Rencontre : Marie-Christine Barrault, d'audace et de passion

Ph. Maia Alonso
Ph. Maia Alonso

C’est la deuxième fois que Marie-Christine Barrault se produit sur la scène de Samatan, commune gersoise de 2500 habitants, connue pour être le temple du foie gras.

La comédienne est arrivée à l’heure du déjeuner puis a retrouvé les deux musiciennes qui partagent l’affiche avec elle, Claire Sala, flûtiste et Martine Faissier à la harpe, une harpe particulière pour sa sonorité épurée de tout parasitage, dite harpe bleue.

Elles ont passé l’après midi à recadrer et revoir le montage de la lecture de l’Odyssée programmée pour le soir même :

« Je ne devais surtout pas me tromper », dira-t-elle un peu plus tard lorsque je la rencontrerai à l’issue du spectacle. Parce que tout le monde connaît le chef d’œuvre antique, dont il est dit qu’avec l’Iliade, ce sont les deux poèmes fondateurs de la civilisation européenne.

« Et bien sûr, le public attend de retrouver les personnages qu’il connaît ! »

Mais sa mise en scène de l’épopée homérique, toute de  finesse et d’intelligence s’avèrera totalement aboutie. Un enchantement !

C’est lors d’un festival à Collioure que la flûtiste Claire Sala et M.-C. Barrault se sont rencontrées. Elles devaient alors s’associer pour une lecture de Malraux et de St-Exupéry. Pour la lecture de l’Odyssée, Claire Sala suggère d’y associer Martine Faissier et sa harpe.

Marie-Christine Barrault leur abandonne le choix des morceaux musicaux qui doit non pas accompagner en arrière plan mais participer pleinement au spectacle.  Les deux musiciennes choisissent Debussy, Ravel, Sati, et en leitmotiv, la touchante « Médiation de Thaïs » de Massenet…

Ph M Alonso
Ph M Alonso

Place au spectacle !

En fond, le noir de la scène. Sur le devant, une harpe splendide, colorée. Trois cubes dispersés ça et là, chacun dissimulant une bouteille d’eau minérale qui sera fort utile au cours de ces presque deux heures de scène. Un banc. Autant dire, aucun décor et pourtant… !  La lumière grecque, les colonnades, les violences de la mer, Calypso, Circée, les sirènes, Pénélope, Athéna, le Cyclope… tous les personnages mythiques de l’odyssée d’Ulysse sont présents dans le petit théâtre  par la magie du trio féminin, déesses incarnées portant l’art et la musique au sommet de l’émotion. La flûte de Claire Sala est  vibrante, enlevée, aérienne ;  la harpe de Martine Flaissier libère des sons d’une tonicité surprenante. Ils emplissent le théâtre, éclatants ou murmures selon le moment créé par Marie-Christine Barrault, éblouissante, tenant en mains ses feuillets comme pour une répétition. Elle nous entraîne dans son émouvante sensibilité reflétée par les expressions de son visage, à lui seul tout un spectacle à même de susciter l’émotion dans la salle.

On assiste tant à un concert qu’à une lecture théâtralisée. Le spectacle sait être homogène, suggérant  ce que la perfection pourrait être. L’Odyssée a littéralement remplacé le chant des sirènes et captivé la salle qui sut faire une ovation aux trois artistes.

Le don de l’audace.-

Actrice généreuse, Marie-Christine Barrault est porteuse d'une lumière intérieure qui illumine la scène ou l'écran dès qu'elle paraît. Elle a traversé 40 ans de carrière avec brio, combinant tous les genres, de la comédie au drame, travaillant à la fois pour le théâtre, le cinéma et la télévision.

Marie-Christine qui a fait des études de lettres, est une littéraire, ce qui explique son goût de la lecture publique et son art de transmettre ce goût.

En 1963, elle s’inscrit au cours Simon et réussit l'entrée au conservatoire d'art dramatique l'année suivante. Dès 1969, le grand écran lui fait une place de choix. Mais c’est à un travail acharné qu’elle doit sa réussite :

 « Le vrai talent, c'est celui du travail, avec cette envie, ce désir de progresser. »

La télé lui offre également de beaux rôles. Pourtant c’est la scène qui reste sa « maison ».

Elle m’avait confié dans sa loge, au cours d’un tour d'horizon un peu abrupt pour évoquer sa brillante carrière dans laquelle le facteur chance a résulté du travail et de la volonté, sans soutien de la part de son oncle, J.-L. Barrault :

 « Cela a été finalement une chance incroyable car j'ai été confrontée à moi-même.  J'ai toujours voulu être actrice. Le vrai cadeau de la vie a été de me donner l'intuition de ce que je voulais faire et d'avoir pu le faire. »

Croyante, elle évoque volontiers la parabole des talents et ajoute :

« L'important c'est de savoir ce qu'on fait d'un talent. Le vrai talent, c'est celui du travail, avec cette envie, ce désir de progresser. La comédie est une véritable école de la vie où il faut apprendre à se dépasser ».

Un bien long chemin.-

Quand j’ai lu son livre autobiographique « Ce long chemin pour arriver jusqu'à toi » (chez Xo éditions), Marie-Christine Barrault est devenue comme une amie. Ses confidences sont bouleversantes car elles proviennent d’une échancrure à vif, taillée dans son authenticité. Sa personnalité s'y révèle dans sa force et sa lumière :

« Quand on va en profondeur, on rencontre les autres ».

C'est ce qu'elle a voulu faire en écrivant ce livre à la mémoire de l’inoublié Roger Vadim dont elle fut l’épouse amoureuse, le temps d’une décennie, avant que la mort ne les sépare. Elle s’est attachée à restituer dans sa vérité, l'être qu'a été Vadim, trop mal connu. Avec une honnêteté exemplaire elle précise que ce travail d’écriture doit beaucoup à Lionel Duroy :

« Un auteur de grand talent ! »

Des éblouissements de l’enfance à la découverte du théâtre, de ses premières amours à la rencontre avec Roger Vadim, le livre se dévore. On y découvre le destin d’une actrice portée vers les plus beaux textes du répertoire qui n’hésite pas à prendre des risques. Lorsque sa route croise celle de Roger Vadim, elle a quarante ans passés et ne croit plus pouvoir tomber amoureuse. Il en a soixante et a été aimé par les plus femmes du monde.

Ils vont vivre une passion incandescente. Et plus de dix après la mort de Vadim, elle en est toujours incendiée.

 « Quel long chemin il m’a fallu parcourir pour arriver jusqu’à toi », glisse Marie Christine Barrault à l’oreille de Roger Vadim le jour de leur mariage. Un long chemin pour arriver à cet amour unique, profond, flamboyant, inépuisé.

« C'est le chemin qui compte. Se dire : j'ai fait ce chemin, je suis tout le temps en chemin. »

Marie Christine Barrault poursuit ce chemin  toujours passionnée par une vocation qui l’habite tout entière. Oui, c’est  une femme de don, d'audace et de passion, dont la seule parure est sa vulnérabilité qui se révèle une force prodigieuse : c’est en cela qu’elle touche son public au cœur. C’est pour cela qu’on l’aime.

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Commentaires : 2
  • #1

    catherinebabou (jeudi, 06 novembre 2014 10:31)

    Ta page est magnifique et très intéressante on en sait grâce à toi un peu plus sur cette femme talentueuse et parfaitement lumineuse, si j'étais un homme je serais sous le charme je le suis pourtant et même si je suis femme. Bonnes journées Maïa.

  • #2

    maia-alonso (jeudi, 06 novembre 2014 12:09)

    Effectivement, ce fut une belle rencontre. Et nous avons constaté des points communs dans nos vies respectives assez étonnants...