre Daum, sans doute pour nous faire croire que son enquête est fiable, sont constitués comme des preuves et relèvent d’une construction du passé doublé d’une construction symbolique. En ce sens, sa démarche n’est pas éloignée de celle utilisée par les défenseurs actuels de l’Algérie française qui emploient exactement les mêmes arguments, mais renversés cette fois de l’autre bord ! Je ne vais pas argumenter sur les erreurs qui fourmillent dans cet article et je vais me borner à en repérer les plus flagrants.

 

Que Pierre Daum le veuille ou non,  la valise ou le cercueil  est une réalité et cela très tôt dans les campagnes puis dans les villes. Laisser dire que personne n’était menacé, sauf les membres de l’OAS – Pierre Daum sait-il que l’OAS a été créée en avril 1961 et que la folie sanglante des membres de cette association terroriste ne débute qu’à partir de l’extrême fin de 1961 et se poursuit jusqu’en juin 1962- sans dire que la terreur est une volonté politique du FLN maintes fois affirmée est un mensonge par omission? La caractéristique la plus marquante de la révolution algérienne est l’usage de la terreur, et cela est reconnu autant par des observateurs contemporains que par des historiens des deux côtés de la Méditerranée (Mouloud Feraoun la rapporte dans son journal et cela a été confirmé par C.-R. Ageron et bien d’autres). Comment ne pas se rappeler la déclaration du Cheikh Ibrahimi du 7 juin 1955 (avant l’attaque, le 20 août 1955, d’une trentaine de villes et villages du Nord-Constantinois par des milliers de fellahs encadrés par des moudjahidines) qui interdisait la torture, la mutilation, le meurtre des femmes, vieillards et enfants ainsi que l’incendie des récoltes et l’abattage des animaux domestiques (radio du Caire). S’il proscrivait ces pratiques c’est bien qu’elles avaient cours. Comment ne pas rappeler le tract d’Abane et de Ben M’Hidi annonçant en juin 1956 que pour chaque maquisard guillotiné, 100 français seront abattus sans distinction et que les groupes de choc de l’ALN reçurent l’ordre de descendre n’importe quel Européen de dix-huit à cinquante-quatre ans à partir du 20 juin suite, il est vrai à l’exécution de 2 indépendantistes musulmans par la France. Le docteur Tami M’djbeur rappelle dans son ouvrage édité à Alger en 1981, Face au mur ou le Journal d’un condamné à mort que le chef de l’ALN d’Oran avait donné l’ordre en 1956 à ses hommes d’abattre tout Européen se trouvant à leur portée, et le docteur Djamed-Eddine Bensalem, dans son livre paru à Alger en 1985, Voyez nos armes, voyez nos médecins, raconte que les premiers exploits des fedayin de Sétif étaient d’abattre un Européen, n’importe quel Européen pourvu que ce soit un Européen. Dès septembre 1956. Si cette violence dans les grandes villes a baissé, suite à la bataille d’Alger, elle reprit dès juin 1958 et ne cessa jusqu’à la fin de 1962. Et cette terreur ne s’appliquait pas uniquement sur des Européens mais touchait aussi largement la population musulmane elle-même. Comment ne pas rappeler le tract d’Abane Ramdane de décembre 1955 où il est dit que chaque patriote a le devoir d’abattre son traître car la violence du FLN n’est pas uniquement dirigée vers le Français, vers le gaouri, mais aussi sévissait aussi à l’intérieur du FLN-ALN comme l’a montré Mohammed Harbi.

 

Et l’on pourrait poursuivre. Les derniers mois de la présence française en Algérie voient un terrorisme haineux se développer en Algérie, il est vrai avec la création de l’OAS, et l’escalade de la terreur se poursuit. Chacune des parties ajoute de la terreur à la terreur. A la mi-janvier 1962, le terrorisme OAS dépasse celui du FLN par le nombre d’attentats. La « riposte » ne se fait pas attendre : le terrorisme FLN culmine en février avec deux fois et demi plus d’attentats qu’en janvier 1957 puis régresse en mars et avril avant de repartir à la hausse en privilégiant beaucoup plus que par le passé les enlèvements et assassinats d’Européens. Pour le seul mois de janvier 1962, FLN et OAS ont fait 555 morts dont 220 Européens et près d’un millier de blessés dont 330 Européens ! Chaque jour qui passe apporte son lot d’exécutions, de mitraillages, d’assassinats…

 

Pierre Daum poursuit son raisonnement en nous signalant que trois événements traumatisants ont été les déclencheurs de cet exode : le 26 mars 1962 avec le massacre de la rue d’Isly dans lequel le FLN-ALN n’a rien à voir, le 5 juillet à Oran où en revanche sa responsabilité est engagée d’autant que les Algériens d’Oran savent très bien aujourd’hui, et ils le disent, que tout était préparé pour cette chasse aux gaouris. Enfin, écrire que l’on ne connaît pas le nombre exact de morts reste encore d’actualité mais laisser croire qu’il s’agit d’européens mais aussi d’Algériens est une erreur manifeste. Troisième événement : les enlèvements évalués à 3 700 par Pierre Daum qui conclut : cependant la portée traumatisante de ces trois événements doit être pondérée par le fait qu’ils ont concerné un nombre limité de pieds-noirs et que peu de rapatriés en ont eu connaissance avant leur départ. Le comble de la malhonnêteté intellectuelle semble avoir été atteint car ces trois événements ont été couverts largement par la presse (très peu par Le Monde il est vrai), largement connus par les Français d’Algérie et si plus de 4 000 personnes (en comptant les 3 événements traumatisants relevés par Pierre Daum) ont disparu ou sont mortes entre la signature des accords d’Evian et juillet 1962, ce chiffre rapporté à la population européenne, qui est en train de fuir la violence, est de 1 %. Sans doute est-ce peu mais rapportons ce chiffre aux 45 millions de Français de France et l’on aurait un total de 450 000 personnes disparues ou mortes. Auraient-elles pu passer inaperçues aux yeux des 44 550 000 français restants ? Je ne le crois pas. Enfin faire croire que les attentats et les enlèvements perpétrés par le FLN étaient ciblés (sur les membres de l’OAS) relèvent d’une méconnaissance historique quasi totale. Que fait Pierre Daum des attentats dans les bars, cafés, restaurants, dancings, écoles et ceux perpétrés dans les campagnes avant la création de l’OAS ?

 

Et Pierre Daum voudrait nous faire croire que ceux qui sont partis n’y ont pas été obligés ! C’est une sorte de malhonnêteté intellectuelle que justement les historiens doivent dénoncer pour que ne se rejoue pas indéfiniment la guerre des mémoires et l’incompréhension réciproque. La «convocation» de Benjamin Stora à l’appui de la thèse de Pierre Daum n’est pas non plus convaincante. S’il est vrai que les rapatriés ont toujours cherché à faire reconnaître, et non à faire croire (ce qui laisse planer un soupçon sur la réalité de ce qu’ils peuvent dire), que leur départ précipité était dû au climat de terreur, beaucoup ont souligné que cette terreur n’était pas le fait de musulmans qu’ils connaissaient et côtoyaient mais « d’étrangers » au village ou au quartier. Enfin, s’il est vrai que la terreur (FLN comme OAS) n’est pas la seule raison du départ, je ne peux pas laisser Benjamin Stora dire que cela ne correspond que très partiellement à la réalité. Et cela m’étonne car Benjamin Stora a lui-même dénoncé cette terreur FLN (je parle bien évidemment des attentats et représailles contre des civils) contre les Européens dans ses ouvrages. Y compris ceux visant les juifs d’Algérie dont un témoin nous assure, presque angéliquement, que la situation concernant les juifs n’a changé qu’à partir du moment où les autorités ont confisqué la synagogue pour en faire une mosquée… Nous connaissons tous l’appel de Tunis mais il fallait rappeler que l’indépendance nationale passait en premier par la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques. Certes, il était aussi précisé le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de race ni de confession. Comment ne pas voir une antinomie entre les deux principes sauf à vouloir renouer avec le statut sans doute modernisé de « dhimmi » (la plate-forme du Congrès de la Soummam (août 1956) distingua en effet les minorités européennes et juive) ! Enfin, la revendication des juifs algériens comme des Algériens à part entière fut très vite démentie par un terrorisme anti-juif visant les lieux publics, les synagogues, les rabbins comme l’ont démontré Richard Ayoun mais aussi Benjamin Stora !

 

Et par rapport aux Européens, le programme de Tripoli (décembre 1959-janvier 1960) prévoyait de les encourager à partir. Mohammed Harbi écrit : Le FLN, à la suite du MTLD a intégré la religion à son système d’autorité. Ses conceptions sur la guerre comme djihad, sa tendance à voir dans l’opposition une déviation et une hérésie, son évaluation de la représentativité à partir du consensus, son approche du problème des minorités, enfin sa pratique de l’épuration comme élimination de l’impur, sont toutes empruntées à la tradition (Le FLN, mirage et réalités, des origines à la prise du pouvoir, 1980, p.305).

 

L’historien Guy Pervillé peut conclure : En dépit des dénégations, les faits portent à croire que l’expulsion des « pieds-noirs » et l’appropriation de leurs biens comme « butin de guerre » fut le principal but inavoué de la Révolution algérienne (Ahmed Ben Bella reconnaissant qu’il ne pouvait concevoir une Algérie avec 1 500 000 (sic) pieds-noirs, et Ben Khedda glorifiait la Révolution qui a réussi à déloger du territoire national un million d’européens, seigneurs du pays).

 

Enfin, comment Pierre Daum fait-il pour passer de 200.000 pieds-noirs à 300 aujourd’hui ? Ne sait-il pas qu’à la fin de 1963, il ne restait plus que 30 000 pieds-noirs en Algérie ? Ceux qui sont partis ont, comme ils le disent, tenté leur chance, espéré que ça se passe mieux mais en vain ! Ou alors s’agissait-il que des vieux, abandonnés, par leur « méchante » famille ? Mais où sont les enfants des personnes interrogées et qui doivent avoir la quarantaine ? Et quant à la citoyenneté algérienne, Pierre Daum ne dit pas les difficultés qu’ont ces Algériens d’origine européenne à l’obtenir ainsi que son viatique, la carte nationale d’identité algérienne… d’autant que le code de la nationalité algérienne de 1963 précisait que pour être Algérien, il fallait, non pas prouver son attachement à cette terre, ou son attachement à l’idéal d’un engagement pour l’indépendance, mais avoir un grand-parent musulman !

 

Enfin, qu’il me soit permis de revenir sur le témoignage de ce jeune garçon qui, à 12 ans, bien qu’habitant Ouled Fayet, se promenait en janvier 1962 à El-Biar (quartier d’Alger), au moment d’un très fort terrorisme OAS comme FLN (ses parents étaient alors bien inconscients !), et qui voit deux Français buvant l’anisette à une terrasse de café. Un Algérien passe… l’un des deux se lève, l’assassine froidement et revient bien sûr finir son anisette…Je dois dire que c’est le témoignage que j’ai entendu des dizaines de fois, mais en des lieux différents, à Bab el-Oued, à Saint-Eugène, mais aussi à Bône, à Oran, à Mers el-Kébir… Une sorte de film comme l’Algérie de 1830 à 1962 est capable de les fabriquer.

 

En conclusion, nous avons avec cet article un très bel exemple de méconnaissance historique… à moins qu’il s’agisse d’un très bel exemple de désinformation avec la volonté de tordre les faits pour qu’ils correspondent à l’idéologie défendue par l’auteur. Si je suis conscient qu’il faut « décoloniser » les esprits, il faut aussi les « détiers-mondiser ». Oui, je crois que le retour à l’histoire reste le seul moyen de « combattre » les mémoires partisanes et de les apaiser. Cet article les ravive au contraire.


Le Poilu de Mascara à St-Raphaël (Var)

 

LE POILU DE MASCARA

Retranscription du texte paru sur le N° 241, novembre/décembre 1995, de l’Echo de l’Oranie par le «

Comité de Mascara et sa Région ».

« Notre compatriote Gilbert Leverone nous adresse une plaquette éditée par le Comité des Anciens de Mascara et de sa région au sujet du rapatriement du « Poilu » du Monument aux morts de Mascara.

Monsieur Leverone souligne que pendant les années 1959 - 1962, suite aux attentats FLN qui ont fait beaucoup de morts en ville et dans la région, de nombreuses gerbes ont été déposées aux pieds du Poilu.

Comment, dans quelle conditions ce symbole est - il à Saint-Raphaël ? Comment ce combattant de bronze est-il parvenu des terres d’Oranie au pied de l’Esterel ?

Histoire du  « POILU » :

On peut situer le début du récit un jour de fin mai 1971, alors qu’une conseillère municipale nouvellement élue à Saint -Raphaël apprend, par hasard, qu’une statue de bronze représentant un combattant de la Grande guerre, gisait couché et à demi enfoui dans la terre, dans un coin de la cour de la caserne des Sapeurs Pompiers de Saint-Raphaël. A ses côtés étaient disséminées les plaques de marbre, portant gravés des noms bien de chez nous, négligemment dispersées.

Notre conseillère, déléguée aux Rapatriés, se montra indignée d’un tel abandon. Elle ne put sur le champ obtenir la moindre précision sur l’origine de cette Statue. Tout au plus avions-nous la certitude qu’il s’agissait d’un monument rapatrié d’Oranie.

Après avoir pris contact avec un compatriote rapatrié de l’ancienne équipe municipale, tout s’éclaira : il s’agissait du Monument aux Morts de MASCARA, pour lequel un projet d’installation avait l’objet de nombreuses et vaines démarches administratives consignées dans un volumineux dossier classé aux

Archives. Ainsi, apprit-on que, quelques années auparavant, une délégation d’anciens combattants, conduite par M. MONTAMAT, conseiller municipal, rapatrié lui -même, avait obtenu de M. André LEOTARD, conseiller général du canton et père de l’actuel Député - Maire de Fréjus, l’autorisation d’installer dans la région, trois monuments aux Morts d’Oranie rapatriés par le Génie Militaire, la Légion et stockés au Camp Sainte-Marthe à Marseille.

Le Monument d’HAMAM-BOU-HADJAR, d’où est originaire M. MONTAMAT fut installé sur l’esplanade de la Base Aéronavale, à Fréjus -Plage. La «VICTOIRE AILEE » qui coiffait le Monument aux Morts de Tlemcen fut érigée à Saint - Aygulf, où elle tient lieu de Monument aux Morts. Une plaque gravée évoque son origine.

Il restait donc le « POILU DE MASCARA », à propos duquel on se heurta à un imbroglio administratif courtelinesque.

Un Préfet très pointilleux n’allait-il pas exiger l’autorisation préalable du Ministère des Affaires Culturelles, lequel était, selon la loi en vigueur, seul à accorder son blanc-seing au texte à graver dont les mots devaient être soumis à son appréciation !...

Les échanges de correspondance avaient duré des mois et des mois, alors que notre brave « POILU » gisait toujours dans une fange qui n’était pas celle des tranchées...

Une telle argumentation parut insoutenable. Comment pouvait-on assimiler l’implantation d’un monument nouvellement créé au transfert d’un monument d’une Terre Française vers une autre Terre Française ?

Pour accélérer les démarches, Le Conseil Municipal de Saint Raphaël prit à l’unanimité la décision déterminante dans sa réunion du 2 juin 1971, décision rapportée ainsi : « A la demande de Mme ELLUL, le Conseil décide d’ériger sur une place de la ville, le Monument aux Morts de MASCARA, actuellement dans les entrepôts de la Commune. Suite à la précédente délibération, le Conseil confie à M. VASSAL de faire proposition à l’Assemblée pour le choix d’un emplacement ».

Le choix du site fut approuvé à l’unanimité. La Place Léon Berger, en bordure de l’avenue du XVe Corps (celui d’Algérie), dont les immeubles sont habités par une forte colonie de Pieds Noirs, accueillerait enfin et définitivement ce digne hôte.

Il restait tout de même à surmonter un obstacle, obtenir l’aval des autorités administratives départementales. Pour cela il convenait d’attaquer sans faiblesse pour éviter toute tergiversation des légistes pointilleux et pas toujours bien intentionnés...

Il faut dire, à ce propos, que le Maire de Saint-Raphaël, le Docteur GIROD, éprouvait beaucoup de sympathie à l’égard des PIEDS-NOIRS. Il avait, en effet, vécu cinq années chez nous, comme interne de l’Hôpital d’Oran, puis comme médecin du «bled» entre Nemours et «la Mer d’Alfa». Aussi, lorsqu’il apprit le triste sort réservé jusque-là au «POILU DE MASCARA», sa décision fut-elle immédiate :

« Nous inaugurerons le Monument de MASCARA le 11 novembre 1971», lança-t-il vers la mi-octobre. C’est dire s’il fallait précipiter les choses... La conseillère déléguée partit donc pour Draguignan, son dossier sous le bras.

Le siège préfectoral se trouvait vacant, le titulaire n’ayant pas encore rejoint son nouveau poste.

Là, on peut dire que le « POILU» allait avoir la «Baraka» : les affaires courantes étaient gérées par un haut fonctionnaire tout acquis à notre cause.

Officier parachutiste de réserve, il avait autre fois occupé un poste à la préfecture de Constantine.

Sa décision fut immédiate :

« Plantez votre Monument. Dans deux jours vous recevrez le texte officiel de l’arrêté autorisant l’opération ».

Ainsi fut fait : le Monument de MASCARA serait dédié à la mémoire des Français d’Outre-Mer tombés au Champ d’Honneur.

Il appartenait à la Municipalité Raphaëloise d’activer les choses. Un bloc de porphyre bleu des carrières du Dramont (lieu historique du Débarquement en Provence) fut commandé par le délégué à l’urbanisme, M. VASSAL, maître d’œuvre de profession. Une cassure centrale symboliserait les deux

«existences» du POILU de part et d’autre de la Méditerranée.

Un problème se posa, le fusil tenu par la main droite s’était brisé pendant le transport. On songea à le remplacer par un «Lebel» authentique. Cela s’avéra impossible, l’arme n’étant pas à l’échelle de grandeur ! Alors, un esprit astucieux remplaça l’arme par une grenade. Le geste semblait très naturel, et nous sommes sûrs que bien des Mascaréens ne se sont pas aperçus de cette anodine substitution ... C’est ainsi que le 11 novembre 1971, sous une pluie diluvienne, en présence d’une foule nombreuse, stoïque sous les averses et avec le concours de la musique des troupes d’Infanterie de Marine et d’un détachement en armes de la Légion Etrangère venu spécialement d’Aubagne, eut lieu l’inauguration. Levée des couleurs, sonnerie « Aux Morts», « Marseillaise» et discours prononcés par le Maire de Saint-Raphaël et le Dr LAQUIERE, Président de l’Amicale des Rapatriés.

Un seul regret, que certains pourraient ressentir : n’avoir pu utiliser les nombreuses plaques de marbre dont chacune portait gravé le nom d’un enfant de MASCARA tombé au Champ d’Honneur. Ces plaquettes manipulées et transportées en vrac étaient-elles toutes là ? N’aurait-il pas été désolant d’en omettre plusieurs sans le savoir. Chacun trouvera sa consolation dans la  présence effective du «

POILU», même privé de son fusil, qui continuera à être honoré comme il l’est, plus de vingt ans après son grand voyage...

Il convient de signaler que l’actuelle Municipalité de Saint-Raphaël porte une attention particulière à ce que le Monument et ses abords soient entretenus.

Un petit jardin l’entoure. Les drapeaux sont hissés pour l’honorer les jours de fête. De plus pour la Pentecôte, jour du traditionnel rassemblement des Anciens de MASCARA et de sa Région, les Municipalités de Fréjus et de Saint Raphaël participent avec beaucoup d’amitié à la manifestation.

Ce jour -là, au pied de la stèle de celui qui, pressé par les évènements, et contre son gré, a quitté la place Eugène-Etienne à MASCARA pour venir s’installer à Saint-Raphaël, on rend hommage à tous ceux des nôtres qui ont fait don de leur vie pour la France...

Ce récit de Mme ELLUL est dédié à tous ceux qui, connus et inconnus, ont contribué à la réinstallation

Du «POILU», à Saint-Raphaël, et plus particulièrement à Mme ELLUL, M. MONTAMAT, La  municipalité de St-Raphaël. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre gratitude. Ils ont ainsi fait que

«Les souvenirs oubliés ne soient jamais perdus ».

©Le comité de Mascara et sa Région

1939 - 1952
ANDRE Richard
ANDRES Sylvestre
BALLESTER Georges
BELTRA Pascal
BENILLOUZ Lucien
BLAVY René
BONNIER Henri
BUCCO Emile
BULLONES François
CHERIEF Benyhia
DELPRADO Antoine
FREMY Gérard
MALE Marcel
MAUREL René
MOHA David
MOUFFOKI Mohamed
NAVARRO Louis
PASTOR François
RIMET Renaud
SANS Etienne
SARFATI André
SMADJA Lucien
TORDJMAN Maurice
TROLARD Paul
ZMIRO Armand

LISTE DES MORTS POUR LA FRANCE A COMPLÉTER