Les doigts qui rêvent, LDQR

J'ai réalisé ce reportage par téléphone pour Nananews (paru le 8 mars 2012). Puis le 30 mai 2012, j'ai eu la joie de rencontrer "en vrai" Claudette Kraemer , invitée par quelques écoles dans le Gers pour présenter Les Doigts Qui Rêvent. Elle était basée à Sarrant et la librairie Tartinerie nous a aimablement accueillies pour cette rencontre passionnante que je relatais alors pour La Dépêche du Midi.

Claudine Kraemer, ... Le rêve au bout des doigts…

Les Doigts Qui Rêvent, c’est la seule maison d'édition jeunesse au monde à concevoir, produire et fabriquer en grand nombre des livres «tact-illustrés» (écriture braille et images tactiles) pour les tous jeunes enfants et accessibles aux enfants aveugles.

C’est en partant du constat de la carence totale de livres pour les tout petits non voyants qu’ à Illzach (Alsace), Claudette Kraemer en arrive à écrire et fabriquer des livres artisanaux  et qu’à Dijon, un instituteur , Philippe Claudet va créer en 1994 une maison d’édition associative :  « Les Doigts Qui Rêvent »  (LDQR),  un bien joli nom pour une maison d’édition jeunesse ! On imagine aussitôt une couleur pour chacune des lettres de ces 4 mots. Sauf que ce « on » est sans déficience visuelle ! Voir, interpréter, nous semble si naturel que nous n’y faisons même pas attention. Or, tout s’apprend, mais nous l’avons oublié !

livres de LDQR
livres de LDQR

Claudette Kraemer et Philippe Claudet  vont se rencontrer et conjuguer leurs efforts, avec quatre couples, tous parents d’enfants aveugles,  pour remédier à ce désert, changeant ainsi la face du monde pour des milliers de jeunes enfants aveugles.

« Que se passe-t-il pour un enfant arrivant en CP, un enfant qui n’a jamais eu de livre entre les mains parce que non seulement il ne sait pas lire mais parce qu’il est aveugle ? » interroge Claudette Kraemer.

Après une formation de jardinière d’enfants spécialisée (un diplôme qui n’existe plus), elle a consacré sa vie aux enfants déficients sensoriels de moins de six ans, essentiellement des enfants aveugles.

Educatrice  à la fondation le Phare, à Illzach, qui accompagne pas mal d’enfants  (en 1982, date de la loi d’intégration du service de soutien, le Centre d'Action Médico-sociale Précoce spécialisé pour les déficients sensoriels est agréé), elle est envoyée au domicile de l’enfant, et là où il est intégré, pour mettre en place les moyens, à la fois pour l’enfant, les parents et l’enseignant.

Toute sa carrière professionnelle se déroule donc en établissements,  garderies, écoles maternelles, puis à domicile auprès de bébés handicapés, à peine âgés de 15 jours.

Claudine Kraemer est actuellement  animatrice à LDQR pour présenter les livres lors de salons ; elle anime également dans toute la France (écoles, lycées, bibliothèques…), des ateliers adultes et enfants pour sensibiliser à la déficience visuelle, aux livres de LDQR et au toucher. Elle a  fabriqué des lunettes de simulation pour faire toucher le handicap.

Plus qu’une profession, une mission chevillée au corps, jusqu’au bout des doigts ! :

 « Au départ, avant de rejoindre LQDR,  je m’étais rendue compte qu’il n’existait pas de livres autrement qu’en braille pour ces jeunes aveugles que j’accompagnais. Donc jusqu’à 8 ans, l’enfant aveugle n’y avait pas accès. Par manque d’albums tactiles, l’enfant était privé du droit au plaisir du livre ! » …

Les livres «plaisir», ceux qui donnent envie de lire à tous les enfants, ceux dont on se souvient toute sa vie, ceux qui tissent les liens entre parents et enfants... Pourtant, la reconnaissance de ce droit figure dans la déclaration des droits de l'enfant, ainsi que dans la résolution 48/96 de l'ONU.

Alors pour éveiller l’enfant sur le plan sensoriel,  Claudette en fabrique. Un par un : «  Confectionner un livre me prenait 90 heures. C’était ce qu’il y avait de plus artisanal ! »

Très tôt, la maman (ou le papa) d’un petit enfant voyant feuillette de jolis livres avec des images et le tout-petit intègre le lien qu’il y a entre tridimensionnel et bidimensionnel. Il interprète les images, les photos. Il apprend. Ce n’est pas inné.

Dans les années 50, en Inde, l’Unicef a mené une campagne de publicité pour l’hygiène. Ce fut un flop magistral :« Les gens ne savaient pas lire les images ! » Cette remarque de Claudette Kraemer est une prise de conscience essentielle.

« Un enfant voyant voit de l’écrit partout. Mais où l’enfant aveugle voit-il du braille ? Le concept « lire », ces enfants ne le connaissent pas. Si on met des petits points sous les doigts d’un enfant de six ans, et si on lui dit « lis ! », pour lui, ça ne veut rien dire. C’est important pour les tout-petits, qu’on mette des livres dans leurs mains. Et avec nos livres, à LQRD, on essaie vraiment d’éveiller leur imaginaire. »

Par le toucher on arrive à faire beaucoup de choses.-

Claudette a développé un sens aigu : le toucher. Elle en parle  en connaissance de cause :

« Au départ on a voulu faire des livres pour les enfants aveugles mais on s’aperçoit de plus en plus que les autres enfants aiment également ces livres tactiles. Le toucher est le siège des émotions. C’est aussi le sens de réciprocité. Vous pouvez voir une scène, mais les gens ne vous voient pas forcément, ni ne vous entendent. Mais si vous les touchez, alors ils s’aperçoivent que vous êtes là.

C’est intéressant de constater que la vue, le goût, l’odorat et l’ouïe ont pour siège la tête, tandis que le toucher concerne le corps entier. On n’y pense pas. Le toucher est un sens très important. Prenez les deux bouts de la vie, le bébé et la personne âgée. Pour communiquer avec eux, on les touche…

Et donc, grâce aux livres de LDQR, on peut transmettre à la fois aux enfants voyants et aux enfants non-voyants… »

Touche mon sourire

Classeurs pédagogiques
Classeurs pédagogiques

« Il y a cinq ans,  raconte Claudette Kraemer, nous avons participé au Salon Jeunesse à Troyes. Notre stand était à un endroit stratégique : près des toilettes et des poubelles. Ce qui me convenait très bien car je savais que beaucoup de monde passerait devant notre stand et donc le verrait ! C’est alors que j’entends une dame crier : « Les Doigts Qui Rêvent ! Les Doigts Qui Rêvent ! »  Elle avait une cane blanche et était accompagnée d’un très jeune enfant.

Parvenue à notre stand,  elle prend un livre,  replie sa cane et s’assoit par terre, prend l’enfant contre elle. Et elle se met à lui raconter l’histoire en parcourant le livre du bout des doigts tandis que le petit garçon, qui lui n’est pas aveugle, regarde les images. Quand elle arrive à la fin du livre, elle s’exclame : « c’est la première fois que j’ai pu lire une histoire à mon enfant de quatre ans ». Les gens, autour, en pleuraient. Elle est restée un long moment à continuer de lire des histoires à son petit garçon. »

Des anecdotes, Claudette en collectionne. Toutes sont touchantes, poétiques, nous parlent au cœur, interrogent…  

«  Une autre fois, c’est un groupe d’adultes autistes, dont l’un, accablé de multiples handicaps, dans un fauteuil. J’ai demandé à prendre ses mains que j’ai posées sur les pages et je lui ai raconté l’histoire. Peu à peu ses yeux qui étaient levés au ciel sont venus regarder les images… »

Elle en a une autre très jolie :

« Une petite fille aveugle de cinq ans, née sans globes oculaires, à qui je donnais un exercice à faire. Elle était persuadée de ne pas y arriver : « c’est trop dur, je ne sais pas ». Je l’ai encouragée lui disant que ce n’était pas bien grave de toute façon. Finalement, elle y est arrivée. Elle a pris ma main,  l’a posée sur sa bouche et m’a dit : « touche mon sourire ! » »

Claudette voyage beaucoup. Inlassablement,  partout où on l’invite, elle explique ce qu’est la déficience sensorielle. Elle se retrouve un jour à Rome, où LDQR expose 80 livres à la ludothèque pour enfants de trois à dix ans : « la Casina de Raffaelo », au cœur des jardins de la villa Borghèse. Plus de 8000 enfants passent en ce lieu. On l’a conviée pour former du personnel avec des exercices sensoriels :

« On a travaillé sur le thème : de quelle couleur est le vent (d’après une question d’un petit garçon à son père) – une illustratrice belge, Anne Herbauts a écrit un livre en reprenant ce titre. »

Handicapés ? Non, personnes à besoins spécifiques

Claudette poursuit : « Dans les pays nordiques le mot handicapé a été supprimé. On dit : « des personnes à besoins spécifiques ». Ainsi une mère de famille est «  à besoins spécifiques » quand elle est avec son bébé dans une poussette, en bas d’un magasin avec des marches. Il en va de même pour une personne à la jambe cassée. Ce sont des besoins spécifiques temporaires ou à vie. Auchan depuis longtemps déjà, met des fauteuils à la disposition des clients à besoins spécifiques… Les étiquettes sont également traduites en braille dans cette chaîne de magasins. C’est signalé par un petit oiseau.

Dans ces pays, tout est pensé pour eux : si on répond aux besoins, il n’y a plus de handicap. C’est la société qui rend les personnes handicapées. »

Philippe Claudet
Philippe Claudet

Dès sa création en 1994, l’édition LDQR doit faire face à un souci majeur voire rocambolesque : la fabrication à grande échelle des exemplaires, tous faits à la main. Aucune maison d’édition jeunesse contactée n’a souhaité reprendre le concept et  relever le défi : trop coûteux !

Le directeur fondateur Philippe Claudet et son équipe ne s’avouent pas vaincus. L’audace donne des ailes à leur ambition. Quand on n’a pas les moyens, on a des idées. Un slogan qui a fait son temps mais qui s’applique sur le terrain.

Petit historique rentré dans la légende : Philippe Claudet, instituteur,  arrive un beau jour de janvier 1992 dans une classe pour enseigner la lecture braille… sans livre à sa disposition. Qu’à  cela ne tienne ! Il s’y met et bricole un album tactile illustré. L’objet, rarissime, est très vite remarqué par le Centre spécialisé de rééducation et notamment son directeur, les enseignants mais aussi les parents d’élèves. Cependant parvenir à  reproduire  cet exemplaire, voilà l’entreprise vouée à l’échec : les machines des façonniers ne peuvent pas travailler avec des pages comportant du relief (écriture braille et images en relief).

L’été suivant, des parents le contactent et une réunion se tient « dans le secret », précise Philippe Claudet qui a l’humour à fleur de mots. Le groupe décide de s’y mettre artisanalement. Aidé de son épouse, Philippe fabrique une centaine d’exemplaires, entièrement financés par les Marie de Bourgogne (Lion's Club).

La demande des parents et des enseignants confirme la nécessité de mettre en circulation de tels outils pédagogiques et donc l’urgence de créer une structure permettant à l’œuvre de se concrétiser. Mais la direction du centre ne souhaite pas assumer la mission éditoriale.

Il faut alors à l’équipe, deux ans de quête pour rassembler le puzzle, c’est-à-dire tout ce que le projet nécessite : « Et tout est trouvé à Dijon ! s’exclame Philippe Claudet. Il y a eu un concours de circonstance incroyable qui a permis la création de LDQR et de son atelier, un chantier d’insertion accueillant des publics en grande difficulté…  »  

 

Philippe Claudet  mène alors de front la carrière d’enseignant spécialisé et la direction de la toute jeune maison d’édition associative, « Les Doigts Qui Rêvent », et cela jusqu’en 2000. La double tâche est trop lourde. Ségolène Royale lui accorde alors une mise en disponibilité dont il va faire usage jusqu’en 2005, année où il lui est imposé de réintégrer sa classe. Puis il va bénéficier d’une subvention de 50 000 € de l’Education Nationale pour poursuivre l’action commencée au sein de l’association LDQR. Subvention que le ministre de l’éducation Chatel vient de supprimer, mettant l’avenir de la petite édition en grand danger !

« C’est très grave que le ministère chargé de la scolarité tue la seule maison d’édition associative française consacrée à ces enfants alors qu’il prône l’égalité des chances pour les personnes en situation de handicap,  alors qu’il y a la loi du 11/02/2005 pour l’obligation scolaire des enfants à besoins spécifiques ! Et qu’il existe toutes les grandes déclarations, la Déclaration des Droits de l’Homme, les Résolutions résolues de l’ONU… j’en passe et des pires… ! »

 

Le Prix Tactus.-

En 2000, Philippe Claudet  créée avec LDQR un concours de littérature jeunesse « le Prix Tactus » afin de fédérer les énergies pour faire de beaux livres. Claudette confie : «  Au départ huit pays y ont participé. LDQR a remporté le premier prix européen avec un livre « Cocato », qui sera traduit en quatre langues. Ce concours a lieu chaque année. Cela nous permet de voir l’évolution des livres. Depuis  2009 il est devenu international. En 2011, il a eu lieu à Prague. Depuis 2005 je préside le concours. Actuellement, il y a 16 pays dans le monde qui y participent.»

Les arcanes de la fabrication

Atelier de confection
Atelier de confection

Il y avait à Dijon, d’un côté un atelier de réinsertion avec des personnes sans activité, qui avaient du mal à trouver du travail et de l’autre, des enfants en attente d’un matériel pédagogique, éducatif et ludique : des livres de littérature jeunesse.  Il n’y avait plus qu’à rassembler les parties en un même lieu… et l’alchimie ferait le reste !

C’est ainsi que LDQR et l’atelier d’insertion deviennent partenaires.

L’atelier embauche une douzaine de personnes, salariées au SMIC. D’évidence, il y a un lien entre les enfants et eux : ils sont tous exclus du monde de la culture.

Ces travailleurs en insertion se rendent compte que les enfants attendent leurs livres :

« Cela a donné du sens à leur travail.  Seulement, dans cet atelier d’insertion,  il y a un renouvellement permanent du personnel. Donc il faut toujours réapprendre. Mais c’est cette économie solidaire qui a rendu l’aventure possible », raconte Claudette. Elle ajoute :

« Au niveau de la fabrication, nous avons également noué un partenariat avec un atelier solidaire basé en Afrique du Sud. Une femme fabriquait des livres. Elle a participé au concours Tactus et a eu le prix. C’est un travail avec des femmes Zouloues : elles font des livres en tissu.  Nous vendons leurs livres 40 € ; nous leur restituant 38 € et les 2 € restants sont investis dans le livre papier qu’elles ne savent pas faire. C’est un échange. »

L’argent est le nerf de la guerre. Et la suppression de la subvention de  l’Education Nationale est un problème grave pour la survie de LDQR qui fabrique à perte ses beaux albums. Philippe Claudet donne l’alerte : « Si l’activité des Doigts Qui Rêvent diminue, voire s’arrête, son atelier qui est un chantier d’insertion accueillant des publics en grande difficulté disparaîtra, ne leur laissant alors aucune chance d’affronter la crise qui les touche de plein fouet. »

à la Tartinerie, Sarrant (32)
à la Tartinerie, Sarrant (32)

Et Claudette Kraemer expose une situation difficile :

« La fabrication d’un livre tactile  illustré, entièrement réalisé à la main, écrit en noir (pour les enfants voyants) et en braille, revient entre 100 et 120 € pièce. Il est vendu entre 60 et 66 € dans le commerce. Le prix pour les enfants aveugles va de 20 à 25 €. D’où les besoins de trouver des financements pour compenser la perte. Je rappelle que nous sommes une association dont la cotisation s’élève à 10 €. La MAIF a lancé un programme sur trois ans avec des subventions qui ne seront pas pérennes. Ce programme prévoit une épargne « autrement » Pour une économie solidaire : 75 % des intérêts sont reversés à l’épargnant et 25 % à l’organisme solidaire, LDQR en l’occurrence. Quelques sociétés commencent à comprendre l’intérêt de notre entreprise. SFR a participé ponctuellement. »

Cependant, l’équipe et son directeur restent plus que jamais combattifs. 

Et ils mettent beaucoup d’espoir dans la recherche menée par des universitaires, devenus leurs partenaires :

C’est Philippe Claudet qui en parle : « Parallèlement, nous  travaillons en lien avec des universitaires sur l’image tactile perçue de façon  haptique  pour traduire et dessiner une image proposée à des enfants qui n’ont ni références  visuelles ni culturelles, puisque pas de livres illustrés, pas de codification pour reconnaître un concept purement mental.  Les images tactiles doivent avoir des analogies avec l’expérience de sensations tactiles instantanées. »

Un exemple nous est donné par l’animatrice Claudette Kraemer :

« Un enfant  aveugle dessine deux traits horizontaux surmontés d’un trait vertical. C’est le dessin en relief  « d’un bus » : les traits horizontaux, ce sont les marches et le trait vertical, la barre à laquelle il se tient. »

Ou encore celui-ci :

« Le dessin en relief « d’un avion » : une rangée de fauteuils en haut d’un escalier en plein vent… »

Quel enseignement aussi devant cet autre dessin d’un enfant aveugle pour se décrire lors d’un bain de mer :

« Un ovale avec en dessous une sorte de vague. La vague représente le sable à ses pieds et l’ovale, c’est l’eau qui l’enserre. »

« Cela concerne donc le sens du toucher, explique Philippe Claudet, c’est-à-dire  une appréhension du réel par tout le corps, mais un corps en mouvement. L’image et le dessin se situent toujours dans une situation de communication où les objets sont représentés d’un point de vue canonique (consensus culturel), c’est-à-dire  de façon à donner le maximum d’informations avec le minimum de composants. En clair, trouver les indices caractéristiques des choses représentées que les lecteurs aveugles ne connaissent pas selon les codes des voyants, mais selon leur expérience haptique. »

Cette quête permanente pour apporter un panel de plus en plus  riche à ces enfants « en cécités », selon la formulation de l’écrivain Thérèse-Adèle Husson (XIXe), ne peut que servir les albums tactiles illustrés de LDQR dès à présent : « Et cela contribue en retour à enrichir le domaine des images pour les voyants, » ajoute Philippe Claudet. LDQR publie une revue annuelle, Terra Haptica (optique, acoustique et tactile). Cette année est paru le N°2. Un numéro exceptionnel sur la recherche par rapport aux images, sur le terrain et une partie artistique.

Les Doigts Qui Rêvent, la belle aventure

C’est l’unique structure de production d’albums tact-illustrés en Europe. Son but est de permettre l’accès des enfants déficients visuels (aveugles et malvoyants) au monde du livre et de l’écrit et favoriser ainsi leur intégration.

En âge d’apprendre à lire, les jeunes non-voyants se trouvent exclus de l’accès à la lecture et, par conséquent, à la culture, faute de livres adaptés. C’est pour pallier ce défaut d’outils pédagogiques que Philippe Claudet a monté les Doigts Qui Rêvent, association dont la vocation est de concevoir et distribuer des livres tactiles et en braille. L’association Les Doigts Qui Rêvent ont créé le chantier d’insertion Atelier Pour Voir pour la production (façonnage des illustrations tactiles) et Tom’s 3D, une Scic SA entreprise d’insertion, créatrice d’une technologie originale de dépôt de relief. Trois structures pour trois champs d’activité : le handicap, la culture et l’insertion par l’activité économique.

Les objectifs de LDQR : « favoriser l’intégration des enfants non-voyants et banaliser l’édition de cette nouvelle forme de littérature adaptée. Par ailleurs, nous voulons donner envie d’apprendre à lire le braille et permettre le partage avec les copains voyants, la famille. Ainsi, les livres sont toujours conçus à la fois pour les voyants et les non-voyants. Enfin, notre volonté est de diminuer le prix de vente. Mais même si nous tentons de faire subventionner tous nos livres, nous ne pouvons baisser le prix que proportionnellement ». Mais l’association veut aller plus loin.

Actions :

• Production et diffusion d’albums, de livres et de jeux tactiles aussi riches, aussi colorés, aussi variés, que ceux offerts aux enfants voyants

• Recherche sur l’image tactile avec le Centre Amandine

• Formations

• Coopération internationale

• Prix européen du livre tact-illustré Tactus depuis 2000 (Typhlo & Tactus depuis 2005).

 " La fabrication de nos albums entièrement artisanale, est réalisée par notre atelier de Dijon qui accueille des personnes dans leur parcours d’insertion sociale (en partenariat avec l’Acodege).  Nous ne fonctionnons qu’avec des subventions et des dons. Nos albums, tirés, pour la plupart, à 300 exemplaires, nécessitent en moyenne 3h de main d’œuvre, 2 écritures et des matières tactiles ! Leurs prix de vente sont donc sans commune mesure avec leurs prix de revient.

L’insertion de personnes exclues du monde du travail

Après la disparition de son premier partenaire, l’Association dijonnaise pour l’emploi des jeunes (ADEJ), elle décide de monter une structure pour la production des pages en braille, l’Atelier Pour Voir, un chantier d’insertion employant 16 personnes, en partenariat la Mission RMI de Côte d’Or, et de créer une coopérative sous forme de Scic, Tom’s 3D, dont l’objet est double : faire de l’illustration en relief et créer une passerelle supplémentaire pour les personnes qui, au sortir du chantier d’insertion, ne seraient pas encore prêtes à entrer durablement dans le monde du travail. Le statut Scic permet de s’inscrire encore plus sur le territoire en associant les collectivités territoriales.

Les projets ne s’arrêtent pas là : « Nous travaillons actuellement sur le développement de livres tactiles d’artistes, la recherche scientifique sur la problématique de l’image tactile en partenariat avec des universités, des jeux informatiques tactiles, la formation de bibliothécaires pour des animations en bibliothèques, la formation à la production pour les pays en développement, et l’élaboration d’un programme européen de recherche sur la théorisation de la perception de l’image tactile pour faire en sorte que les images soient le plus lisibles possibles ».

Cependant, alors même que l’initiative Des Doigts Qui Rêvent reste parfaitement unique en son genre en Europe, les financements ne se bousculent pas, ce qui fragilise fortement une structure à l’utilité sociale avérée.

Les 6 points-clé d’un album « tact-illustré »

  • Deux écritures : L'imprimé en gros caractères et le Braille
    Ce qui permet aux voyants ET aux déficients visuels de partager le même album favorisant ainsi l’intégration
  • Des illustrations en relief : Différentes techniques sont utilisées : matières découpées et collées, plastique thermoformé, gaufrage sur papier…
  • Des couleurs et des contrastes : Pour stimuler les restes visuels et puis parce que les couleurs, c'est joli !
  • Une reliure : Permettant l'ouverture bien horizontale des pages, laissant les mains libres pour caresser le Braille et les illustrations
  • Beaucoup de soin : Pour le confort de la découverte digitale, pour développer l'envie et le plaisir de toucher
  • Une esthétique : Pour favoriser l'intégration, pour renvoyer une image positive du handicap

Quelques liens...


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