Eniko Szilagyi

Dans mon chapeau magique, une amie chère, une femme tellement merveilleuse... Eniko Szilagyi ! Je vous invite à faire sa connaissance si vous n'avez pas encore eu cette chance de la croiser...

Le 1e novembre 2012, je publiais son portrait (ci-après) dans Nananews...

Depuis je n'ai rien écrit de bien neuf sur elle, mais je vous invite à suivre son actualité sur son Facebook

“Je chante d’abord avec mon âme, après avec ma voix”.

 « Je suis une comédienne convaincue, interprète et non chanteuse ». C’est ainsi qu’Enikö Szilagyi, artiste dramatique internationale naviguant entre New-York, Prague, Londres ou Paris, se présente, avec son adorable accent slave. Mi-Hongroise, mi-Roumaine, de nationalité Belge, Enikö Szilagyi (on prononce Silagy) est née à Klausenbourg, nom allemand pour Cluj-Napoca en Roumanie. Elle a suivi le cursus académique de l'Université de Théâtre et Cinéma de Bucarest, dont elle est diplômée. Bien avant ses études, elle était déjà devant les micros des radios, sur les plateaux de télévision, devant les caméras de cinéma, et sur les planches de théâtre. Très vite elle sera une star du grand et du petit écran en Europe centrale. « Une parmi les plus spectaculaires actrices des années 80 » (selon le journaliste hongrois M. Mihailescu). Depuis 1989, elle vit entre Ostende et Paris.

Une riche carrière de comédienne

Dans le rôle de Médée
Dans le rôle de Médée

Enikö Szilagyi a travaillé sa voix à l'université de théâtre de Bucarest, pour en adapter le registre selon ses rôles, puisés dans le grand répertoire. Elle a fait partie de la troupe du Théâtre National de Tîrgu Mures puis de Cluj-Napoca, deux grandes villes universitaires et hauts lieux culturels de Roumanie. Elle a résidé quatre années en Belgique, acquis la nationalité belge, puis s'est installée en Hongrie, à Budapest. Elle se produit une dizaine d'années avec la troupe du Théâtre de Debrecen, Théâtre de Kecskemét, Budapesti Kamaraszinhaz. Pendant toute sa carrière, elle interprète premiers rôles et rôles importants dans un beau répertoire classique populaire, proche de ce que développe le Berliner Ensemble, ou à Paris, un peu plus tard, le Théâtre National Populaire de Jean Vilar : Marguerite Duras, Beckett, Heiner, Müller, Pirandello, Euripide, Ibsen, Schiller, Dostoïevski, Garcia Lorca, Goldoni, Arthur Miller, Shakespeare, Sophocle, Brecht (avec l'Opéra de quat’sous dans le rôle de Polly), Georges Bernard Shaw, Machiavel. Une soixantaine de rôles au théâtre, une vingtaine au cinéma. A son palmarès, 17 films dont le rôle féminin principal de "Guillaume le conquérant" de Gilles Grangier (film et série télévisée).

Elle a reçu de nombreuses distinctions (6 prix d'interprétation féminine au théâtre en Hongrie) et la Croix de la Légion d'honneur de la République Hongroise.

Entre rébellion et caresse, la voix d'Enikö Szilagyi est un cadeau

Quand elle découvre, bouleversée, la chanteuse Barbara, Eniko Szilágyi n’hésite pas : c’est cela qu’elle veut faire désormais. Et elle tourne le dos à sa carrière cinématographique pour travailler la chanson française d’arrache pied avec son pianiste. Elle introduit dans son répertoire  également des  textes de Boris Vian, Léo Ferré, Brel, et met en scène une série de spectacles théâtralisés dont le pivot est la chanson française. Elle traîne dans sa voix de mezzo-soprano, une charge émotionnelle communicative et parfois déchirante qui séduit très vite tous les publics devant lesquels elle se produit. Elle devient une habituée de salles prestigieuses parisiennes comme la salle Gaveau, le Théâtre Dejazet, le Théâtre Lucernaire.

Elle est aujourd’hui une artiste engagée dans la francophonie dont elle est nommée l’ambassadrice officielle en 2004 pour la chanson francophone. Outre le français, le hongrois, le roumain, la comédienne parle flamand, anglais et vante les mérites du multilinguisme car « on se sent partout chez soi

Mais c’est de la langue française qu’elle est amoureuse jusqu’à « la folie ».  Etablie à Paris depuis 2006, elle travaille aux cotés d’artistes comme Georges Moustaki, le compositeur  Jean Musy  qui a mis en musique les textes et les poèmes d'Eniko et les écrivains René de Ceccatty et le prix Goncourt Jean Rouaud. Après un succès immédiat, elle parcourt l’Europe : 300 spectacles à travers les pays de l’Est, l’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis, et bien sûr, la France. Elle travaille actuellement avec le pianiste  et compositeur, Alceo Passeo,  un virtuose, fils spirituel d’Aldo Ciccolini qui a également participé à la musique de nombreux films dont Shine ou La Môme :

 La voix du Gers, Majane, un de mes pseudolymes...
La voix du Gers, Majane, un de mes pseudolymes...

« Je suis née à l'ombre rafraîchissante des platanes de Klausenbourg  à l'Ouest de la Roumanie, en Transylvanie. J'ai été bercée dans deux langues, le roumain et le hongrois. Cette dualité de la culture m'a fait découvrir la notion "d’horizon".

Mon père, Francis, a étudié la Théologie, ensuite, il a suivi les cours du Conservatoire de musique. Il a été premier-ténor lyrique à l'Opéra. Ma mère, Hélène, a travaillé dans le domaine économique, dans une imprimerie. Elle représente le côté pratique de la famille. J'ai une soeur, Catherine.

Élevée et dirigée vers les arts par ma grand-mère paternelle, Marie, c’est elle aussi qui me laisse en héritage "la folie d’aimer". Mes grands-parents maternels, architectes, me lèguent la passion et la persévérance dans le travail et dans la création.

Mon premier contact avec le monde magique des arts, c’est à l’âge de trois ans, quand je vois Traviata.

Je grandis entre la ville et la campagne, entre la pauvreté du présent et le souvenir des années d'aisance bourgeoise ; j'apprends le respect du talent et de la valeur.
Avec les années de la consolidation du communisme, la famille de ma mère est expropriée et
envoyée aux travaux forcés par le régime au pouvoir. Mon père, étudiant au Conservatoire, est fait prisonnier. Il passe sept ans en Sibérie, à Briansk.

La terreur de la dictature communiste, la peur et le mensonge, l'injustice, la prison de l'esprit et de l'âme, donnent une dimension exacerbée à l’existence et à la pensée libre... »

Auprès de cette femme superbe, illuminée par sa générosité, le temps est suspendu. Son accent slave, presqu'effacé quand elle chante, ressuscite l'atmosphère douloureuse, émouvante de l'Europe centrale. Entre violence et tendresse, la voix d'Enikö est le cadeau d'une fille des brumes.

Pour l’avoir vue plusieurs fois en récital, je peux dire qu’un ouragan fiévreux envahit tout son être quand elle est sur scène. Enikö puise son énergie dans la force des textes qu'elle choisit:

"J'aime voir et sentir les mots. La musique est une aide sentimentale mais les mots, c'est l'esprit!"

 

La voir sur scène est un rare bonheur. Elle est d’une lumineuse radiance. L’éclat de son regard d’eau est avivé par l’émotion qui la saisit chaque fois qu’elle monte sur scène. Une scène qu’elle habite, y installe son aura. Et puis sa voix. Une voix  ample, grave, qui sculpte pour une redécouverte bouleversante des textes quasi sacrés de Brel, Piaf, Barbara… Elle est là pour servir ses maîtres de son art abouti de s’approprier leurs textes et musique :

« Jacques Brel, le plus grand ; Barbara, l’unique », dit-elle.

 

Enikö Szilagyi sait jouer de sa voix comme d’un instrument. Elle la déploie ou la resserre dans un murmure, elle la module, s’appuie sur les graves, ou devient cascade claire…

On est subjugué par cette  femme proche de l’idéal : elle est pétrie de beauté et la rayonne, elle est fine, sensible, spirituelle, intelligente et toutes ces qualités, elle les passe au sas de son interprétation. Et si la comédienne est présente dans sa scénographie, c’est la femme entière qui se donne à la fois au public qui la porte et à la beauté des textes qu’elle sert charnellement de toute son âme, de tout son corps, de ses mains oiseaux qui sculptent devant elle l’indicible beauté…

©Maïa Alonso

Ils en parlent

«Enikö Szilagyi est comédienne en Roumanie, cinéma et théâtre font partie de son quotidien, chanteuse (mezzo-soprano,) et comédienne, au Théâtre National de Budapest en Hongrie, elle consacre régulièrement, des soirées à l'interprétation de chansons de Barbara, dont elle est inconditionnelle.

«Dès qu'elle met en théâtre sa belle et poignante voix de mezzo-soprano, Enikö Szilagyi s'impose, vise à fleur de mots ce qu'il y a de meilleur dans les tripes de son auditoire, le don de l'émotion, et touche, et fait mouche, nous rappelle avec force à notre humanité.»Jean-Marc Warszawski, musicologue

«A l'écoute de ce timbre de voix d'une incomparable beauté, comme à voir cette admirable interprète, qui, sur scène, s'offre à son public, c'est comme un frisson d'amour qui vous parcourt, une force émotionnelle qui vous étreint et vous emporte dans un tourbillon de chansons. Qu'elle chante Brel, Barbara, Piaf, Kurt Weill, Brecht, Eisler ou Maria Tanase, Enikö Szilagyi, cette artiste internationale née en Roumanie, d'origine hongroise, après avoir écumé les pays de l'Est, s'est mis dans la tête de conquérir Paris avec toute la passion qui caractérise cette belle artiste.
Artiste avec un A majuscule comme Amour, cet amour comme un hymne qu'elle chante si bien et qu'elle porte en elle. Enfin, ce qui ne gâte rien, en dehors de la scène, c'est une personne d'une grande sensibilité, une personne adorable.
Pour tout vous dire, c'est un amour de femme, qu'on se le chante!»

Jaques Roussel (radio - Fréquence Paris Plurielle - 2005)

«Eniko Szilágyi ne chante pas les dix-huit chansons françaises, mais elle les "injecte" dans les âmes. La comédienne transmet une telle sensibilité et richesse que même ceux qui ne connaissent pas la langue comprennent la signification qu'il s'agisse de l'enfance, de la déception, de la patrie ou de l'amour.»
Tibor Veress, Programme de Pest, 1999

 

«Eniko Szilágyi s'appuie sur la force inspiratrice de la musique et sur sa propre suggestivité. Son apparition est simple et élégante, son corps, sa mimique, ses gestes résonnent avec l'harmonie et la philosophie des chansons. Tout son être est pénétré par la musique et par le poème chanté.»
Katalin Metz, Hongrie d’aujourd’hui, 1999

«Pour les uns c’est la retrouvaille, pour d’autres la découverte d’Eniko Szilágyi, dans les films repris durant les semaines passées sur les petits écrans : “Le secret de Bacchus” ou “Mlle Aurica”. Je n’ai jamais eu l’occasion de la rencontrer. Car, une parmi les plus spectaculaires actrices des années 80, a quitté le pays en juin 1989 pour s’établir en Belgique, et plus tard en Hongrie.
Je l’avais retrouvée deux jours plus tôt, comme chanteuse, dans un récital qui a eu lieu au Centre Culturel Hongrois de Bucarest. Émouvante surprise! Toujours aussi belle, habillée en noir comme son idole, la grande Barbara, l’artiste nous a transporté, avec une voix troublante dans le monde de celle-ci, d’Edith Piaf et de Jacques Brel. Sans jamais les imiter, “L’aigle noir’’ le nom de son récital d’après la chanson “L’aigle noir” de Barbara nous a figé sur place, fondu d’émotion.
Où et quand a-t-elle appris à chanter ?
- je lui ai posé la question après le spectacle. Elle n’a jamais pris des leçons, “je chante d’abord avec mon âme, après avec ma voix”.
Fait-elle encore du cinéma ? “ Non, depuis longtemps je fais seulement du théâtre.
Qui va écrire des rôles pour des mamans ?
Si les cinéastes roumains sont de nouveau installés sur les plateaux….Qui sait ……?’’»
M. Mihailescu – le journal ADEVARUL de Bucarest, 15.06.2002.

Son concert à Muret, dans le cadre du Prix du jeune écrivain, 2010 -


Vous n'y étiez pas ? Alors laissez-moi-vous en dire quelques mots... Ce concert organisé par le Prix du Jeune Ecrivain (PJE) à Muret en banlieue toulousaine devant une salle comble et bien des spectateurs restés aux portes de l'auditorium par manque de place, fut un de ces moments que l'on qualifie de GRAND !

En ouverture de soirée, les membres de l'atelier du poète Seyhmus Dagtekin ont lu le texte travaillé durant la semaine. Un avant-goût nous plongeant dans l’incandescence de la poésie « en quête de boussole »… Thème de l’atelier : les points cardinaux. Histoire de configurer un envol aux mots hors des sentiers rabattus des « je t’aime moi non plus… »

Et puis Alceo Passeo, le pianiste, entre en scène, élogieusement présenté par Marc Sebbah, président du PJE. Une solide réputation le précède et sa jeunesse pourrait même surprendre. C’est un virtuose, fils spirituel d’Aldo Ciccolini. Il a également participé à la musique de nombreux films dont Shine ou La Môme. Le public ne sait pas encore que ce soir, ce n’est pas une chanteuse et son pianiste, simple accompagnateur qui vont se produire, mais comme le dira l’écrivain David Fauquemberg (« Mal tiempo », « Nullarbor »...) ce sont « deux solistes » à l’écoute l’un de l’autre qui vont offrir une formidable performance pour laquelle ils n’ont eu que deux répétitions et qui jouent ensemble ce soir-là pour la première fois.
Enikö Szilagyi arrive à son tour, tout en noir et, oh surprise pour moi qui l’ai toujours connue blonde, toute brune. En blonde elle était divinement belle ; en brune, les mots me manquent. Sa peau est plus diaphane, d’une lumineuse radiance. L’éclat de son regard d’eau est avivé par l’émotion qui la saisit chaque fois qu’elle monte sur scène. Une scène qu’elle habite, y installe son aura. Et puis sa voix.

Dans la salle bondée, silence. Recueillement. Elle est là pour servir ses maîtres : « Jacques Brel, le plus grand ; Barbara, l’unique », dit-elle. Après chaque concert de ma chère Enikö je dis : c’était le meilleur. Cette fois-ci encore je ne dérogerai pas : elle fut sublime. Et surtout elle fut elle-même. Son art abouti de s’approprier les textes et la musique de ses muses n’a pas égaré le public qui l’ovationnera. Enikö Szilagyi sait jouer de sa voix comme d’un instrument. Elle la déploie ou la resserre dans un murmure, elle la module, s’appuie sur les graves, ou devient cascade claire… On est subjugué.

Près de moi, l’ami Griffon retient ses larmes. Je devine les cognements de son cœur. A un moment il dira qu’il a de la fièvre. Il est littéralement bouleversé par le « phénomène Enikö », femme proche de l’idéal : elle est pétrie de beauté et la rayonne, elle est fine, sensible, spirituelle, intelligente et toutes ces qualités, elle les passe au sas de son interprétation.

Et elle vous dégote des chansons de ses dieux, totalement inconnues et si la comédienne est présente dans sa scénographie, c’est la femme entière qui se donne à la fois au public qui la porte et à la beauté des textes qu’elle sert charnellement de toute son âme, de tout son corps. De ses mains oiseaux qui sculptent devant elle l’indicible beauté… ©Maïa Alonso (juillet 2010)

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