Hasna-el-Becharia, blueswoman des Sables

Je ne l'ai jamais rencontrée mais j'aimerais beaucoup... ! J'ai rassemblé des informations sur elle, glanées sur le Web. Partageons ce grand moment en l'écoutant.

(Article publié dans Nananews le 17 avril 2012)

Originaire de Béchar, grande cité du Sud Ouest de l'Algérie, Hasna El-Becharia est une femme du désert, libre et sans concession. Et parce que le public chantait ses chansons pendant les concerts, pour couvrir les voix et se faire entendre, elle s’est mise à la guitare électrique. C’est une star dans son pays où elle joue la musique des Gnaouas. A 51 ans, elle a sorti son premier album « Djazaïr Johara » (2001) et en 2010 : « Smaa Smaa ».

Elle se bat pour que les femmes puissent utiliser les instruments traditionnels.

Hasna El Bacharia a une carrière artistique de plus de trente années et un album Djazair Djohara dédié à son pays l'Algérie. Elle mêle le sacré et le profane, joue de la guitare électrique, du luth, du Banjp et surtout du Gumbri : « J’ai une vraie histoire avec le gumbri. Mon père était un maître gnawi et il m’a interdit de toucher cet instrument. Quand j’ai osé, j’ai été battue. C’est pour ça que j’ai laissé le gumbri et que j’ai pris la guitare.  Je ne me suis affranchie qu’en 1999, en France, pour le festival Femmes d’Algérie. On m’a invitée, et c’est à ce moment-là que je me suis autorisée à en jouer… Quand je suis arrivé à Paris, j’ai rêvé de mon père qui me disait :"vas-y."»

Elle a appris la guitare en cachette de son père, grand maître du gumbri, mais aussi du diwan. Hasna El Becharia est issue d'une lignée des musiciens gnawas, mais mêle les compositions originales et les standards populaires en un répertoire qui allie le moghrabi marocain, le raï déglingué, le blues griot. Elle joue parfois aussi des chansons d'Enrico Macias ou de Françoise Hardy. Son talent révélé parmi les femmes lui vaut d'être très vite invitée à animer tous les mariages des alentours, de Béchar à Oran en passant par Alger et Casablanca. En près de trente ans de gloire locale, elle n'a pas enregistré un seul disque et se produit pour la première fois en France en 1999.

Les gnawas sont des descendants d'esclaves noirs de l'ex-empire du Soudan, ramenés de force au Maroc (et en Algérie) par des pillards Touaregs. Officiellement convertis à l'Islam, ils n'en continuent pas moins leurs rituels "lila" où ils chantent et dansent pour chasser le mauvais esprit. Ils utilisent notamment les karkabous, sorte de castagnettes qui rappellent le son du temps de leurs chaînes.

Désormais Hasna, célèbre dans tout le sud de l’Algérie,  n’a jamais voulu enregistrer la moindre note. C’est une femme du désert, libre qui ne vit que pour sa musique et le reste n’a, à ses yeux, que peu d’importance. Fille d’un des maîtres du "Diwan", elle monte sa propre formation en 1972. Epaulée par trois amies au chant et aux percussions, elle joue de la guitare acoustique sur des rythmes traditionnels du désert. Le succès arrive très vite. De mariages en banquets, on s’arrache Hasna et ses copines. A chaque concert, le public reprend leur répertoire en chœur. Tant et si bien que pour couvrir les voix, Hasna se met à la guitare électrique.

A partir de là, elle devient réellement célèbre. Sa réputation dépasse largement la petite ville de Béchar (proche du Maroc) pour s’étendre à tout le sud de l’Algérie. Des producteurs algériens tentent de la convaincre d’enregistrer une cassette avec quelques morceaux. Elle les envoie paître. "Je n’avais pas confiance", lâche-t-elle laconique. Un seul regard lui a suffi. En moins de quatre ans d’existence, Hasna et sa bande fondent déjà leur légende.

En 1976, elles sont les vedettes d’un immense concert organisé à Béchar par l’Union des Femmes Algériennes. Un concert mémorable qui se déroule devant un auditoire uniquement féminin. En janvier 1999, Hasna arrive à Paris, invitée par le Cabaret Sauvage dans le cadre du festival Femmes d’Algérie. Les organisateurs du spectacle, fascinés par sa musique, décident de la programmer tous les soirs alors qu’elle ne devait jouer qu’une seule fois dans le cadre du festival. Rapidement, une sorte de rumeur se crée autour de cette femme venue du désert ; les journalistes viennent assister à ses sets, des producteurs se déplacent, et Libération se fend d’un article sur le groupe. Hasna survole tout ceci, impériale. Son trip, c’est de faire de la musique. Avec son groupe, elle passe son temps à jammer en coulisses (où ils mettent une ambiance dingue), puis ils vont sur scène, enflamment la salle avant de repartir en coulisses pour continuer à jouer. "Quand on joue, explique Nanni, un membre de son groupe, on ne pense même pas au public, on est dans le rythme. On plonge dans la musique". Hasna, elle, n’explique rien. Elle parle peu, vous regarde droit dans les yeux, sachant tout de suite à qui elle a à faire. Puis, elle prend sa guitare et commence à jouer. En trois accords, tout se mêle : Paris, le désert, les traditions immémoriales et aujourd’hui … Et sa musique incroyable emporte tout sur son passage.

Après un premier album réalisé par Camel Zekri pour Indigo, Hasna fait de nombreux concerts dans les festivals musiques du monde, partout on l'acclame : « Ce disque est très personnel, il m’a permis de sortir pas mal de souffrance, de vécu, de souvenirs. J’ai donné tout ce que j’avais en moi. C’est pour ça que c’est assez triste. En même temps, il y a de la joie comme dans Sadrak, une belle chanson d’amour qui raconte la rencontre d’un couple. »

Camel Zekri lui propose aussi de rejoindre son groupe le Diwan de Biskrat pour une série de concerts. Elle rencontre le musicien napolitain Eugenio Bennato qui l'inclut à certains de ses spectacles en Italie ou au Caire en compagnie de Fathy Salamah.

En 2004, elle retourne jouer en Algérie où on l'accueille avec émotion.

«  Moi aussi, femme d’Algérie, j’ai chanté Panafricain, comme Miriam Makeba. Au moment du premier festival, j’étais jeune, j’avais 22 ou 24 ans et j’ai le souvenir qu’il y avait Miriam Makeba. Je l’avais vue à la télévision. Elle avait composé une chanson qui disait qu’elle était libre en Algérie. C’était une Africaine et l’Algérie était aussi son pays. Pour moi, c’était des paroles fortes. Je l’ai dit aussi quand j’ai chanté pour mon pays Djazaïr johara. »

Sources :

http://hasna_el_becharia.mondomix.com/fr/portrait201.htm


Plus d'informations :
les sites d'Hasna El Becharia : http://hasna_el_becharia.mondomix.com/fr/artiste.htm
http://www.myspace.com/hasnaelbecharia
le site de Café Noir : http://cafenoirprimitif.wordpress.com
En avril 2009, Hasna El Becharia en concert à Paris : http://youtu.be/fsWvFvUP16o

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